A travers la presse

francophone et internationale

 

*      Jeudi 16 octobre 2008

 


A la une

*   Francophonie: Diouf veut un "militantisme" des chefs d'Etat pour le français (AFP)

*   Jean-Louis Roy : Le défi Francophonie (Voir)

*   Solidarité et coopération / par Monique Gagnon-Tremblay (La Presse)

*   Une défense de la Francophonie nécessaire / par Monique Gagnon-Tremblay (Le Devoir)

*   La Francophonie est bien vivante / par Alain Joyandet (Le Devoir)

*   Sommet de la Francophonie. Les chefs arrivent en ville (Canoë Infos)

*    Québec entre francophonie et paranoïa sécuritaire (L'Orient Le Jour)

*   Un sommet résolument politique et économique en présence de l’Algérie (La Tribune, Alger)

*   12e Sommet de la francophonie : Bouteflika en guest-star à Montréal (El Watan, Alger)

*   Sarkozy préfère Bush à la Francophonie (Le Devoir)

*    Sommet de la Francophonie. Sarkozy conscrit son premier ministre (Le Devoir)

*    La francophonie a rendez-vous à Québec (Le Nouvelliste, Sion)

*   XII ème Sommet de la Francophonie : Me Wade attendu cet après-midi à Québec (Le Soleil)

*    Le Québec doit prendre sa place  ! / par Pauline Marois (Le Devoir)

*    Sommet de la Francophonie: une opportunité à saisir pour le Québec (La Voix de l'Est)

*    Sommet de la francophonie. La jeunesse africaine mandate Boni Yayi (Fraternité, Cotonou)

*   200 millions de francophones dans le monde (Libération, Paris)

*   Francophonie et pâquerettes (Le Devoir)

*    Une occasion en or (L'Orient littéraire)

     Autres articles

*   Et en Haïti... (Le Monde)

*   Des milliards pour la finance, des miettes pour la faim (Libération, Paris)

*   Or donc il y a de l’argent pour aider les pauvres (L'Observateur paalga)

*   La crise oubliée (Le Courrier, Genève)

*    La crise risque d'aggraver la situation alimentaire (Le Monde)

*   Centrafrique. Promulgation de la loi d’amnistie (Le Potentiel)

*   Côte d'Ivoire. Visite de Gbagbo dans le Nord : l’opposition prêche dans le désert (Le Pays)

*   Côte d'Ivoire. Le FMI épingle Gbagbo sur son budget (Libération, Paris)

*   Mauritanie. Retour de Cheikh Abdallahi au pouvoir : ce ne sera pas pour demain (Le Pays)

*   Sénégal. Le spectre de l'anarchie (Le Matin, Dakar)

*   En Tunisie, les émeutes du bassin minier de Gafsa se poursuivent … (Le Temps, Genève)

*   Liban. Les relations avec Damas, un exploit nécessaire, mais pas suffisant (L'Orient Le Jour)

*   En Haïti, les habitants des Gonaïves survivent dans la boue (Le Monde)

*   Cambodge. Deux soldats cambodgiens tués par l'armée thaïe (Le Soir)

*   Les Vietnamiens de Montréal manifesteront (Le Soleil, Québec)

*    Belgique. Et les femmes, dans tout ça ? (Le Soir)

*   Canada. Pari perdu pour Stephen Harper aux législatives anticipées (Le Temps)

*     Québec-France. Portes ouvertes (L'Express, Paris)


 
 
Paris, 15 octobre


Francophonie: Diouf veut un "militantisme" des chefs d'Etat pour le français

 

Le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf a affirmé attendre "un militantisme" en faveur de la langue française de la part des chefs d'Etat et de gouvernement réunis au 12e sommet de la Francophonie à Québec du 17 au 19 octobre.

Q: Qu'attendez-vous de ce sommet ?

R: Nous attendons de la déclaration finale la réaffirmation d'une grande volonté politique de tous les chefs d'Etat et de gouvernements de promouvoir davantage, de faire rayonner davantage la Francophonie dans le monde comme organisation internationale mais aussi comme mouvement, comme un signe de militantisme au service d'une langue que nous avons en partage.

Pour la première fois, parmi les quatre enjeux fixés, il y a la langue française. On considérait que c'était évident. Mais dans un monde où nous sommes sous la menace du monolinguisme (ndlr: de l'anglais), il est certain qu'il faut que nous ayons une politique de la langue française.

C'est la raison pour laquelle j'avais fait adopter à Bucarest un vademecum pour l'utilisation du français dans les organisations internationales où le français est menacé.

C'est la raison pour laquelle je me suis rendu cette année moi-même à Pékin pour défendre le français aux jeux Olympiques.

Q: Quelles actions concrètes pour défendre le français ?

R: On ne peut pas enseigner le français seulement en tant que langue mais il faut enseigner en français les technologies modernes. Nous avons plusieurs "projets pilotes" qui permettront de développer l'enseignement du et en français et nous voulons que les Etats membres nous accompagnent.

Les objectifs du Millénaire ne se réalisent pas comme nous le souhaitons, en particulier au Sahara. La scolarisation universelle demande des efforts supplémentaires. Nous venons de lancer des projets pilotes en ce qui concerne la formation à distance des maîtres du primaire car l'Afrique a besoin de recruter plus de deux millions d'enseignants d'ici à 2015.

Nous avons lancé le projet de "volontariat francophone" avec le recrutement de 40 premiers jeunes "volontaires" qui serviront dans différentes missions de la Francophonie pour promouvoir le français.

Nous voulons créer des "maisons du savoir" dans les banlieues des grandes villes qui pourront permettre d'aider l'éducation, la culture et l'utilisation de nouvelles technologies. C'est un projet pilote que nous allons expérimenter dans quatre villes francophones (Chisinau, Ouagadougou, Hue et Kinshasa).

Q: Pensez-vous que les Etats membres vont répondre à vos attentes ?

R: Il faudrait que la France et les pays francophones ne réduisent pas les moyens consacrés au développement de la langue française. En cette période budgétaire, c'est la crainte que nous avons.

Le but du sommet de Québec c'est de dire "donnez-nous plus de moyens non pas sur notre bonne mine mais voici des pistes concrètes" avec les projets pilotes.

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Montréal, 16 octobre


Jean-Louis Roy : Le défi Francophonie

 

Pour l'ancien secrétaire général de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, Jean-Louis Roy, la Francophonie, dont le Sommet a lieu ces jours-ci à Québec, doit absolument concocter de nouvelles stratégies si elle veut se frayer une place dans le très concurrentiel nouvel espace culturel mondial.
Voir: Quel est le principal défi auquel la Francophonie institutionnelle est confrontée aujourd'hui?

Jean-Louis Roy: "Aujourd'hui, un des principaux défis de la Francophonie est de comprendre l'immense intérêt que cette organisation a à soutenir le multilinguisme. Le "tout anglais" et le "tout occidental" ne domineront pas le 21e siècle. Il est temps aussi de sortir du cas de figure très réducteur: la langue française versus la langue anglaise. C'est le syndrome normal du Québec. Mais, à l'échelle du monde, il faut absolument que les Québécois se rendent compte que les autres groupes linguistiques sont aussi dans une démarche d'affirmation. L'espace culturel et linguistique mondial est désormais l'objet de convoitises nouvelles. La structuration de grandes diasporas par d'autres puissances, telles l'Inde et la Russie, contribue aussi à cet enrichissement, sans compter la progression de la langue espagnole jusqu'au coeur de l'empire américain."

Vous reprochez à la Francophonie de ne pas être suffisamment présente et active dans l'espace culturel francophone.

"Pour consolider sa position dans l'espace culturel mondial, la première priorité de la Francophonie doit être d'occuper, au sens le plus noble du terme, tout l'espace francophone. Ce qu'elle ne fait pas encore aujourd'hui. À mon avis, il est tragiquement scandaleux que la Francophonie n'ait pas contribué d'une façon plus décisive à la scolarisation des enfants africains francophones. Il y a encore des pays africains où 30 % à 40 % des enfants n'iront jamais à l'école une seule journée de leur vie. En termes de droits humains, c'est profondément inacceptable. En termes d'intérêts de la Francophonie, c'est totalement incongru parce que c'est à l'école que les enfants africains apprennent la langue française. Si cette tendance pernicieuse se maintient, ça voudra dire que dans 20 ou 25 ans, il y aura 175 à 200 millions de locuteurs de la langue française. Donc, la Francophonie aura stagné."

Nombreux sont ceux qui reprochent à la Francophonie d'être aujourd'hui une organisation plus politique que culturelle. Cette critique est-elle fondée?

"Force est de rappeler que la Francophonie est politique depuis 40 ans. Cette organisation est née, en 1968, d'une entente intergouvernementale. Donc, c'est aussi un mouvement politique. Je suis bien au fait de cette critique. Il y a même des gens qui souhaitent que la Francophonie se retire complètement du domaine politique. Mais, je crois que si, en 1990, les dirigeants de la Francophonie étaient restés silencieux sur les libertés humaines, sur la culture démocratique..., ils auraient été critiqués d'une façon radicale, et cette critique aurait été fondée."

Vous êtes assez critique en ce qui a trait au rôle joué aujourd'hui par le Canada au sein de la Francophonie.

"Dans mon livre, je suis assez sévère à l'endroit d'Ottawa. J'ai observé pendant des années l'évolution du Dossier de la Francophonie au Canada et au Québec. Au temps de Brian Mulroney, et certainement du temps de Jean Chrétien, il y avait à Ottawa, au niveau de la haute fonction publique fédérale, du premier ministre, des sous-ministres, du Conseil des ministres..., une liste impressionnante d'individus qui étaient des acteurs significatifs de l'action francophone. Je cherche aujourd'hui où sont ces acteurs à Ottawa. Je ne trouve à peu près personne. Lorsque Stephen Harper a cherché dans la haute fonction publique, et auprès de son entourage, un sherpa, un représentant personnel, pour gérer le Dossier du prochain Sommet de la Francophonie, il n'a trouvé personne. Il a dû aller le chercher à l'extérieur de la fonction publique. Il a sauvé la mise en quelque sorte. À mon avis, aujourd'hui, la position du Canada dans la Francophonie est à reconstruire."

Le Québec est-il un acteur important dans la Francophonie?

"La force du Québec dans la Francophonie a toujours été de proposer des projets, des programmes, des initiatives nouvelles, comme l'Institut de l'Énergie, la Convention sur la diversité culturelle... Je crois que le Québec joue à peu près ce rôle-là. C'est certain que la présence moins ostensible d'Ottawa dans la Francophonie est une chance considérable pour le Québec d'occuper l'espace davantage. Moi, je ne fais pas de la politique, mais je trouve que le premier ministre du Québec, Jean Charest, comprend pas mal bien les enjeux et les défis actuels de la Francophonie. Il joue assez bien son rôle au sein de cette organisation."

L'adhésion ces dernières années à l'organisation de la Francophonie d'un certain nombre de pays où l'usage du français est quasiment inexistant, est considérée par certains comme une grande incongruité.

"Il y a eu une espèce de grand fleuve pas très tranquille dans les années 90 qui a amené à la Francophonie beaucoup d'États d'Europe centrale et d'Europe de l'Est. Après l'implosion du bloc soviétique et du Pacte de Varsovie, ces pays cherchaient désespérément des alliances. Ils se sont tournés vers la Francophonie parce qu'ils avaient vu cette organisation fonctionner à New York, à Genève, auprès des Nations Unies. Je sais qu'il y a encore aujourd'hui beaucoup de gens qui disent: "Ça a été déraisonnable d'accepter tous ces pays qui n'ont presque aucune affinité avec la langue et la culture françaises". Ce qui a été déraisonnable, à mon avis, ce n'est pas de les accepter dans l'espace francophone, c'est de les avoir acceptés sans leur imposer des conditions à leur adhésion. On devrait dire à tous les pays qui souhaitent adhérer à cette organisation: "On est très heureux de vous avoir nous. Mais que faites-vous pour l'enseignement du français? Que faites-vous pour l'utilisation du français dans votre diplomatie? Pouvons-nous nous entendre sur des seuils?""

Comment envisagez-vous l'avenir de la Francophonie?

"La Francophonie est arrivée à la fin d'un cycle, qu'elle a plutôt bien réussi. On est maintenant dans l'ère du numérique, dans un autre espace qui se construit à partir d'autres matériaux, d'autres manières de communiquer. Il faut réaliser que nous vivons désormais dans un monde où les technologies jouent un rôle de plus en plus prépondérant. Tous les contenus qu'on a dans les pays francophones, il faut les numériser et les mettre à la disposition de banques de données où les gens pourront les trouver et les consulter... La France, le Québec, la communauté francophone de Belgique et la Suisse seuls n'ont pas la masse critique pour créer suffisamment de ces contenus numériques et occuper une place convenable dans la concurrence culturelle mondiale. Si le privé, le public et d'autres acteurs se parlent d'une autre manière et font voir ce qu'ils peuvent faire ensemble, un peu comme ils ont fait pour créer TV5, je suis convaincu qu'on y arrivera."   
Par
Elias Levy

Quel avenir pour la langue française? Francophonie et concurrence culturelle au XXIe siècle / de Jean-Louis Roy Éd. Hurtubise HMH, 2008, 268 p.

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Montréal, 15 octobre

Solidarité et coopération

 

Par Monique Gagnon-Tremblay. L'auteure est ministre des Relations internationales et ministre responsable de la francophonie.
C'est avec une grande fierté que le Québec, à titre de cohôte du XIIe Sommet de la francophonie, accueillera les chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, du 17 au 19 octobre prochains, soit 21 ans après le premier Sommet de Québec tenu en 1987. Nous accueillerons les plus hautes instances de 68 États et gouvernements représentant quelque 800 millions de personnes, dont 200 millions partagent notre langue. Nous les recevrons dans la ville de Québec, berceau de la civilisation française en Amérique, qui fête les 400 ans de sa fondation cette année.

Notre fierté est à la hauteur de nos attentes. Le peuple québécois est très attaché à la langue française et à sa culture. Sa volonté inébranlable de conserver et de promouvoir sa langue dans un esprit d'ouverture et de respect de la différence a forgé son identité et a fait de lui une nation en Amérique et dans le monde.

Le Québec a contribué à la naissance de la francophonie et participe activement à son développement. Il y a investi ses efforts et son expertise. Au sein de l'espace francophone, le Québec parle de sa propre voix, fait valoir ses réalisations et partage son savoirfaire. Sa présence continue et active lui a permis de tisser un solide réseau de contacts politiques, ainsi que des liens bilatéraux sur les cinq continents. L'expertise du Québec est reconnue, et de nombreux pays font appel à lui dans différents domaines.

Partage d'une langue
La francophonie se fonde sur le partage d'une langue, le français, et de valeurs communes. C'est pourquoi le gouvernement du Québec souhaite que les États et gouvernements membres de la francophonie s'engagent résolument à promouvoir l'usage de la langue française sur leur territoire, dans le respect de leur situation linguistique respective, et à renforcer son statut de grande langue de communication internationale. Défendre le français, c'est défendre la diversité des langues et combattre l'uniformisation linguistique.

Le Québec souhaite que les chefs d'État et de gouvernement abordent les grands sujets de l'heure que sont les crises alimentaire et financière dans un esprit de solidarité et de coopération. Il a proposé de débattre de grands enjeux, dont celui des changements climatiques, qui lui semble le plus crucial du XXIe siècle. Les défis environnementaux, qui figurent déjà au coeur des relations entre les pays du Nord et du Sud, façonneront assurément leurs rapports dans la décennie à venir.

Le sommet est un événement de grande envergure. Par-delà le protocole et les impératifs organisationnels qu'exige une telle rencontre internationale, je souhaite que chaque Québécois se sente l'hôte de tous ces peuples de la francophonie.

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     Montréal, 16 octobre   


Une défense de la Francophonie nécessaire

 

Par Monique Gagnon-Tremblay, Ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie
C'est avec une grande fierté que le Québec, à titre de co-hôte du XIIe Sommet de la Francophonie, accueillera les chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, à compter de demain et jusqu'au 19 octobre, soit 11 ans après le premier Sommet de Québec tenu en 1987.
Nous accueillerons les plus hautes instances de 68 États et gouvernements représentant quelque 800 millions de personnes, dont 200 millions partagent notre langue. Nous les recevrons dans la Ville de Québec, berceau de la civilisation française en Amérique, qui fête les 400 ans de sa fondation cette année.
Notre fierté est à la hauteur de nos attentes. Le peuple québécois est très attaché à la langue française et à sa culture. Sa volonté inébranlable de conserver et de promouvoir sa langue dans un esprit d'ouverture et de respect de la différence a forgé son identité et a fait de lui une nation en Amérique et dans le monde.
Soutenir la Francophonie
Le Québec a contribué à la naissance de la Francophonie et participe activement à son développement. Il y a investi ses efforts et son expertise. Au sein de l'espace francophone, le Québec parle de sa propre voix, fait valoir ses réalisations et partage son savoir-faire. Sa présence continue et active lui a permis de tisser un solide réseau de contacts politiques, ainsi que des liens bilatéraux sur les cinq continents. L'expertise du Québec est reconnue, et de nombreux pays font appel à lui dans différents domaines.
La Francophonie se fonde sur le partage d'une langue, le français, et de valeurs communes. C'est pourquoi le gouvernement du Québec souhaite que les États et gouvernements membres de la Francophonie s'engagent résolument à promouvoir l'usage de la langue française sur leur territoire, dans le respect de leur situation linguistique respective, et à renforcer son statut de grande langue de communication internationale. Défendre le français, c'est défendre la diversité des langues et combattre l'uniformisation linguistique.
Événement imposant
Le Québec souhaite que les chefs d'État et de gouvernement abordent les grands sujets de l'heure que sont les crises alimentaire et financière dans un esprit de solidarité et de coopération. Il a proposé de débattre de grands enjeux, dont celui des changements climatiques, qui lui semble le plus crucial du XXIe siècle. Les défis environnementaux, qui figurent déjà au coeur des relations entre les pays du Nord et du Sud, façonneront assurément leurs rapports dans la décennie à venir.
Ce sommet est un événement de grande envergure. Par-delà le protocole et les impératifs organisationnels qu'exige une telle rencontre internationale, je souhaite que chaque Québécoise et chaque Québécois se sente l'hôte de tous ces peuples de la Francophonie.
À titre de ministre des Relations internationales du Québec, c'est avec fierté que je parlerai en leur nom et défendrai les actions qu'il nous faut mener conjointement et solidairement dans le but de mettre en place et léguer à nos enfants un monde plus juste, plus respectueux des droits de la personne et de l'égalité des hommes et des femmes, un monde qui protège et promeut les diversités culturelle et linguistique, et qui place la personne au centre de toute notion de progrès.

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     Montréal, 16 octobre   


La Francophonie est bien vivante

 

Par Alain Joyandet, Secrétaire d'État chargé de la Coopération et de la Francophonie auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes de la République française
Au fait, «la Francophonie, combien de divisions?» ai-je entendu un jour. Dans son acception politique, institutionnelle, la Francophonie rassemble 53 pays, répartis sur les cinq continents, et concerne 800 millions de personnes. Celles-ci ont en commun une langue, le français, une aspiration, la démocratie, une méthode, la solidarité.
Pour ce XIIe Sommet de la communauté ayant le français en partage, quatre thèmes ont été retenus: Paix, démocratie et État de droit; Langue française; Gouvernance économique; Environnement. Ces thèmes que discuteront les francophones du monde entier à Québec durant deux jours sont au coeur du quotidien et du vécu de millions de personnes, comme le démontre chaque jour l'actualité.
La langue française, ciment de cette solidarité Nord-Sud, occupe, bien sûr, une place de choix dans ces débats. La France, avec ses partenaires, au premier chef l'Organisation internationale de la Francophonie, est mobilisée. Elle est convaincue que, pour être efficace, il faut adopter de nouveaux instruments: de nouvelles technologies, la mobilisation des jeunes et des volontaires, la mobilité étudiante, la formation à distance des enseignants, l'extension de la diffusion de TV5 Monde, la création d'un portail francophone; bref, pour que la Francophonie se développe, il nous faut faire feu de tout bois!
Une force
La Francophonie doit également aider ses membres à mieux se repérer, à mieux se situer dans un monde complexe et instable. Elle doit être active, j'aurais envie de dire agissante, mais aussi solidaire: ferme sur l'application des principes démocratiques définis à Bamako, généreuse avec ses membres en difficulté.
«La Francophonie est une force de propositions face aux défis mondiaux», affirmait le président français Nicolas Sarkozy dans un discours le 20 mars dernier, tenu à l'occasion de la journée internationale. Ce Sommet doit être l'occasion de le prouver.
La crise financière actuelle nous contraint à sortir de l'incantation pour prendre position. La Francophonie doit être partie prenante de ce «grand jeu» où les règles sont à redéfinir. La Francophonie devra témoigner de sa détermination à contribuer à la solidité et à la stabilité du système bancaire et financier international. Elle devra s'engager sans états d'âme dans la réforme des institutions que chacun appelle de ses voeux.
Solidarité nécessaire
La francophonie solidaire pourrait être le nouvel horizon que nous nous fixerions collectivement vis-à-vis des pays les plus fragiles de l'espace francophone, qui sont frappés simultanément par la hausse des prix de l'énergie, l'augmentation vertigineuse des prix des produits alimentaires de première nécessité, et demain peut-être par une récession mondiale. Pour les pays en développement, dont une majorité de la population active vit encore de et par l'agriculture, les enjeux sont énormes.
Comme nous l'avions fait le 3 juin dernier à Rome, lors de la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire, nous rappellerons, à Québec, la nécessité de mettre en oeuvre un partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture.
Ambitieuse France
Enfin, le monde francophone doit s'engager fermement dans la bataille, encore indécise, pour préserver et sauver notre planète. La question du changement climatique doit être au coeur de nos débats. Avec la même détermination, la même capacité aussi à emporter l'adhésion qui a été celle de la Francophonie lors des négociations sur la diversité culturelle. Les engagements pris à Québec peuvent faire de ce Sommet un événement majeur.
Enfin, en juillet dernier, la France a intégré, pour la première fois de son histoire, une référence à la Francophonie dans sa Constitution. Aujourd'hui, elle met à disposition de la Francophonie institutionnelle une Maison de la Francophonie en plein coeur de Paris, près de la tour Eiffel. À celles et ceux qui douteraient encore de notre engagement francophone, je le dis avec force: la France est un État francophone ambitieux, et la diplomatie française du XXIe siècle sera francophone et solidaire. Vive la Francophonie!

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Montréal, 15 octobre


Sommet de la Francophonie. Les chefs arrivent en ville

 

Les chefs d’États et de gouvernements qui participeront au XIIe Sommet de la francophonie, qui s’ouvre officiellement vendredi, ont commencé à arriver à Québec: les ronrons des cortèges officiels se font entendre, les rues sont bloquées par leurs passages, les parcours d’autobus sont déviés, l’omniprésence des forces policières est remarquable, bref, tout ça est en route.

Mais ça n’a rien de comparable avec le déploiement des forces de l’ordre auquel on avait assisté en 2001 à l’occasion du Sommet des Amériques avec ses troupes de policiers en armures, ses grillages, ses barricades, ses gaz lacrymogènes et ses affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

Le mouvement des manifestations violentes des groupes altermondialistes, qui a marqué les grands sommets du monde à la fin des années 1990 et au début des années 2000, s’est essoufflé. «La vague est passée», déclare, à ce sujet, Denis Ricard, le directeur général du secrétariat de l’organisation du XIIe Sommet de la francophonie.

Expertise. Denis Ricard n’en est pas à ses premières armes. C’est à lui que le premier ministre Robert Bourassa, à l’époque, avait confié l’organisation du premier Sommet de la francophonie à se tenir à Québec en 1987. Depuis, il en a fait huit autres (quatre au Canada et quatre à l’étranger), dont sept dans l’organisation immédiate. Il était, notamment, aussi directeur général de l’organisation du Sommet des Amériques en 2001.

Du point de vue de l’organisation, les Sommets de la francophonie ont largement évolué depuis 1987. «C’est le jour et la nuit », confirme le patron de la logistique. Le nombre de participants a pratiquement doublé, les sujets à l’ordre du jour se sont multipliés et les chefs d’État de gouvernements débattent maintenant dans des arènes plus nombreuses. En outre, en 1987, la cérémonie d’ouverture s’était déroulée en plein air sur la place Georges V, ce qui serait impensable aujourd’hui.

Le Sommet en chiffres. En chiffres, le XIIe Sommet de la francophonie représente quelque 2000 délégués et environ 700 représentants des médias (journalistes, techniciens, photographes, caméramans, etc.) et, en tout, 22 000 accréditations émises si on ajoute la sécurité, les fournisseurs, les techniciens qui montent et démontent les salles, les bénévoles, etc.

Tous les hôtels et par extension les restaurants sont de la partie. Cela représente près de 20 000 nuitées, dont la durée moyenne va de quatre à cinq jours et le Centre des congrès de Québec est occupé en totalité par l’événement.

Quelles sont les retombées économiques pour Québec? En 2001 l’organisation du Sommet des Amériques avait entraîné de coûts (excluant la sécurité, notamment) de 37,5 M$. Denis Ricard rapporte qu’une étude de l’Université Laval souligne que les retombées avaient dépassé les 130 M$. Cette année, le budget d’organisation est de 32,7 M$. Le chiffre des retombées est à venir.

Par Bernard Plante
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Beyrouth, 16 octobre


Québec entre francophonie et paranoïa sécuritaire

 

 

Les ministres de la Culture des pays membre de l’OIF ont entamé les travaux préparatoires du XIIe sommet de la francophonie au milieu d’un dispositif de sécurité contraignant pour les médias.
S’il est vrai que la ville de Québec vibre au rythme du 12e sommet de la francophonie, il est certain qu’elle tremble aussi pour la sécurité de ses hôtes. Jamais contraste n’aura été aussi frappant entre le climat quasi festif de la ville et l’ambiance empesée régnant à l’intérieur du Centre des congrès et du centre de presse y attenant.
Il faut dire que Québec a fait doublement peau neuve au cours de ce mois : d’abord en raison des élections fédérales, qui viennent d’avoir lieu et qui ont vu fleurir un peu partout sur les panneaux d’affichage les portraits des candidats, et sur les places de marché les rencontres partisanes animées ; puis à cause du sommet de la francophonie, qui a été l’occasion de pavoiser la ville, notamment le boulevard René Lévesque, l’avenue Honoré Mercier et la rue principale menant à l’aéroport, de drapeaux, oriflammes et affiches géantes à la gloire de ce que les Québécois qualifient de « grande messe de la culture ».
Est-il besoin de rappeler que dans ce morceau français du Canada, la défense de la langue française est un réflexe farouchement identitaire et que tout ce qui touche de près ou de loin à la culture est examiné à la loupe et vigoureusement protégé? Ce sont d’ailleurs les coupes budgétaires dans la culture, prévues dans le programme du Parti conservateur, qui ont en partie cassé la campagne électorale de Stephen Harper dans la Belle province. Le Premier ministre canadien devait effectivement y laisser des plumes.
Beaucoup moins festive, en revanche, est l’ambiance à l’intérieur du Centre des congrès où ont débuté hier les travaux de la conférence ministérielle précédant le XXe sommet de la francophonie. Que de manigances et d’entourloupes pour rencontrer les délégués des pays participant à l’événement ! Reclus comme des pestiférés dans le centre de presse, les journalistes doivent se contenter d’attendre qu’un fonctionnaire ou un attaché de presse de leur pays vienne les rejoindre pour les mener vers le salon où des coins rencontres ont été aménagés. Il a ainsi fallu tout le savoir-faire et la débrouille de Marwa Akkari, directrice de cabinet de Tammam Salam, pour arranger un contact rapide avec le ministre de la Culture, une rencontre à la sauvette plus proche du rendez-vous galant que de l’entretien journalistique…
Des précautions excessives qui confinent à la paranoïa, dans la mesure où journalistes et photographes ont été dûment sélectionnés, enregistrés et badgés. Tant et si bien que nombre de confrères se demandent s’il s’agit bien d’un sommet à caractère culturel ou d’une réunion du commandement militaire intégré de l’OTAN… Par Gaby Nasr, Québec

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Alger, 16 octobre


Un sommet résolument politique et économique en présence de l’Algérie

 

Le 12ème sommet de la francophonie, qui se tiendra du 17 au 19 octobre à Montréal, capitale provinciale du Québec, doit réunir 70 chefs d’État, dont le président Abdelaziz Bouteflika, et de gouvernement. Manifestement, l’insistance de M. Harper, qui vient d’être réélu Premier ministre du Canada, hier, pour diriger un gouvernement conservateur, il est vrai minoritaire, aura eu gain de cause. En effet, son désir de voir l’Algérie participer à cet important sommet sera exaucé et il pourra s’enorgueillir, à juste raison, de cet exploit que même l’ancien président français, Jacques Chirac, n’a pu réaliser. Cette satisfaction sera sans doute partagée par M. Charest, Premier ministre du Québec, qui avait, rappelons-le, délégué la ministre des Affaires internationales, Mme Gagnon, pour porter une invitation en bonne et due forme au chef de l’État. Cette offensive semble avoir porté ses fruits, alors que les précédentes tentatives avaient tout au plus réussi à faire participer notre pays en qualité d’observateur, d’abord à Beyrouth en 2002 ensuite en Roumanie en 2006. Cette présence au Canada, et au plus haut niveau, peut être considérée comme très significative et pourrait signer l’entrée officielle de notre pays au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). La présence du chef de l’État à ce sommet serait le signe évident de cette intention, non encore déclarée officiellement.
Si, dans le monde, environ 200 millions de personnes parlent français, cette langue se situe au 3ème rang sur le Web avec 5% de pages Internet, après l’anglais (45% et l’allemand 7%). Le nombre des États membres ne cesse de croître pour atteindre 55 États et gouvernements ainsi que 13 pays ayant le statut d’observateurs.
Le sommet de la francophonie (ou «conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage ») réunit les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il a lieu tous les deux ans. Il est la plus haute instance de la francophonie. Le sommet des chefs d’État et de gouvernement, la plus haute instance de la francophonie, définit les orientations de la francophonie, adopte toute résolution qu’il juge nécessaire au bon fonctionnement de la francophonie et à la réalisation de ses objectifs, élit le secrétaire général et statue sur l’admission de nouveaux membres de plein droit, de membres associés et de membres observateurs à l’OIF.
Différents sujets y seront abordés : politique internationale, économie mondiale, coopération francophone, droits humains, éducation, culture et démocratie. La crise financière, déclenchée aux Etats-Unis sans nul doute, et qui frappe de plein fouet l’ensemble des pays occidentaux, n’épargnant ni les pays émergents ni même ceux du Sud, sera au menu de ce sommet qui sera entouré d’importantes mesures de sécurité et dont un avant-goût a été donné par les responsables lors de démonstrations faites devant les journalistes.
En effet, pour ce sommet de la francophonie, les services de police, maintenant aguerris à l’organisation des grands événements (sommet du G8 en 2002, concerts de Paul McCartney et de Céline Dion cet été qui ont attiré chacun plus de 200 000 spectateurs), sont déjà prêts à faire face à toute situation. Les corps de police, la Sûreté du Québec, la GRC (Gendarmerie du Canada) ainsi que le service de police de la ville du Québec assureront avec la plus grande efficacité la sécurité des chefs d’État et de gouvernement durant cette fin de semaine qui verra également la présence de plus de 2 000 délégués et de pas moins de 700 journalistes.
Ce sommet de la francophonie vient couronner une année exceptionnelle qui voit la capitale provinciale du Québec terminer son cycle de réjouissance marquant le 400ème anniversaire de la fondation de cette ville classée, à juste raison, comme patrimoine de l’Unesco, tant elle fait l’objet d’attentions de la part des gestionnaires de ce joyau architectural et patrimonial.
Un seul point noir ayant terni quelque peu la réputation du Canada, il y a deux ans, mérite d’être gommé, effacé des mémoires : l’affront fait au grand Abdou Diouf, secrétaire général de l’OIF, qu’un douanier zélé avait traité comme un vulgaire visiteur en lui faisant subir une fouille au corps mesquine, ignoble et inconvenante. Le sage Diouf, s’il s’en est un peu offusqué, avait gardé son sourire légendaire et s’était prêté à l’exercice. Le gouvernement du Canada a une dette envers lui et lui doit une réparation digne de son rang.  
De notre correspondant à Montréal, Youcef Bendada

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Alger, 16 octobre

12e Sommet de la francophonie : Bouteflika en guest-star à Montréal

 

Le président Bouteflika va participer en qualité « d'invité spécial » au 12e sommet de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui s'ouvrira demain pour trois jours à Québec, au Canada, souligne un communiqué de la présidence de la République rendu public hier.

Il y est précisé que la participation du chef de l'Etat à ce sommet intervient « à l'invitation de Stephan Harper et Jean Charest, respectivement Premiers ministres du Canada et du Québec », précise la même source. Faut-il comprendre ce faisant que Bouteflika ira au Québec juste pour faire plaisir à ses hôtes de la province francophone du Canada et non pas en tant que Président qui appuie une organisation pilotée par la France ? Bien que le président Bouteflika se soit départi du « complexe » algérien de la francophonie depuis qu'il a cassé le tabou en participant au 9e sommet de Beyrouth, le souci d'éviter les interprétations politiques et géopolitiques qu'induit ce rendez-vous transparaît assez clairement dans l'ordre de mission du chef de l'Etat. C'est ce qui expliquerait le soin pris de préciser qu'il répond à une invitation de la Gouverneure générale du Canada, Mme Michelle Jean. Officiellement, il n'est pas question pour Bouteflika de faire plaisir à la France qui, elle, n'a jamais caché sa volonté et son souhait de voir l'Algérie - ce premier pays francophone au monde - rejoindre un jour cette puissante organisation. Il reste que le déplacement du chef de l'Etat vers la lointaine province est à interpréter comme un geste de « bonnes intentions » qui ne manquerait pas de titiller l'ego de Sarkozy en ce qu'il constitue, à tout le moins, une caution morale à cet ensemble culturel et maintenant politique qui prend de l'ampleur. L'Algérie, qui ne fait pas partie officiellement de la Francophonie, reconnue comme institution politique depuis le sommet de Paris en 1986, figure en pole position sur le tableau de chasse de l'organisation.

L'UPM oui, l'OIF oui, mais...

Abdelaziz Bouteflika a été le premier président algérien à faire les premiers pas vers cette organisation, en plaidant dès sa prise de pouvoir en faveur de l'ouverture sur les langues étrangères, notamment le français. Il se rapprochera un peu plus, en janvier 2001, en se rendant à Yaoundé, au Cameroun, pour prendre part au sommet France-Afrique, une sorte d'antichambre de la Francophonie. Mais quand bien même il le souhaite, Bouteflika hésite à franchir le pas malgré les prières de Jacques Chirac et récemment de Sarkozy, compte tenu des résistances tenaces au niveau des sphères influentes du pouvoir, peuplées de conservateurs qui rattachent invariablement la francophonie au système colonial. C'est donc cette solution médiane qui consiste à participer, désormais régulièrement, au sommet de l'OIF mais avec la casquette d'invité « d'honneur » ou « spécial » - histoire, d'un côté de se soustraire à la vindicte des adversaires irréductibles et de concéder des gestes à la France de l'autre - que semble avoir adoptée Bouteflika. Il faut signaler que le sommet du Québec sera consacré aux questions de la paix, de la sécurité, de la démocratie, de la gouvernance économique et de l'environnement. La crise financière mondiale et ses répercussions devraient également s'inviter à ce sommet, précisent les organisateurs. L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) regroupe 55 Etats et gouvernements ainsi que 13 observateurs. L'Egypte, qui fait partie de la sphère anglophone, est partie prenante de la francophonie    
Par Hassan Moali
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     Montréal, 15 octobre


Sarkozy préfère Bush à la Francophonie

 

Le président écourte encore une fois son séjour à Québec
Paris-Québec -- Le président français, Nicolas Sarkozy, qui devait déjà passer en coup de vent au Sommet de la Francophonie les 17 et 18 octobre à Québec, vient d'écourter de nouveau son voyage. Arrivé à Québec vendredi en matinée, il en redécollera dès le lendemain pour se rendre aux États-Unis.
Le président français sera reçu samedi par son homologue américain, George W. Bush, à Camp David, la maison de campagne du président dans le Maryland, afin de parler de la crise qui secoue les institutions financières du monde. Bien que l'heure de la rencontre n'ait pas été confirmée, on supposait hier à l'Élysée qu'elle se déroulerait dans l'après-midi, si bien que Nicolas Sarkozy devrait donc quitter Québec en fin de matinée.

On savait déjà, comme Le Devoir l'avait révélé il y a quelques semaines, que le président français allait rater la journée du 19 octobre, dimanche, où les 55 chefs d'État et de gouvernement discuteront pour la première fois de l'avenir de la langue française. L'Élysée a confirmé hier que le président serait aussi absent une bonne partie sinon toute la journée de samedi où l'on doit discuter, dans quatre tables rondes distinctes et à huis clos, d'environnement, de la crise alimentaire et de la situation économique. Personne n'était en mesure de préciser hier si la conférence de presse prévue avant son départ samedi serait maintenue.

L'Élysée a cependant soutenu que ce nouvel imprévu ne modifiait en rien les activités inscrites à l'agenda du président le vendredi, qui s'annonce comme un véritable marathon pour le chef d'État français, mais où la francophonie joue un rôle marginal. Dès après son arrivée à Québec en matinée, Nicolas Sarkozy doit en effet prendre part, vers 11h, au sommet Canada-Union européenne, auparavant prévu à Montréal par l'entourage de Stephen Harper. Ce sommet, qui doit lancer des négociations de libre-échange entre l'Europe et le Canada, se déroulera à la Citadelle de Québec, où le président sera accueilli par la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Réélu ou non, c'est Stephen Harper qui le recevra et représentera le Canada à ce sommet. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, y sera aussi, a appris Le Devoir.

En après-midi, vers 15h, Nicolas Sarkozy doit prononcer un discours au Parlement de Québec. C'est le premier, sinon un des premiers, chef d'État à s'adresser directement aux parlementaires québécois au Salon bleu. Plusieurs chefs de gouvernement y ont pris la parole, dont Raymond Barre en 1979, Pierre Maurois en 1982, le premier ministre grec Andréas Papandreou en 1983, et Laurent Fabius en 1984. En 1955, le colonel Paul Magloire, président de la république d'Haïti, s'était aussi adressé aux parlementaires, (selon un reportage de Roland Lelièvre archivé sur le site de Radio-Canada).

Nicolas Sarkozy doit signer au Salon rouge un protocole d'entente sur la mobilité de la main-d'oeuvre entre la France et le Québec. Selon nos informations, Paris et Québec ne s'entendaient pas encore, hier, sur l'ordre des deux événements. Québec préférait le discours d'abord et la signature ensuite et Paris, l'inverse.

Par la suite, le président français doit être présent à l'ouverture du sommet de la Francophonie prévue à 17h45 (selon l'horaire prévu sur le site de l'OIF hier). M. Sarkozy, qui est actuellement président de l'UE, s'envolera de Québec pour Washington avec José Manuel Barroso, qui participe aussi au sommet Canada-Union européenne. À Washington, les deux hommes devraient s'entretenir avec le président Bush de «nombre de questions, mais l'économie mondiale sera évidemment la question centrale», a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe. Selon l'Élysée, il sera évidemment question de la réunion d'un G8 élargi, une proposition formulée il y a deux semaines par le président français qui souhaite une «remise à plat du capitalisme financier».

La nouvelle de l'absence de M. Sarkozy a été accueillie par un «pas de commentaire» par l'Organisation internationale de la Francophonie. Au bureau de Jean Charest, on s'est borné à rappeler que «le président français est aussi président de l'UE. On est très conscient qu'il a un programme chargé avant le Sommet et après le sommet». Des sources proches du premier ministre confiaient être heureuses d'avoir «sauvé l'essentiel», soit le discours le sommet Canada-UE et le discours au Parlement.

Quant au Sommet de la Francophonie, on se demandait hier qui allait y remplacer le président français le samedi après-midi et le dimanche. Une rumeur a circulé il y a dix jours voulant que le premier ministre François Fillon soit dépêché à Québec samedi. Mais, plus récemment, le nom du ministre de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, Jean-Louis Borloo, était plus souvent évoqué.    Par Rioux, Christian; Robitaille, Antoine
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   Montréal, 16 octobre


Sommet de la Francophonie. Sarkozy conscrit son premier ministre

 

Fillon remplacera le président français au sommet de Québec, samedi et dimanche
Paris-Québec -- Puisque les contretemps s'accumulaient dans la visite de Nicolas Sarkozy au XIIe sommet de la Francophonie, qui s'ouvre à Québec demain, le premier ministre français, François Fillon, remplacera au pied levé le président samedi après-midi et dimanche.
Nicolas Sarkozy doit arriver à Québec demain matin. Il inaugurera le sommet qui réunit les représentants des pays membres de la Francophonie, après avoir présidé le sommet Canada-Union européenne et prononcé une allocution à l'Assemblée nationale. Mais dès le lendemain, c'est son premier ministre qui le remplacera alors que le président s'envolera pour Camp David, où il doit rencontrer le président George W. Bush dans l'après-midi.
La nouvelle doit être annoncée ce matin à Paris. Y sera révélé aussi l'agenda précis du président Sarkozy, nous a-t-on indiqué. Un autre événement risque de ponctuer sa journée-marathon: comme convenu et annoncé depuis des mois, il devrait aussi inaugurer, vendredi après-midi, le Centre de la francophonie des Amériques dans le Vieux-Québec, cadeau de la France à l'occasion du 400e.
Quant à l'agenda du premier ministre Fillon, il n'y avait toujours pas de déplacement au Québec inscrit, hier. Mais Le Devoir a appris de source sûre qu'après avoir envisagé de désigner le ministre de l'Environnement, Jean-Louis Borloo, la France a finalement opté pour une représentation de «très haut niveau», a-t-on confié hier à Québec. L'absence du président français à un tel sommet est une première dans l'histoire de la Francophonie et en a déçu plusieurs, dans les pays membres. On ne concevait donc pas qu'un «simple ministre», et encore moins un secrétaire d'État, tel Alain Joyandet, chargé de la Coopération et de la Francophonie, remplace le président.
Le premier ministre Fillon devrait donc participer aux tables rondes de samedi sur l'environnement, la crise alimentaire et la situation économique. Hier, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a révélé qu'il avait formellement demandé à la Francophonie de traiter de la crise financière mondiale.
Selon le nouvel horaire, M. Fillon serait donc présent au débat sur l'état de la langue française dans le monde, qui se tiendra dimanche matin. C'est la première fois qu'un tel débat est formellement inscrit à l'ordre du jour d'un sommet. Le premier ministre devrait aussi clôturer le sommet en participant à la conférence de presse finale, à 14h dimanche. Le site Internet du premier ministre contient d'ailleurs un long article sur le sommet, alors que celui du président n'en souffle pratiquement pas mot.
François Fillon en sera à sa deuxième visite à Québec cette année. Il a participé aux célébrations du 400e de la ville de Québec le 3 juillet. Politicien proche de «l'ami du Québec» Philippe Séguin, M. Fillon avait évoqué le «Vive le Québec libre» du Général de Gaulle et avait parlé du «pays» du Québec.
En tout, 45 pays auraient confirmé leur présence au sommet de Québec, ce qui est davantage qu'au dernier sommet à Bucarest, en Roumanie, a-t-on souligné à l'Organisation internationale de la Francophonie.
  Par Rioux, Christian; Robitaille, Antoine
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 Sion, 16 octobre


La francophonie a rendez-vous à Québec

 

Le 12e sommet de la francophonie s'ouvre vendredi en ville de Québec. L'occasion de tisser des réseaux. La Suisse est représentée par Pascal Couchepin.
Une véritable explosion de couleurs! Québec s'est mis sur son trente et un pour accueillir le 12e sommet de la francophonie. La nature aidant, la coloration rouge et or des feuillus crée un tableau flamboyant qui éblouit à point nommé les quelque 60 délégations attendues dans la Belle Province. Dont celle de la Suisse, dirigée par le président de la Confédération Pascal Couchepin.
La conférence qui débute vendredi s'intègre dans les manifestations organisées à l'occasion du 400e anniversaire de la cité, mais c'est son objectif universaliste qui fait son intérêt. Le Conseil fédéral l'a bien compris. Depuis 1996, la Suisse est membre à part entière de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Dans un premier temps, elle avait choisi un statut d'observateur mais celui-ci ne lui permettait pas de faire de l'OIF un véritable outil de politique étrangère.
Un instrument utile. L'OIF réunit les pays qui ont en commun l'usage du français. Ils sont aujourd'hui 55 auxquels s'ajoutent 13 observateurs. On se précipite au portillon pour en faire partie au point que certains candidats ont une relation quelque peu virtuelle avec le français. C'est notamment le cas des pays baltes. Mais peu importe. Pour la Suisse, ce qui compte c'est que l'OIF réunit près d'un tiers des membres de l'ONU.
«C'est un bon instrument pour mettre au point des positions communes qui peuvent ensuite être défendues dans d'autres enceintes», explique Patrick Pardo, le chef du service de la francophonie au Département fédéral des affaires étrangères. Qui plus est, c'est un instrument relativement bon marché puisque la contribution statutaire de la Suisse se monte à 5 millions de francs par année. S'y ajoute 1,2 million pour des actions spécifiques.
Candidatures à l'ONU. L'OIF permet aussi de promouvoir des candidatures suisses à l'ONU dans un contexte de proximité et de complicité.
Mais ce n'est pas encore suffisant aux yeux du conseiller national Didier Berberat. Il estime que «la Suisse ne joue pas assez la carte des réseaux».
Le socialiste neuchâtelois préside l'une des quatre commissions permanentes de l'Assemblée parlementaire de la francophonie: la commission de l'éducation, de la communication et des affaires culturelles. Selon lui, la Suisse aurait notamment pu s'appuyer sur l'OIF pour défendre la candidature de Sion aux Jeux olympiques d'hiver.
Il valorise par ailleurs l'apport intrinsèque de l'organisation. «La charte de l'Unesco sur la diversité culturelle est un fruit de la francophonie». Cette valeur est aussi véhiculée par TV 5 dont les quatre bailleurs de fonds (France, Canada, Belgique et Suisse) ont réussi à trouver un terrain d'entente après la récente polémique sur la réforme de l'audiovisuel français qui menaçait l'indépendance de la chaîne.
L'avenir de l'OIF repose sur un équilibre à trouver entre les attentes de ses membres. Tandis que les pays du Sud mettent l'accent sur le volet du développement, la Suisse, sous l'influence de Micheline Calmy-Rey, aimerait donner à l'organisation un caractère plus politique. Cela suppose une visibilité accrue lui permettant de jouer un rôle plus opérationnel dans les crises.
A l'image de la mission menée par l'OIF en Mauritanie en 2005 après un putsch militaire. Elle avait été conduite par l'ambassadeur suisse Jean-Pierre Vettovaglia. 
Par Christiane Imsand

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Dakar, 16 octobre

XII ème Sommet de la Francophonie : Me Wade attendu cet après-midi à Québec

 

 

Québec-Canada - Le président de la République, Me Abdoulaye Wade, est attendu cet après-midi a l’aéroport international de Québec. Il fera une importante communication sur la gouvernance et la solidarité économique au cours du 12ème Sommet de la Francophonie. La délégation sénégalaise déjà sur place est conduite par le ministre de la Culture, du Patrimoine historique, des Langues nationales et de la Francophonie, Mame Birame Diouf.

C’est, hier, en début de matinée, au Centre des Congrès que s’est ouverte la conférence des ministres des pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (Cmf). Une occasion pour les participants de déblayer le terrain avant que les chefs d’Etat et de gouvernement n’entrent en lice demain. Dans la matinée d’hier, les participants ont suivi les allocutions du ministre président de la Cmf, Mme Josée Verner, celle de Mme Monique Gagnon Tremblay du Canada-Québec, co-hôte du sommet et l’intervention du Secrétaire général de l’Oif, le président Abdou Diouf.

Plusieurs rapports ont été présentés durant cette première journée. Il s’agit du rapport sur la 69e session du conseil permanent de la Francophonie, tenu à Paris et de celui du commissaire aux comptes.

L’assemblée a aussi suivi un exposé de l’Administrateur de l’Oif, Clément Duhaime sur la coopération. D’entrée, l’Administrateur de l’Oif a rappelé que le Secrétaire général de l’Oif a réalisé le rêve des pères fondateurs de la Francophonie : celui de créer une organisation politique dont le socle et le ciment sont la langue française et dont la raison d’être est la solidarité entre les peuples francophones. « Solidarité culturelle et linguistique, bien sûr, mais aussi solidarité économique, éducative, politique, scientifique et environnementale », a souligne M. Duhaime.

« Sous la conduite de Abdou Diouf », a constaté l’Administrateur de l’Oif, « l’ensemble de ce dispositif se veut le fer de lance de la coopération multilatérale francophone ».

Il a cité les nombreuses réalisations notamment les accords de partenariat avec les Etats membres, ceux de l’Union européenne, la formation de 25.000 diplomates, fonctionnaires et journalistes, l’accès aux livres et au savoir dans les zones rurales des pays du Sud, le sillage de l’adoption à l’Unesco de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité culturelle, le financement de la circulation des artistes et des créateurs originaires de 206 pays, l’accompagnement de la transition démocratique dans les pays membres, l’organisation de plus de 1.000 manifestations à l’occasion de la journée du 20 mars, etc.

S’expliquant sur la modernisation de l’Oif par M. Diouf, son proche collaborateur a déclaré que celle-ci s’est traduite par « l’adoption d’un plan stratégique avec une rigueur budgétaire renforcée, une approche axée sur l’atteinte des résultats tangibles et mesurables ainsi qu’un souci constant de transparence ».

Quant aux opérateurs directs (Agence universitaire de la Francophonie, TV5, l’Aimf, l’Université Léopold Senghor), ils ont présenté comme à chaque sommet des communications. Quant aux Secrétaires généraux de la Confejes et de la Confemen, M. Youssou Fall et Mme Hima, ils ont fait des exposés sur leur domaine respectif.

Les travaux se poursuivront ce matin avec les communications des Etats associés et observateurs, des parlementaires avant d’examiner des projets à l’ordre du jour et d’ordonnancement des travaux du sommet. La date et le pays hôte du prochain sommet seront également annoncés.
De notre envoyé spécial : Abdoulaye Thiam

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     Montréal, 16 octobre    


Le Québec doit prendre sa place !

 

Par Pauline Marois, Députée de Charlevoix et chef du Parti québécois
Le Québec accueille cette semaine le XIIe Sommet de la Francophonie. C'est une fierté pour nous de recevoir les chefs d'État et de gouvernement des pays membres ou observateurs. C'est aussi une occasion pour la communauté internationale de souligner le 400e anniversaire de notre capitale nationale et de célébrer l'extraordinaire aventure francophone en Amérique du Nord.
Ce rendez-vous doit permettre à la communauté francophone de réaffirmer, par ses activités politiques, diplomatiques et de coopération, la solidarité de ses membres et leur détermination à accélérer le développement des peuples qui la composent. Le Québec a toujours été un partenaire actif et engagé pour la promotion et le rayonnement de la langue française et pour la défense de la diversité culturelle et linguistique.
Depuis ses débuts, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) compte sur l'engagement indéfectible de tous les gouvernements du Québec. Elle est la seule grande organisation internationale au sein de laquelle le Québec peut s'exprimer sans demander la permission du gouvernement fédéral. Il faut reconnaître que l'avenir du Québec sur la scène internationale sera tributaire de la qualité et de la pertinence de ses actions dans la Francophonie, tant qu'il ne sera pas souverain.
Politique de façade
Force est de constater, par ailleurs, que le Québec n'a pas su tirer profit de son rôle dans la préparation de ce sommet pour se doter d'une stratégie et d'une politique claires en regard de la Francophonie. Au cours des deux dernières années, Jean Charest a laissé la diplomatie fédérale occuper tout le terrain, ce qui place ce sommet sous le parapluie fédéral.
J'irai plus loin: après cinq ans au pouvoir, le gouvernement Charest n'a mené qu'une politique francophone de «façade», laissant la gestion des enjeux entre les mains du gouvernement fédéral.
En vue du prochain sommet, le premier ministre du Québec n'a finalement rien évoqué qui ne fasse partie des grands thèmes connus, ni jamais précisé les orientations défendues par le Québec. Son approche manque de fermeté, d'audace et de créativité. Il n'énonce que des généralités déjà connues sur la Francophonie.
Pour le gouvernement libéral, le sommet sera davantage une opération de visibilité qu'une réelle occasion de poser les jalons d'une Francophonie plus forte et plus active. Le premier ministre aurait dû, comme il est d'usage, organiser des consultations ou des rencontres avec ses collègues francophones pour préparer le sommet. Il a plutôt laissé tout le travail aux fonctionnaires. Il est urgent que le Québec prenne des initiatives et affirme son leadership au sein de la communauté francophone internationale. Je soulève ici trois défis qui mériteraient d'être relevés.
Être présent en Afrique et en Asie
L'OIF et ses opérateurs réalisent de multiples actions directement dans les pays en développement. La Francophonie peut compter sur la présence active des États du Nord, tel le Québec, sur ce terrain. Cette présence est fort utile et contribue à renforcer l'action francophone dans ces pays.
À ce chapitre, le gouvernement libéral néglige sa responsabilité, il n'est pas à la hauteur de ses prétentions. Hors de Paris et de Bruxelles, la diplomatie québécoise est totalement absente des pays francophones du Sud. Jean Charest a décidé d'ouvrir de nouveaux bureaux, certes, mais aucun dans l'espace francophone. Le gouvernement du Québec est totalement absent de l'Afrique et des trois pays asiatiques membres de l'OIF. Il faut absolument que le Québec y soit présent pour appuyer véritablement la croissance de la communauté francophone.
Depuis longtemps, des représentants permanents de la Francophonie sont postés à New York et à Genève, auprès des Nations unies. Aujourd'hui, le secrétaire général de la Francophonie devrait pouvoir compter sur une représentation permanente au Québec. Le Québec doit prendre l'initiative d'inviter et de soutenir l'OIF pour l'établissement d'une véritable représentation avec une spécialisation pour l'environnement. Déjà présente à Québec par l'entremise de l'Institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie, l'OIF pourrait maintenant avoir une véritable tête de pont politique et diplomatique.
Reprendre notre nom: Québec
Lorsque la Francophonie réunit ses membres, le Québec s'y présente toujours sous le nom atypique de «Canada-Québec». Cette situation est le fruit d'un vieux compromis entre Ottawa et Québec qui, en 1985, avait permis de lever le veto fédéral à la participation pleine et entière du gouvernement du Québec à la Francophonie «politique».
Depuis cette époque, le Québec a beaucoup cheminé sur la scène internationale. Il serait temps, après 11 sommets, que le Québec retrouve enfin son propre nom dans la Francophonie et laisse tomber ce trait d'union futile.
Ma ferme conviction est que le Québec doit s'engager davantage dans la communauté francophone internationale. Il faut appuyer l'OIF pour que son action demeure forte et percutante. Ce sera un des principes directeurs des relations internationales du prochain gouvernement du Parti québécois.

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          Granby (Québec),  15 octobre


Sommet de la Francophonie: une opportunité à saisir pour le Québec

 

Par André Riedl, député d'Iberville et critique de l'opposition officielle en matière d'affaires internationales et d'exportation

Le Sommet de la Francophonie qui se tiendra du 17 au 19 octobre dans la Capitale nationale se veut l'occasion pour tous les Québécois de célébrer 400 ans d'émotions et de réussites avec nos partenaires de la Francophonie. Le fait que le Sommet se déroule dans notre Capitale nationale n'est pas le fruit du hasard. La tenue de cet événement d'envergure coïncide avec 400 ans d'expression du fait français en Amérique. Pour le Québec, la Francophonie offre également l'occasion d'agir sur la scène internationale pour faire avancer des enjeux qui nous préoccupent. Dans le contexte international actuel, les attentes sont très élevées en vue du Sommet.

Sur le plan économique, la crise financière qui sévit sera un véritable test pour le Sommet de Québec. Dans ce contexte, le Sommet fera office de forum pour discuter des enjeux nord-sud ainsi que de l'avenir des échanges à la lumière de la turbulence économique ambiante. Lors de moments particulièrement difficiles, une organisation peut illustrer toute son importance et toute sa vitalité. À mes yeux, l'Organisation internationale de la Francophonie doit saisir la balle au bond et inscrire davantage la dimension économique comme l'une de ses missions fondamentales. Le Québec a d'ailleurs soif de discuter d'opportunités économiques avec ses partenaires.

Sur le plan de l'environnement, il faut souhaiter des avancées en matière de lutte aux changements climatiques. À de nombreuses occasions, l'Assemblée nationale s'est prononcée unanimement en faveur de l'application du Protocole de Kyoto. Ce sommet permettra de prendre à nouveau la mesure des effets des changements climatiques. Une déclaration commune et ferme favoriserait une relance des efforts internationaux pour contrer les gaz à effet de serre. Nous espérons d'ailleurs que l'avenir énergétique soit au coeur des débats au Sommet de la Francophonie. Le Québec a su développer une bonne expertise en cette matière au fil des ans et a maintenant l'occasion de partager cette réussite avec ses partenaires.

Sur le plan de l'avenir de la langue française, il faut souhaiter que le Sommet de Québec donne de l'élan et débouche sur une stratégie claire visant à assurer le rayonnement de notre langue sur le plan international. Dans les faits, il faut être proactif pour renverser la tendance du déclin de la présence institutionnelle de notre langue au sein des évènements internationaux et des organisations internationales. Cette bataille n'est pas que francophone, elle en est également une de diversité culturelle. Fort de son passé, le Québec pourra témoigner de l'affirmation de sa différence culturelle et identitaire. Notre langue n'est pas que le symbole qui unit l'Organisation internationale de la Francophonie; elle est avant tout l'expression de ce que nous sommes en tant que collectivité.

Le Sommet de la Francophonie qui se tiendra dans notre Capitale nationale sera l'occasion pour le Québec de faire preuve d'audace. Le Sommet de Québec nous offre l'opportunité d'influer sur la direction que prendra l'Organisation internationale de la Francophonie dans les années à venir. À mon sens, cela passe inévitablement par une ouverture quant à l'intégration de nouveaux partenaires et par l'élargissement de son mandat, notamment en assurant une place accrue accordée aux questions économiques.   

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   Cotonou, 15 octobre

12ème sommet de la francophonie.  La jeunesse africaine mandate Boni Yayi

 

La jeunesse francophone de 25 pays africains souhaite que le Dr Boni Yayi soit leur porte-parole au 12ème sommet de la francophonie qui se tient à partir du 17 octobre prochain au Canada. Elle l’a affirmé hier au Bénin Marina hôtel de Cotonou où en prélude à ce sommet, elle a organisé un dîner de mobilisation et d’information sur les enjeux que présente ce rendez-vous pour la jeunesse africaine. Rappelant à l’assistance que le 17 octobre prochain est un grand jour non seulement à cause dudit sommet mais aussi parce que c’est la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, Luc Sidimou, président de l’Association de la jeunesse africaine francophone a saisi l’occasion pour interpeller le président Boni Yayi. Conscient de sa disponibilité à écouter la jeunesse, il lui a lancé un appel afin qu’il soit leur porte-parole pour défendre leurs causes auprès de ses pairs. A deux jours de l’ouverture du sommet, Luc Sidimou a souligné que le président béninois, lauréat 2003 du prix de la francophonie économique a déjà beaucoup donné à la jeunesse francophone en initiant les institutions financières de la francophonie mais ne devrait rester insensible aux maux qui la minent, surtout le chômage.

Séfou Fagbohoun distingué.
La jeunesse africaine francophone a au cours de ladite soirée décerné un prix pour la paix. Ce prix est revenu au président du Madep, Séfou Fagbohoun. Idelphonse Tognibo, son représentant surpris par cette distinction a remercié les organisateurs et leur a promis au nom du lauréat de faire l’effort de toujours cultiver la paix.

A signaler que la République démocratique du Congo a saisi l’occasion de cette soirée pour annoncer sa candidature pour l’organisation du prochain sommet de la francophonie.
Par Angelo Dosoumou

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   Paris,  15 octobre  

200 millions de francophones dans le monde

 

La langue française est la 9e langue la plus utilisée dans le monde. Avec l'anglais, c'est l'une des deux seules langues parlées sur tous les continents.
200 millions de francophones sont répartis dans le monde, selon un rapport publié le 20 mars à l'occasion de la Journée internationale de la Francophonie par l'OIF qui compte 68 Etats et gouvernements membres dont 13 pays observateurs.

La Francophonie compte 128 millions de francophones "réels" capables de parler couramment le français, et 72 millions de "partiels", selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Le français est avec l'anglais la seule langue utilisée sur tous les continents.

Il est la neuvième langue parlée dans le monde derrière le chinois, l'anglais, l'indi, l'espagnol, le russe, l'arabe, le bengali et le Portugais. Il est la langue officielle de 27 pays membres de l'Union européenne où il reste loin derrière l'anglais en matière de langues étrangères apprises, mais devance l'allemand et l'espagnol.

Le français est, totalement ou pour partie, la langue maternelle dans cinq pays européens: la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et Monaco auquel s'ajoute le cas particulier d'Andorre - soit environ 70 millions de personnes. En Europe centrale et orientale, la Roumanie, puis la Pologne et la Moldavie sont les pays qui comportent le plus grand nombre de francophones.

Les dix pays où l'on trouve le plus de francophones sont la France (63 millions), la République démocratique du Congo (24,3), l'Algérie (16, non membre de l'OIF), la Côte d'Ivoire (12,7), le Canada (11,5), le Maroc (10,1), le Cameroun (7,3), la Tunisie (6,3), la Belgique (6,3) et la Roumanie (6).

Le continent africain détient le nombre le plus important de francophones avec un taux de 10% par rapport à sa population globale.

L'idée de constituer un regroupement de pays francophones, à l'instar du Commonwealth qui lie entre elles les nations attachées autrefois à la Couronne britannique, a été d'abord mise en avant par les présidents Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Habib Bourguiba (Tunisie), Hamani Diori (Niger) ainsi que par le Prince Norodom Sihanouk (Cambodge).

A leur initiative, a été créée en 1970 au Niger le premier organisme francophone multilatéral, l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), chargée de développer des programmes de coopération culturelle et économique au profit des pays francophones du Sud.

La population totale des Etats et gouvernements membres de l'OIF est de 803 millions de personnes.

Le 12e sommet de la Francophonie se tiendra à Québec du 17 au 19 octobre.

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     Montréal, 16 octobre    


Francophonie et pâquerettes

 

Par Gaston Bernier, Président de l'ASULF Québec
Les porte-parole des pays de la Francophonie se réunissent à Québec cette semaine. On peut espérer qu'ils auront l'occasion de discuter du sort réservé à la langue supposée être le ciment de l'organisation. L'Association pour le soutien et l'usage de la langue française (ASULF) vient de faire un relevé des pays membres, observateurs ou assimilés, qui ont une ambassade à Ottawa. Une douzaine d'entre elles n'ont qu'un odonyme anglais à aligner dans l'annuaire des téléphones: cela va de la France à Madagascar en passant par la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Au total, douze pays n'osent pas écrire «rue», «promenade» ou «boulevard». Seul le Maroc indique son adresse en français.
D'autres pays membres de l'OIF vont plus loin: ils ne mettent de l'avant que l'appellation anglaise du pays: cela va de Bulgaria ou Croatia à Ukraine in Canada ou Vietnam (embassy of) en passant par Greece et Lebanon. Encore là, 12 pays de la Francophonie qui refusent de montrer leurs couleurs supposées francophiles. Si le regroupement des pays francophones doit signifier quelque chose, on devrait corriger ces petits détails, ces petites lacunes, lesquels laissent à croire que la Francophonie n'a pas d'impact au ras des pâquerettes.

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L'Orient littéraire  Supplément mensuel de l'Orient Le Jour    Beyrouth, 4 octobre   


Une occasion en or

 

 

Dans quelques jours se tiendra le Salon francophone de Beyrouth, désormais confié au Syndicat des importateurs de livres en partenariat avec la Mission culturelle française. Cet événement revêt une double importance : il réaffirme d’abord l’attachement du Libanais à la culture et son refus du défaitisme affiché par certains responsables sécuritaires qui avaient réclamé (et obtenu) l’annulation du Salon en 2007 et 2008. Il apparaît ensuite comme une nécessité à l’heure où tous les indicateurs signalent une baisse du français au Liban au profit de l’anglais. Cette manifestation, conjuguée avec les VIe Jeux de la francophonie prévus en septembre prochain à Beyrouth, est l’occasion rêvée pour sensibiliser les jeunes à la richesse de la langue française et dynamiser la francophonie au pays

du Cèdre. Aussi cet événement met-il en évidence la paresse flagrante de certaines ambassades qui, pour de prétendues raisons financières, n’ont pas jugé bon de participer au Salon et de mettre en valeur leur patrimoine littéraire francophone. Seule la Suisse a su montrer l’exemple en invitant éditeurs et auteurs helvétiques. Or la promotion de la langue française n’est pas la chasse gardée

de l’Hexagone et le combat pour la francophonie exige une solidarité réelle entre tous les membres de la vaste famille francophone. Il faut espérer que l’événement « Beyrouth, capitale mondiale du livre 2009 » et les Jeux à venir encourageront ces pays amis à sortir de leur léthargie et les inciteront à se mobiliser enfin pour mieux défendre, avec nous, une certaine idée de la francophonie...

Editorial d'Alexandre Najjar

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Autres articles



 Paris, 16 octobre


Et en Haïti...

 

Pour endiguer la plus grave crise financière depuis celle de 1929, la planète jongle avec des centaines de milliards de dollars. Les Etats s'endettent, les banques respirent et les Bourses se redressent. A la hauteur d'une tempête qui invite à s'interroger sur les fondements mêmes de nos systèmes économiques, de telles sommes donnent le vertige. Pour éradiquer la sous-alimentation qui touche 923 millions d'humains, il suffirait, selon les calculs des ONG, de 30 milliards de dollars par an. Moins de 5 % du seul plan Paulson ! Une misère.

En pleine crise financière, la Journée mondiale de l'alimentation, jeudi 16 octobre, sonne comme un signal d'alarme. Selon le bilan de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'envolée des prix agricoles et du pétrole a provoqué, en 2008, une augmentation de 75 millions du nombre de personnes qui souffrent de la faim. En dépit d'une hausse de la production mondiale de céréales, les marchés agricoles restent tendus, et les experts s'attendent à une succession de crises alimentaires.

Alors qu'un enfant de moins de 10 ans meurt de la faim ou de ses conséquences toutes les cinq minutes dans le monde, l'association Action contre la faim relève qu'elle a "beaucoup de mal à mobiliser les énergies et les fonds". Cela ne fait que souligner le contraste avec l'apparente facilité avec laquelle des fonds ont été trouvés pour sauver les banques. Le traitement d'un enfant malnutri coûte environ 60 dollars par an. Mais les moyens mondiaux mis en oeuvre ne permettent de traiter que 5 % de la malnutrition sévère.

A environ 2 400 kilomètres de Wall Street, Haïti, un des pays les plus pauvres de la planète, résume ces misères du monde. En avril, il a connu de violentes émeutes de la faim. Entre le 15 août et le 15 septembre, il a été dévasté par deux cyclones et deux tempêtes tropicales qui ont fait près de 800 morts et ont accentué la pénurie alimentaire. Mais, en Haïti comme ailleurs, loin des marchés, on meurt en silence. La mobilisation internationale ne dure guère au-delà du temps médiatique des catastrophes. Avec la crise financière, la diaspora haïtienne a réduit ses envois de fonds. Il faudra bien pourtant que, après ses faillites financières, le monde s'attaque à ses faillites morales.  Editorial
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  Paris, 16 octobre   

Des milliards pour la finance, des miettes pour la faim

 

Pendant la crise financière globale, les autres crises planétaires passent à la trappe. Et parmi celles-ci (énergétique, climatique) la crise alimentaire est la plus aiguë : 923 millions de personnes sont victimes de la faim dans le monde en 2008, estime la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.

Alors que les pays développés prévoient d'injecter jusqu'à près de 3 000 milliards d'euros dans le sauvetage du système bancaire et financier de la planète, 1 % de ce pactole - décidé en moins d'un mois - suffirait à sortir l'humanité de la faim. «Il ne faudrait investir que 30 milliards d'euros par an pour assurer la sécurité alimentaire d'une population qui atteindra 9 milliards en 2050», écrivait Jacques Diouf dans nos colonnes (Libération du 8 octobre).

«Tsunami silencieux». Il suffit de remonter cinq ans en arrière pour voir l'ampleur des dégâts. En 2003, 815 millions de personnes souffraient de la faim. On assistait alors à une baisse moyenne de 6 millions par an. Les agences de l'ONU se prenaient à rêver : si, chaque année, 28 millions de plus sortaient de la trappe de la malnutrition, alors on pourrait réduire de moitié le nombre de victimes de la faim d'ici à 2015...

Retour sur terre en 2008. Sur fond de spéculation, de ruée vers les biocarburants, de sécheresse liée au changement climatique, le prix des denrées alimentaires explose de façon exponentielle. + 50 % depuis le début 2008, après 24 % en 2007, 12 % en 2006... Cette inflation galopante depuis 2002 est la plus forte depuis le début des années 70, qui avait conduit à des famines dramatiques. Six millions d'Ethiopiens sont aujourd'hui menacés.

Le drame, justement, c'est que la mobilisation des bailleurs de fonds ne suit pas. L'aide alimentaire internationale est tombée en 2008 à son niveau le plus bas depuis quarante ans, assure le PAM, le Programme alimentaire mondial. Qui parle «de tsunami silencieux».

Parallèlement, l'aide publique au développement s'effondre, à l'image de la France qui vient de renier les promesses jadis martelées par Jacques Chirac de parvenir à consacrer 0,7 % de sa richesse, d'ici à 2012, aux pays du Sud. «L'opinion s'en moque», lâche un diplomate français. Un sondage dans la Croix d'hier dit pourtant le contraire : 58 % des Français appuient une hausse de l'aide. Indispensable donc, sauf à voir se multiplier les déstabilisations régionales liées aux famines et aux réfugiés climatiques.

Mais pendant que les grands de ce monde redécouvrent les vertus de la régulation des marchés, ils militent toujours dans les enceintes internationales pour davantage de libéralisation sur l'agriculture. «Les pays riches doivent permettre aux gouvernements des pays du Sud d'assurer leur propre développement agricole et leur sécurité alimentaire, dit Frédéric Rousseau, de l'ONG Oxfam. Et ne doivent plus s'opposer aux mesures qui protègent les petits producteurs, les secteurs agricoles.»

Pourtant, des mesures de protection sont permises par l'Organisation mondiale du commerce. Mais les pays ne les appliquent pas. Souvent par crainte de rétorsions économiques.

Inégalités obscènes. Un dernier chiffre, histoire de résumer l'ampleur des enjeux pour une autre mondialisation. «Les différences d'espérance de vie entre les pays les plus riches et les plus pauvres dépassent désormais quarante ans.» Des inégalités «criantes», résume l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport annuel, publié mardi. «Plus grandes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient en 1978», dit Margaret Chan, la directrice générale de l'OMS. Obscènes, même : en trente ans, le monde fait marche arrière alors qu'il vient de connaître une croissance de ses richesses sans précédent en dix ans. Le monde fera-t-il mieux avec la longue récession qui s'annonce ?
Par Christian Losson
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Ouagadougou, 16 octobre


Or donc il y a de l’argent pour aider les pauvres

 

On la croyait sur le point d’être vaincue. Mais la crise financière qui secoue les places boursières, depuis de longues semaines, a démontré qu’elle avait la peau dure. Pourtant, des thérapies de choc, il y en a eu. Des 700 milliards de dollars du plan Paulson, aux quelque 1700 milliards d’euros dégagés dimanche par le sommet de l’Eurogroupe, le nouveau monde et le vieux continent ont mis la main à la poche pour venir en aide à leurs banques.

Des sommes tellement folles qu’on aurait bien du mal à les convertir en CFA, et encore davantage, à en traduire les montants, colossaux, dans nos langues nationales. Si cet effort considérable a pu éloigner pour un temps la menace d’effondrement du système financier mondial, il n’a pas réussi à dissiper totalement les nuages.

Et après deux jours d’embellie, la descente aux enfers a repris, faisant virer au rouge la plupart des indices des marchés financiers. « Je suis plus serein qu’il y a cinq jours, mais la crise financière me terrifie », affirmait Paul Krugman, Nobel 2008 d’économie, qui, dès lundi, avait émis des inquiétudes, jugeant sévèrement la stratégie de George Bush face à la crise, la qualifiant de réponse « idéologique ».

Ces appréhensions se sont malheureusement confirmées, et c’est dans un contexte de rechute des marchés, que Camp David, la résidence des présidents américains, recevra samedi Nicolas Sarkozy et José Manuel Barroso.

Le premier, en tant que président en exercice de l’Union européenne et le second en sa qualité de président de la Commission. Au nombre des sujets discutés, la crise, qui retiendra davantage leur attention. La situation est grave, la bourse coule et les deux rives de l’Atlantique sont bien décidées à se serrer les coudes pour redresser un système sur le point de s’effondrer.

Bien loin des grandes places financières, l’Afrique reste un acteur minuscule de la donne financière, avec seulement 3% du commerce mondial. Plus touché par la crise alimentaire et la hausse du prix du brut, notre continent redoute surtout une baisse des prix des matières premières et le tarissement du flux vital, de l’aide au développement.

On se souvient qu’en 2005 à Gleneagles en Ecosse, le G8 nous avait donné beaucoup d’espoir, promettant de porter à 50 milliards de dollars par an l’aide au tiers monde, l’Afrique devant bénéficier de la moitié de cette somme.

Aujourd’hui, seuls 20% des engagements auraient été tenus. Et on se demande si ces belles promesses seront un jour tenues, surtout après le spectaculaire sauvetage des banques occidentales. Ainsi, des milliers de milliards d’euros viennent de pleuvoir sur les places financières, pour limiter les dégâts de la crise, alors que l’argent manque pour aider les pauvres.

Alors, à défaut de bénéficier de la manne promise des bailleurs de fonds, les pauvres du tiers monde devront trouver les moyens, eux aussi, de se serrer les coudes pour sortir du sous- développement. Par H. Marie Ouédraogo
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Genève, 16 octobre

 


La crise oubliée

 

Emeutes de la faim, flambée des prix, développement des agrocarburants: comme attendu, le lexique de la «crise alimentaire» n'a pas passé l'été. La page des agendas politiques est tournée. Dans la plus grande discrétion, l'Organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a annoncé vendredi que 925millions d'êtres humains avaient faim. En une année, 75millions de personnes ont basculé –pas moins de 1% de la population mondiale.
Un «tsunami silencieux», disait l'ONU ce printemps, qui depuis lors a été submergé par une autre crise. Autrement prioritaire, semble-t-il. D'un côté, 6000milliards de dollars de fonds publics mobilisés en quelques semaines pour garantir la survie de l'architecture financière mondialisée, une structure prédatrice et parasitaire dont la formidable fiabilité vient d'être démontrée... De l'autre, 100milliards de ces mêmes billets verts «suffiraient» à réduire de moitié –et durablement– le nombre de personnes sous-alimentées d'ici 2015. C'est l'objectif officiel de la communauté internationale. Malgré l'émotion printanière, celle-ci n'est parvenue qu'à doubler les prêts agraires consentis par la Banque mondiale: 1,2 milliard de dollars pour 3milliards de paysans!
Etrangers à ces calculs et autres larmoiements hypocrites, quelque 150mouvements paysans de 70pays ont choisi ce 16 octobre, journée mondiale de l'alimentation, pour ouvrir leur quatrième congrès à Maputo, au Mozambique. Pour la coalition Via Campesina (Voie paysanne), le symbole est évident: si les campagnes nourrissent toujours les villes, les ruraux sont de moins en moins nombreux à s'alimenter correctement. Année après année, la production vivrière destinée aux habitants recule au profit de denrées exportées vers des consommateurs à fort pouvoir d'achat. Comment s'étonner, dès lors, que 70% des affamés vivent à la campagne?
Quelle alternative propose Via Campesina? Sans illusion sur les appels au rééquilibrage de la mondialisation, les syndicats paysans défendent une re-localisation de la production et de la consommation, une agriculture de proximité, familiale ou coopérative. Le concept de «souveraineté alimentaire», né au sein de Via Campesina, est désormais consacré; il déplace l'axe de la lutte vers le contrôle effectif, territorial de ces biens d'absolue nécessité.
Retour vers le passé? Pour beaucoup, ce projet s'assimile au refus du progrès. Pas besoin d'être un suppôt des transnationales pour cela: dans notre vulgate moderniste, économies d'échelle et circulation des biens sont synonymes de développement. Le sens de l'Histoire.
C'est un malentendu doublé d'une imposture. D'abord, la «souveraineté alimentaire» ne signifie pas l'autarcie agraire, mais l'organisation de la production locale en fonction des besoins locaux... avant exportation ou importation de surplus. Une meilleure allocation des ressources permettant, par exemple, de stopper l'abandon de terres et l'exode rural en pleine crise alimentaire! Dans un monde qui voit se profiler la crise du pétrole, peut-on être plus «moderne»?
Ensuite, le modèle de l'agro-industrie se nourrit d'une illusion: l'efficacité. Rentable car extensif, il est dix à vingt fois moins productif à l'hectare que l'agriculture familiale [1]. Et ce, malgré son haut degré de mécanisation, ses intrants chimiques, sa voracité en eau, énergie, sols et forêts!
Et la «souveraineté financière», ça tente quelqu'un?     Par Benito Perez   
Note : [1]  www.guardian.co.uk/commentisfree/2008/jun/10/food.globaleconomy

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 Paris, 16 octobre


La crise risque d'aggraver la situation alimentaire

 

La faim gagne du terrain. Actuellement, 923 millions d'humains en souffrent dont 75 millions de personnes supplémentaires en 2008, en raison de l'envolée des prix agricoles et du pétrole. C'est le bilan que dresse l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à la veille de la Journée mondiale de l'alimentation, fixée jeudi 16 octobre.

Cette aggravation de la sous-alimentation n'est peut-être qu'un début. "Ce que nous avons vécu cette année, avec les émeutes de la faim, n'était pas une crise, mais une alarme. Si crise alimentaire d'ampleur mondiale il y a, elle est devant nous", estime Abdolreza Abbassian, économiste à la FAO. Car les marchés agricoles restent tendus, et la crise financière risque d'aggraver la situation.

Des signes d'amélioration sont pourtant perceptibles. La récolte 2008-2009 va battre des records. Selon la FAO, la production mondiale de céréales devrait augmenter de 2,8 %, notamment grâce à l'extension de la culture du blé. Ces perspectives ont permis une baisse des prix depuis six mois sur les marchés mondiaux qui avaient atteint des sommets au printemps.

RÉGLEMENTATION DE LA SPÉCULATION

Et après ? Rien n'est sûr. "A la moindre mauvaise récolte, les prix flamberont. Comme rien n'a été fait, nous ne sommes pas à l'abri d'une succession de crises alimentaires", estime Hervé Guyomard, économiste à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA). "Est-on prêt pour une nouvelle augmentation de prix à l'avenir ?, interroge M. Abbassian. Je crains que non, alors que l'impact sera certainement encore plus fort pour les pays pauvres."

La crise du printemps a permis de prendre conscience des erreurs du passé et de tomber d'accord sur quatre nécessités : investir dans l'agriculture, promouvoir l'autosuffisance alimentaire de chaque pays - et donc les cultures vivrières -, miser sur les exploitations familiales pour assurer l'alimentation des plus pauvres, pour la plupart paysans, et développer des modes de production durable.

Mais, sur les raisons mêmes de l'envolée des cours, il n'y a pas consensus : le rôle des agrocarburants ou ceux de la spéculation et des changements des modes alimentaires dans les pays émergents font toujours débat. Par conséquent, aucune décision n'a été prise par la communauté internationale qui, en outre, n'a pas honoré ses engagements financiers. "Même si la production augmente, le véritable problème est celui des revenus et de l'accès des plus pauvres à la production", estime François Danel, directeur général de l'ONG Action contre la faim.

Le problème risque même d'être amplifié par la crise financière. Car pour assurer la sécurité alimentaire mondiale d'une population qui croît, il faut investir. Or les fonds publics risquent désormais de manquer pour, par exemple, développer à moyen terme l'agriculture africaine et, dès cette année, pour financer l'aide alimentaire, craignent les organisations non gouvernementales (ONG).

A court terme, c'est donc sur les agriculteurs des pays développés qu'il faut compter pour augmenter la production. Mais rien ne dit qu'ils relèveront le défi si le crédit se raréfie et que l'achat de semences et de fertilisants s'avère impossible. De plus, faute de crédits, "les pays pauvres auront du mal à financer leurs importations de denrées", redoute Abdolreza Abbassian.

Selon de nombreux experts, pour éviter une crise alimentaire majeure à venir, il faudra réduire la volatilité des prix, plus inquiétante que les cours élevés pour les consommateurs des pays pauvres comme pour les producteurs. La solution pourrait être d'utiliser des stocks régionaux afin de remettre de la marchandise sur le marché en cas de déséquilibre entre l'offre et la demande. Jusqu'ici, c'est le rôle qu'avaient joué les stocks européens et américains, avant que ces outils de régulation disparaissent.

Sur ce point, la crise financière pourrait s'avérer bénéfique. Même si, ces dernières semaines, elle a occulté la crise alimentaire, elle a aussi fait ressurgir l'idée d'une régulation mondiale. Sur la scène alimentaire, le débat avait émergé au printemps. L'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri), basé à Washington, qui estime nécessaire une coordination mondiale, avait ainsi appelé à la réduction et à la stabilisation des prix grâce à la mise en place d'une réglementation de la spéculation et de stocks de céréales publics partagés. Mais les nombreuses voix qui s'étaient élevées alors semblaient inaudibles.  Par Laetitia Clavreul
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    Kinshasa, 18 octobre  
 

Centrafrique : promulgation de la loi d’amnistie

 

La loi d’amnistie, un des préalables à la tenue du «Dialogue politique inclusif» devant rassembler en Centrafrique pouvoir, opposition, société civile et rébellions, a été promulguée par le président François Bozizé.

La loi d’amnistie, un des préalables à la tenue du «Dialogue politique inclusif» devant rassembler en Centrafrique pouvoir, opposition, société civile et rébellions, a été promulguée par le président François Bozizé, a rapporté l’AFP citant le mardi 14 octobre 2008 une source officielle centrafricaine.

Adoptée par le parlement le 29 septembre, cette loi prévoit que sont amnistiées «toutes les infractions commises par les éléments des forces de défense et de sécurité, les autorités civiles et militaires dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre et de la défense du territoire» depuis le 15 mars 2003 quand le général Bozizé a renversé l’ex-président Ange-Félix Patassé (1993/2003).

Sont également amnistiés «les responsables et les membres des groupes politico-militaires se trouvant sur le territoire national ou en exil» depuis cette date jusqu’à la promulgation de la loi le 13 octobre.

La loi cite comme personnalités amnistiées, l’ex-président Patassé, son ancien ministre de la Défense, Jean-Jacques Demafouth, actuel dirigeant d’une rébellion dans le nord du pays, et Abdoulaye Miskine, un autre dirigeant de la rébellion.

Toutefois, la loi exclut de l’amnistie «les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre» ou tout crime «relevant de la compétence de la Cour Pénale Internationale» (CPI).

INACCEPTABLE. La Centrafrique, pays enclavé figurant parmi les plus pauvres de la planète, fait face à une grave crise financière et sociale alors que l’insécurité règne dans le nord en proie aux exactions de groupes rebelles, de «coupeurs de routes» et de l’armée gouvernementale.

La loi fixe aux rébellions 60 jours «pour mettre fin aux violences et faire cesser le feu immédiatement et sans conditions». Elle soumet leurs combattants «aux mécanismes de cantonnement, de désarmement et de reconversion» dans ce délai.

Jean-Jacques Demafouth, président de l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD), un des principaux mouvements rebelles du pays, a affirmé récemment que cette loi d’amnistie était «inacceptable». Il conteste notamment qu’on ne peut regrouper et cantonner les combattants des rébellions en deux mois. Si ce cantonnement n’a pas lieu dans ce délai les rebelles perdront le bénéfice de la loi.

Le président François Bozizé devra, selon un analyste, tenir compte de toutes ces critiques afin de rapprocher l’opposition et permettre que le dialogue politique aboutisse à la réconciliation nationale et au rétablissement d’une paix durable en Centrafrique.  Par  Pierre Emangongo
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     Ouagadougou, 16 octobre

Côte d'Ivoire. Visite de Gbagbo dans le Nord : l’opposition prêche dans le désert

 

Un nouveau sujet de polémique en Côte d’Ivoire. Un de plus ! Le chef de l’Etat veut se rendre à Katiola, dans cette zone anciennement contrôlée par les Forces nouvelles. Il veut le faire, comme il sied à un président de la république, en grande pompe avec les ors et les oripeaux de la république. Avec un cortège de personnalités de tout premier plan : ministres, élus, directeurs en tous genres. Et c’est le maire de la localité qui reçoit, qui organise, qui doit souhaiter la bienvenue. On pourrait penser que tout est en ordre. Sauf que cela a lieu en Côte d’Ivoire, un pays qui traverse une crise longue et difficile, une nation déchirée, qui cherche laborieusement les voies et les moyens de la paix. Un pays gouverné par une équipe politiquement diverse, et qui s’approche, en principe, d’échéances électorales capitales pour son avenir. Alors, bien sûr, les pires soupçons se changent en accusations véhémentes. On accuse le président Gbagbo de faire en réalité campagne sous couleur d’activités présidentielles ordinaires. L’opposition crie à l’activité politicienne et partisane masquée. Elle considère que le chef de l’Etat veut labourer les terres qui, en principe, sont à elle. Bien entendu, dans le camp présidentiel, on rejette ces accusations avec le ton de l’innocence offensée. On proclame que le président Gbagbo fait le travail pour lequel il habite au palais présidentiel. A partir du moment où le pays est réunifié, il va de soi que le chef de l’Etat aille partout, entendre la voix des populations, constate sur place les difficultés de la nation. Trivialement, qui pourrait nier au premier responsable du pays le droit d’aller et venir, celui de rendre visite à ses concitoyens et de s’entretenir avec eux ? La campagne électorale n’est pas ouverte, et le temps n’est pas venu où l’on parle des élections à tout bout de champ. Et il faut reconnaître que la cause de l’opposition ne sera pas facile à défendre et à faire entendre. Car c’est toute l’ambiguïté du statut de président - candidat en Afrique qui est le coeur du problème. Que le président Laurent Gbagbo soit candidat à sa propre succession, cela ne fait aucun doute. Qu’il y pense tout le temps, quoi qu’il fasse, on serait tenté de dire que c’est de bonne guerre. Laurent Gbagbo, on peut le penser, entend se faire élire, et bien élire. Il veut effacer, pour l’histoire, l’impression que son accession au pouvoir est vraiment un de ces accidents dont l’histoire, facétieuse à souhait, a le secret. Il veut vaincre ses adversaires, des hommes politiques autrement plus roués que le Général Guéi. Alors, nul doute qu’il travaille jour et nuit pour couper l’herbe sous les pieds de l’opposition... qui le voit venir. C’est un fait d’ailleurs qu’il ne perd aucune occasion de parler (en bien !) de son bilan et d’attaquer les partis de l’opposition qui siègent avec lui à la table du conseil des ministres. Le plus pernicieux, c’est que tout cela se fait dans des cadres officiels, et avec les moyens de l’Etat ! Et bien entendu, les populations peuvent difficilement faire la part entre le discours de leur président et le discours du candidat, surtout que la campagne n’est pas ouverte. En Afrique, le président - candidat, ou plus généralement le parti au pouvoir, use largement des biens de l’Etat comme d’un arsenal normal de campagne. Cela fausse évidemment le jeu de la démocratie. Ces pratiques compromettent les chances d’une saine alternance. Les opposants, sûrs de ne pas pouvoir gagner à la régulière, s’abandonnent aux pratiques de la corruption ou à l’action violente. Le coeur du problème, c’est l’insuffisante culture des populations en matière de politique moderne. La culture traditionnelle les entraîne parfois à considérer qu’un chef a le droit (et parfois même le devoir) d’utiliser le bien public. C’est qu’elles supposent que le chef agit nécessairement dans le sens de l’intérêt public. Comme dans le cas de la corruption, il arrive que l’opinion soit extrêmement compréhensive pour ces abus du pouvoir, et critiques envers ceux qui les dénoncent. Seule l’avancée de la culture démocratique rendra politiquement contre-productive l’utilisation des biens et des symboles de l’Etat dans une compétition devenue inéquitable. On tirera aussi cette autre leçon de ce nouvel épisode de la crise ivoirienne. Tant que les acteurs eux-mêmes ne feront pas preuve d’un minimum de bonne foi, de sorte à pouvoir se faire confiance, les meilleurs accords, la plus forte mobilisation de la communauté internationale seront sans effet. Il faut donc en appeler à la volonté de bien faire des hommes politiques de la Côte d’Ivoire pour que les petits écueils inévitables dans la vie politique ne se transforment pas systématiquement en obstacles insurmontables.

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  Paris, 16 octobre   

Côte d'Ivoire. Le FMI épingle Gbagbo sur son budget

 

Il y a quelques mois, la Côte-d'Ivoire se plaignait du manque de soutien financier de la communauté internationale pour organiser des élections générales, sans cesse repoussées depuis trois ans. Mais ces jours-ci, des experts du FMI ont découvert avec stupeur l'évaporation de 100 milliards de francs CFA du budget de l'Etat ivoirien, soit 150 millions d'euros. Une somme qui aurait été bien utile pour dynamiser le processus d'identification et de réfection des listes électorales, actuellement en panne. Gênant pour un pays qui, par ailleurs, espérait obtenir, à brève échéance, un effacement de sa dette.

Vitraux. Lors d'une mission d'une dizaine de jours en Côte-d'Ivoire qui s'est achevée en fin de semaine dernière, les experts du FMI ont pointé du doigt le financement hors budget des grands travaux menés à Abidjan et surtout à Yamoussoukro. Le régime de Laurent Gbagbo a lancé la construction, entre autres, d'un palais présidentiel dans cette ville du centre du pays, érigée en capitale après l'indépendance conformément aux desiderata de Félix Houphouët-Boigny. «En quoi avions-nous besoin d'un tel bâtiment ? s'indigne un haut responsable ivoirien. Le pays dispose déjà de deux palais présidentiels, à Abidjan et à Yamoussoukro.»

Ces grands travaux voulus par le président Gbagbo ont été confiés à l'architecte Pierre Fakhoury, un Libanais né en Côte-d'Ivoire, bien en cour à Abidjan. Ce dernier, qui peut se targuer de figurer sur l'un des vitraux de la monumentale basilique de Yamoussoukro, sa pièce maîtresse, construite sous le règne du «Vieux», Houphouët, a un accès direct au chef de l'Etat. A Paris, Fakhoury est proche de l'avocat Robert Bourgi, l'un des derniers représentants des réseaux françafricains de Jacques Foccart, qui a l'oreille du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.

A Abidjan, Pierre Fakhoury bénéficie des largesses du régime. Le président Gbagbo lui a ainsi attribué personnellement un bloc d'exploration offshore à la frontière avec le Ghana. C'est d'ailleurs sur les revenus tirés de l'exploitation des gisements de pétrole ivoirien que les grands travaux de Fakhoury à Yamoussoukro seraient financés.

Pot aux roses. D'après nos informations, le régime d'Abidjan a alloué 1,6 million de barils de brut à la compagnie pétrolière contrôlée par l'architecte, Yam's petroleum. En toute discrétion, croyait-il. Mais les experts du FMI ont découvert le pot aux roses. Dans une langue toute diplomatique, l'institution financière rappelle à l'ordre l'Etat ivoirien : «L'exécution du budget 2008 n'a pas encore satisfait complètement aux attentes du programme.» Et d'ajouter : «D'autres initiatives s'imposent [...] pour s'assurer que tous les revenus et dépenses de l'Etat sont repris au budget.» L'annulation de la dette ivoirienne attendra des jours meilleurs sur le plan de la rigueur budgétaire.   Par Thomas Hofnung
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  Ouagadougou, 16 octobre

Mauritanie. Retour de Cheikh Abdallahi au pouvoir : ce ne sera pas pour demain

 

"Faut pas rêver." C’est le titre d’une émission diffusée sur une chaîne de télévision française. Cela pourrait épouser la situation politique actuelle en Mauritanie, où certains se prennent à rêver que le président démocratiquement élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi, renversé le 6 août dernier, réintégrera ses fonctions de chef d’Etat de la Mauritanie. D’un autre côté, un front anti-putsch national, l’Union africaine, l’Union européenne et bien d’autres Etats, comme la France, s’opposent au général Ould Abdel Aziz et aux siens. Pour manifester leur engagement dans ce sens, des militants soutenant l’ancien régime de Abdallahi ont essayé une fois de plus de se faire entendre en battant le pavé. La manifestation a été réprimée sans ménagement. Dans le même temps, l’ultimatum lancé par l’Union africaine contre la junte vient d’expirer et l’on attend la réaction de Jean Ping dont l’institution continue d’exiger le départ du général Abdel Aziz et le retour de l’ancien chef d’Etat. Quelles mesures seront prises en représailles par l’UA ? On attend de voir. Pour sa part, l’Union européenne qui s’est inscrite dans la même logique, attend de la junte qu’elle accède au retour à l’ordre constitutionnel, et certains de ses Etats ont déjà taillé des costumes de persona non grata aux membres de la junte et à leurs acolytes. L’ancien président de l’Assemblée nationale, chez qui on observe tout de même un ramollissement de ton, croit avoir trouvé une solution de sortie de crise. Il propose en effet, un retour de l’ancien chef d’Etat, pour une période définie qui débouchera sur l’organisation d’une élection présidentielle transparente et la formation d’un gouvernement de consensus chargé de conduire les élections. Cette proposition enchante-t-elle la junte au pouvoir ? Il ne faut pas être naïf. On peut penser, avec le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, que les nouveaux maîtres de Mauritanie ne feront pas tout ce chemin qui n’était d’ailleurs pas sans risques, pour ensuite faire machine arrière et remettre le pouvoir arraché. Cette junte n’irait pas jusqu’à se saborder. Sous cet angle, on peut dire que le retour de Cheikh Abdallahi aux affaires, ce ne sera pas pour demain. La junte, qui, du reste, a visiblement fait fi de toutes ces propositions et menaces, continue son chemin, s’installant dans la durée. Par le biais d’actions diplomatiques menées auprès d’institutions internationales et de certaines personnalités, le général Abdel Aziz et les militaires au pouvoir donnent la preuve qu’ils restent les maîtres du terrain. Et ils ne semblent pas être pressés pour l’organisation de quelconques élections. Un militaire est en droit de se présenter à l’élection présidentielle s’il quitte l’armée, a signifié, sibyllin, le général Aziz, évitant de se prononcer clairement sur son éventuelle candidature. Finira-t-il par s’accrocher à un pouvoir dont il vient de goûter aux délices, à l’image du général Robert Guei et autres ? En tous les cas, il faudra, le plus tôt possible, un retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie. Il le faut absolument, pour un pays qui avait entamé sa marche glorieuse sur le chemin de la démocratie, et qui, il n’y a pas si longtemps, faisait la fierté du continent. Par Morin Yamongbé
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 Dakar, 15 octobre


Sénégal. Le spectre de l'anarchie

 

Le danger majeur qui guette le Sénégal est une pernicieuse désagrégation de la société. La dernière illustration nous a été servie par les récents événements qui ont secoué la capitale. L'affaire de la fillette Ndèye Selbé Diouf et la révolte des populations contre la Sénélec qui leur fournit de l'électricité constituent des messages à décrypter par ceux qui nous gouvernent. Suite à la mort tragique de cette fillette victime d'un meurtrier sexuel, des Sénégalais ont lynché à mort un malade mental.
Mécontents du service de la Sénélec, des populations ont saccagé des agences de la Sénélec. À cela vient se greffer la vendetta qui a suivi le week-end dernier l'élimination des Lions. Des voitures brûlées ou cassées au grand dam de leurs propriétaires. Cette conjonction de faits est révélatrice des dérives sociales qui gangrènent notre pays. Sommes- nous devenus fous? S'interrogent beaucoup de Sénégalais. Sans compter l'image peu riante de la société sénégalaise dont une frange importante s'illustre dans la débauche.
Viols, drogue et inceste font partie de notre quotidien. La société semble malade. À cela vient se greffer les inégalités trop criardes notées entre les différents segments. À côté de l'armée des miséreux étranglés par le coût élevé de la vie, il existe une caste de riches qui vit dans l' opulence et passe la majeure partie de son temps dans des salons cossus de Genève, Hong-Kong, Paris et New- York. Leurs progénitures généralement étudient en Europe ou aux États-Unis. Entre ces deux extrêmes, figure une classe moyenne composée d'enseignants, de travailleurs de la santé et de techniciens. Ces derniers ont toutes les peines du monde à émerger dans une société où la puissance de l'argent est notoire dans les relations sociales mercantilisées à souhait. Le rêve cristallisé par l'arrivée au pouvoir en 2000 de Me Wade, d'un Sénégal prospère, s'étiole de jour en jour.
Des voix se font entendre chez les travailleurs pour exiger un mieux- être. L'école vient d'ouvrir ses portes, déjà les enseignants rouvrent les hostilités par des dépôts de préavis de grève. Les agents de santé veulent entrer dans leurs primes de motivation et sont prêts à en découdre avec les pouvoirs publics. Le malaise social s'amplifie. De nombreux sénégalais perdent espoir. Ce fut le cas de Kéba Diop qui a franchi le rubicond en se suicidant. Outre la société, l'État semble surfer sur les vagues de la dérive. La banalisation des institutions est si manifeste. Les scandales financiers relevés par la presse se comptent à la pelle. Des caisses du Trésor public en souffrance. Des dépassements budgétaires qui dénotent une gestion mal maîtrisée. Ce faisceau de contre- performances fait douter les populations de la capacité de nos gouvernants à relever les défis du développement qui nous assaillent.
Les citoyens sont de plus en plus acquis à la conviction qu'ils ne sont plus protégés par la République et perdent confiance à leurs autorités. La fibre patriotique qui doit les animer n'est plus de mise. Ils ont l'impression qu'ils sont les grands oubliés de l'alternance et sont lâchés par l'État. Ce qui les conduit à régler leurs problèmes par eux- mêmes. Une tendance trop grave pour un pays. Malheureusement au moment où le " gorgorlou" trime dans sa chair, nos dirigeants nous divertissent par des feuilletons aux allures de règlement de compte comme celui que nous vivons présentement : affaire Wade- Macky. Les dérives sociales constatées ces temps- ci combinées risquent de nous mener droit à l'anarchie. Si on n' y prend garde, on s'achemine inexorablement vers le chaos. Le Sénégal ne mérite pas.   Chronique de Mademba Ramata Dia 
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    Genève, 16 octobre


En Tunisie, les émeutes du bassin minier de Gafsa se poursuivent malgré la répression

 

La région, qui fait du pays le 4e producteur mondial de phosphate, est l'une des plus déshéritées du pays.

C'est le plus long mouvement social de la Tunisie moderne. Voilà huit mois que la population du bassin minier de Gafsa est en rébellion contre le «modèle économique tunisien». Dans un huis clos total, lycéens, étudiants, ouvriers, mères de famille multiplient les grèves et les manifestations pour protester contre le chômage, la corruption et la flambée des prix. Du côté des médias officiels, silence radio. Tandis que les forces de police ont ordre d'encercler, de harceler, voire d'arrêter les émeutiers et, surtout, de faire barrage aux journalistes trop curieux.
Le minerai extrait de ce bassin fait de la Tunisie le 4e producteur de phosphate du monde. Or la région est restée l'une des plus pauvres du pays. Pas d'infrastructures, si ce n'est une ligne de chemin de fer servant uniquement au transport des marchandises.
La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) est, depuis le XIXe siècle, l'unique moteur économique de la région. Mais un plan d'ajustement structurel a réduit de 75% les effectifs de la compagnie. De 11000, les employés sont passés à 5000. Le chômage touche 40% des jeunes.
Tout est d'ailleurs parti d'eux, le 5 janvier 2008 dans la ville de Redeyef, suite à un concours d'embauche de la CPG, considéré comme truqué. Les jeunes nouvellement diplômés de la région décident alors d'occuper le siège local de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Ils sont rapidement rejoints par leurs familles, qui installent les tentes devant le bâtiment. Le mouvement ne cesse alors de s'amplifier.
Face à ce mouvement, le gouvernement opte pour deux priorités: éviter à tout prix que la protestation ne se propage dans les autres régions et que l'image du pays - 6,7 millions de touristes en 2007 - soit épargnée.
«La zone est interdite aux journalistes étrangers», explique Rachid Khechana, à la fois rédacteur en chef d'Al-Mawqif («L'opinion», l'un des trois journaux d'opposition du pays) et correspondant pour Swissinfo ainsi que pour Al-Hayat, quotidien panarabe basé à Londres. «Les autorités ne veulent pas étaler le scandale à l'extérieur. Si les infos sont diffusées hors du pays, la situation n'est plus maîtrisable. Mais, tant qu'il s'agit d'un journal local, on peut toujours le confisquer dans les kiosques.» Grâce à ce black-out total, il n'y a, aux yeux du monde, ni émeutes, ni arrestations, ni procès.
Pourtant, une équipe de la TV pirate Al Hiwar Attounisi (ndlr: «le dialogue tunisien») parvient tout de même à sortir des images de ces insurrections. Elles sont diffusées via satellite sur la chaîne italienne Arcoiris et sur France 3. Depuis, les journalistes de la chaîne tunisienne font l'objet de tracasseries et de tabassages répétés. Raison pour laquelle son directeur, Tahar ben Hassine, est venu témoigner, avec Rachid Khechana, cette semaine à Genève.
«Ces images sont les seules qui existent sur les insurrections de Gafsa, explique-t-il. Elles ont été prises clandestinement. Leur diffusion par satellite casse la stratégie du pouvoir. Le gouvernement veut donner l'impression que rien ne se passe à Gafsa. La police a l'ordre d'agir de manière dispersée afin de ne pas en faire un gros événement. Qui va savoir qu'ici un tel s'est fait tabasser ou que là-bas la caméra d'un journaliste a été fracassée? Un étau invisible se resserre ainsi sur la population.»
En mars, le président Ben Ali contre-attaque. Signe apparent d'apaisement, il limoge le gouverneur de Gafsa et, par la suite, le PDG de la Compagnie des phosphates. Et, en juillet, il s'engage à consacrer un pourcentage des revenus des exportations de phosphate à la construction d'une nouvelle cimenterie et de nouvelles infrastructures, avec à la clé des emplois pour la région. «Là, les médias officiels ont parlé de la région minière, ironise Rachid Khechana. C'est une des rares fois où Ben Ali a reconnu un problème social.»
Après cette initiative présidentielle, la tension baisse, avant de très vite remonter quand les familles réalisent la vacuité des promesses présidentielles. Une nouvelle vague d'arrestations s'abat alors sur la région. «Trente-huit représentants syndicaux attendent toujours leur jugement. Inculpés comme droits communs, ils peuvent encourir des peines très lourdes. L'un d'eux, Adnan Hajji, risque jusqu'à plusieurs dizaines d'années.»
Un journaliste d'Al-Hiwar, Fahem Boulkaddous, est aujourd'hui inculpé de «constitution de bande de malfaiteurs» et risque 10 ans de prison. «Cela juste parce qu'il a couvert le mouvement de protestation du bassin minier de Gafsa», remarque son directeur.
Les émeutes de Gafsa rencontrent un fort soutien de la société civile et des avocats. Ces derniers se déplacent à tour de rôle de Tunis - dix heures de route aller-retour - pour suivre les procès et défendre les détenus.   Par Carole Vann, InfoSud

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Beyrouth, 16 octobre


Les relations avec Damas, un exploit nécessaire, mais pas suffisant

 

L’annonce officielle de la décision d’établir des relations diplomatiques entre Beyrouth et Damas constitue, sans le moindre doute, une victoire historique pour le Liban, pour son courant souverainiste et pour son président.
L’échange d’ambassadeurs entre les deux capitales rivales n’est pas une bagatelle, une banalité insipide, comme d’aucuns pourraient être tentés de le croire. Faut-il rappeler en effet que la simple évocation de cette mesure avait valu à un ancien Premier ministre et l’un des principaux chefs sunnites un exil drastique et une disgrâce sans appel auprès du régime syrien ? Ou que les manuels scolaires du Baas se sont longtemps obstinés à nier, mépriser, ignorer l’existence du Liban comme pays indépendant, souverain et libre ?
Or l’établissement des relations diplomatiques syro-libanaises n’équivaut à rien de moins qu’une reconnaissance officielle de la souveraineté du pays du Cèdre par les caciques de Damas. Une victoire pour ceux qui ont tenté, par tous les moyens, d’établir des relations étatiques entre le Liban et la Syrie, sur base du respect mutuel des intérêts des deux pays, à l’abri de l’emprise des services de renseignements du Baas et de leurs affidés locaux.
Cette décision, rendue officielle hier à travers la publication d’un communiqué conjoint par Faouzi Salloukh et Walid Moallem, devrait se concrétiser dans les prochaines semaines. De source digne de fois, on indique que le régime syrien est pressé d’inaugurer son ambassade à Beyrouth pour adresser un message positif à Washington et pour tenter d’amadouer la nouvelle administration américaine.
Selon cette source, Bachar el-Assad aurait donné ses instructions pour que l’ambassade syrienne au Liban ouvre ses portes le 22 novembre prochain, soit le jour de la fête de l’Indépendance et moins de trois semaines après les élections américaines qui se tiendront le 4 novembre. Cette ambassade devrait être implantée dans la capitale et plus précisément dans le quartier de Aïn Mreïssé, dans un appartement appartenant à l’un des responsables sunnites de l’opposition, précise-t-elle.
La source précitée souligne également que le régime syrien est déterminé à dépêcher un ambassadeur chrétien à Beyrouth. Il s’agirait d’une tentative de séduire la communauté chrétienne locale et de drainer ses voix au profit des alliés locaux de Damas. Sauf que si le régime syrien comptait vraiment apaiser les craintes des chrétiens, et des Libanais en général, il aurait pu dépêcher Walid Moallem à Beyrouth au lieu d’inviter Faouzi Salloukh en Syrie, pour que l’annonce officielle de l’échange d’ambassadeurs se fasse depuis le pays qui redoute le plus pour son indépendance.
Toujours est-il que le Liban devrait, quant à lui, loger son ambassade outre frontière dans le bâtiment du Conseil supérieur syro-libanais, dans le quartier d’Abou Remmaneh. L’ambassadeur du Liban devrait être maronite et 12 noms sont actuellement en cours d’étude, ajoute la source, indiquant que Sleimane Frangié tient à faire nommer l’un de ses proches à ce poste.
Au-delà de ces considérations, il demeure que si l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et la Syrie est une mesure nécessaire pour normaliser la situation entre les deux pays, elle n’en est pas pour autant suffisante. Tout dépend de la politique que comptent adopter les caciques de Damas à l’égard du Liban et de l’usage qu’ils entendent faire du siège de leur délégation diplomatique au Liban.
Il est évident que toutes les ambassades du monde – du moins celles des pays qui en ont les moyens – jouent un rôle sécuritaire et politique qui demeure à la limite de l’acceptable pour l’opinion publique. Sauf que les fonctionnaires du Baas ont leurs (mauvaises) habitudes au Liban. Des habitudes qui pourraient étouffer le projet embryonnaire visant à élaborer des relations saines entre les deux pays.
Il serait en effet intolérable pour les Libanais que l’ambassade syrienne devienne une antenne de SR, un périmètre de non-droit, le lieu où se font ou se défont les listes électorales, ou le passage obligé de tout candidat à la députation, de tout ministre, officier ou fonctionnaire.
Il serait tout aussi intolérable que le secrétariat général du Conseil supérieur syro-libanais continue d’être cette instance supérieure aux ambassades et qui échappe à tout contrôle du gouvernement libanais. Que tout mouvement de troupes syriennes à la frontière libanaise ne soit pas coordonné par les délégations diplomatiques respectives. Que ces dernières ne soient pas l’unique canal des contacts libano-syriens.  Ambassades ou pas, la vigilance reste de mise.  Par Mahmoud Harb
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 Paris, 16 octobre


En Haïti, les habitants des Gonaïves survivent dans la boue

 

"Robe de mariage à louer" : l'annonce pend sur une maison à moitié détruite et maculée de boue, avenue des Dattes, au centre des Gonaïves. Mal protégées par des morceaux de bâches et de vieux draps, de nombreuses familles campent encore, entourées des quelques objets qu'elles ont pu sauver, sur les toits plats des maisons qui ont résisté à la furie des eaux
Plus d'un mois après le passage d'Ike, le dernier des quatre cyclones qui ont ravagé Haïti entre fin août et début septembre, la ville des Gonaïves, la quatrième du pays avec 300 000 habitants, est toujours pétrifiée dans la boue. Les 4 × 4 peinent à remonter l'avenue des Dattes, l'une des principales artères, encore largement inondée. Des femmes, accroupies au bord d'égouts à ciel ouvert, tentent de laver quelques vêtements dans l'eau fangeuse. De petits marchés s'improvisent au milieu des monceaux de boue et de détritus.

"Il y a plus de 2,5 millions de mètres cubes de boue. Si l'on disposait d'une noria de 200 camions travaillant non stop, il faudrait un an pour nettoyer la ville. Pour le moment, il n'y en a qu'une quarantaine", calcule Jean-Marie Duval, ancien responsable d'une organisation non gouvernementale (ONG) recruté par les Nations unies pour coordonner l'aide humanitaire. Les missions d'évaluation succèdent aux experts sur la base de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), protégée par des casques bleus argentins et pakistanais.

Vikki Stienen, le responsable de Médecins sans frontières (MSF-Belgique) aux Gonaïves, s'impatiente face aux lenteurs de la réponse humanitaire internationale. "Si vous n'allez pas résoudre les problèmes, inutile d'envoyer des experts et d'écrire des rapports", lance-t-il. La Minustah, dont le budget annuel atteint 575 millions de dollars (422 millions d'euros), fait valoir que l'aide humanitaire ne relève pas de son mandat, renouvelé pour un an, mardi 14 octobre.

Les autorités locales, impuissantes face à l'ampleur de la catastrophe, et les représentants de la communauté internationale se renvoient la balle pour expliquer l'inaction à la suite du désastre provoqué en 2004 par la tempête tropicale Jeanne, qui a tué plus de 3 000 personnes aux Gonaïves. Où sont passés les 43 millions de dollars officiellement alloués à la ville après le désastre de 2004 ?, interrogent plusieurs habitants, qui accusent les responsables locaux de corruption.

Une fraction de cette somme a été dépensée pour la réfection de l'hôpital de la Providence, le principal de la ville, qui a de nouveau été dévasté par les coulées de boue cette année. Les autorités ont, cette fois, décidé de le reconstruire sur un terrain plus élevé, à l'abri des inondations. Mais les travaux dureront plus de deux ans.

En attendant, MSF a improvisé un hôpital de 74 lits dans un vaste hangar. "Nous avons pris la décision le 17 septembre et accueilli les premiers patients dix jours plus tard", raconte Pierre Malchair, un médecin belge âgé de 27 ans, qui assure la direction de l'établissement, où des médecins et des infirmières des Gonaïves travaillent avec l'équipe de MSF. Les soins sont gratuits, comme dans la clinique de Raboteau, un quartier durement touché, où MSF travaille avec des médecins cubains.

Comme le docteur Olivier Kleitz, représentant de l'Organisation mondiale de la santé, Pierre Malchair confirme qu'il n'y a jusqu'à présent pas d'épidémie aux Gonaïves, en dépit des conditions sanitaires déplorables. "Les moustiques porteurs de la malaria ont besoin d'eau propre, ce qui n'est pas le cas aux Gonaïves", explique-t-il. Dans la salle de pédiatrie, plusieurs enfants présentent tous les symptômes de la malnutrition. "Dès notre arrivée, nous avons constaté que la distribution d'eau potable était une priorité. Le réseau de la ville était obstrué ou détruit. Nous avons remis en état une station de pompage et de traitement à Pont-Godin, au sud des Gonaïves, qui fournit 500 m3 par jour", détaille Vikki Stienen, qui dispose d'un budget de 1,8 million d'euros pour toutes les opérations de MSF. L'eau est acheminée par camions vers 23 points de distribution disséminés dans la ville. "Les désastres sont aussi l'occasion de bonnes affaires pour certains businessmen. Nous avons dû louer les camions à Port-au-Prince au prix fort, 375 dollars par jour", déplore-t-il.

A l'approche de la rentrée des classes, les écoles privées et des églises ont évacué les sans-abri qui y avaient trouvé refuge. Le Père Iguens Calixte, directeur adjoint de l'école technique Cardinal-Keeler, dans le quartier de Bigot, est mal à l'aise. "La mort, mais pas le péché", lit-on sur la façade de l'imposante bâtisse où plus de 400 sinistrés s'étaient réfugiés. "On leur a demandé de partir, car nous devons préparer la rentrée. Nous ne sommes pas un centre d'hébergement et n'avons reçu aucune instruction des autorités", se justifie-t-il.

Personne ne sait combien il y a de sans-abri. Un campement a été installé sur un terrain pierreux à Praville, au-dessus des Gonaïves. Plus de mille personnes s'y entassent dans 66 tentes données par le Rotary Club. Parmi eux, Georges Petithomme, un avocat de 43 ans, père de trois enfants. "J'ai tout perdu, ma maison, tous mes biens, et nous n'avons reçu aucune aide du gouvernement. Juste un peu de nourriture et de l'eau potable distribuées par les ONG", dit-il.

Le camp ne cesse de s'étendre. De nouveaux arrivants improvisent des abris à l'aide de pieux et de bouts de tissu. "Je n'ai plus rien, seulement mes deux enfants", dit Noémie Josèphe, une commerçante de 51 ans, à l'ombre d'une bâche. "Les habitants des Gonaïves sont KO, comme s'ils n'attendaient plus rien et qu'ils n'avaient plus la force de réagir", constate Jean-Marie Duval, qui a travaillé plus de dix ans en Haïti.   Par Jean-Michel Caroit
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Bruxelles, 16 octobre


Deux soldats cambodgiens tués par l'armée thaïe

 

Thaïlande-Cambodge Affrontement militaire « sérieux » aux alentours du temple cambodgien de Preah Vihear
Alors que le siège du gouvernement demeure occupé par des forces d'opposition, la Thaïlande est au bord de l'implosion : le Premier ministre pourrait être démis incessamment par la Cour constitutionnelle, son prédécesseur Samak l'a été en août et leur prédécesseur (avant l'intermède de la junte militaire) Thaksin Shinawatra fait l'objet de six mandats d'arrêt.

Est-ce pour ces raisons de politique intérieure, pour calmer la nation et unir le pays face à un ennemi extérieur présumé, que l'armée thaïe a décidé de ne pas donner suite à l'ultimatum formulé lundi par le Premier ministre du Cambodge, Hun Sen, lui ordonnant de quitter les environs immédiats du temple (cambodgien) de Preah Vihear ?

Il semble qu'un « vent mauvais » (dixit le Bangkok Post) se soit emparé de l'armée thaïlandaise, qui, incitée à rééditer un coup d'Etat qu'elle ne souhaite pas, aurait préféré faire diversion et prendre la voie d'une escarmouche frontalière qui apaise les tensions intérieures.

Si, comme le suggèrent nos confrères de Bangkok, tel a été le calcul, son résultat a été sanglant : ce mercredi, un échange de tirs à l'arme légère et à l'artillerie a fait deux morts et deux blessés côté cambodgien, et cinq blessés côté thaïlandais. Ce n'est pas la « guerre » - le terme avait été brandi lundi par le Premier cambodgien - mais tout de même un « combat lourd, (...) très sérieux », déclarera au Phnom Penh Post le général cambodgien assumant le commandement adjoint de la zone. Le Premier cambodgien a mis l'une de ses menaces à exécution : la frontière a bel et bien été transformée en « zone de combat ».

Un dossier empoisonné
Depuis lundi, le Cambodge se plaint d'une incursion thaïlandaise sur son territoire qui pourrait se monter à 80 hommes, et a mis en garde Bangkok contre les risques d'un « conflit à grande échelle ». Bangkok admet le chiffre de 80 hommes - vingt démineurs et une force de protection - mais nie être entré sur le territoire cambodgien : « C'est un territoire que nous supervisons depuis vingt à trente ans », a déclaré le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Sompong Amornvivat.

Pour mémoire, le différend frontalier a commencé lorsque le temple - cambodgien - a été inscrit le 7 juillet au patrimoine mondial de l'Unesco, alors que la Thaïlande, en vertu d'un traité signé en 1907 entre le Siam et la puissance coloniale française, en contrôle les principaux points d'accès.

Le bon sens voudrait qu'environ cinq kilomètres carrés du territoire thaïlandais soient cédés au Cambodge, ce que le précédent ministre thaï des Affaires étrangères, Noppadon Pattama, a tenté de réaliser... sans passer par le Parlement. L'initiative a été condamnée par la Cour constitutionnelle thaïe, ce qui a poussé le ministre à démissionner le 10 juillet. Des manifestants thaïs antigouvernementaux souhaitant imposer une ligne ultrasouverainiste empoisonnent depuis le dossier.  Par Alain Lallemand

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Québec,  15 octobre


Les Vietnamiens de Montréal manifesteront

 

 

Les Vietnamiens de Montréal profiteront du Sommet de la Francophonie pour dénoncer le manque de liberté religieuse dans leur pays d'origine. Vendredi, une centaine d'entre eux viendront manifester devant le Centre des Congrès.

Dans les années 50, le gouvernement de Hanoi a exproprié deux propriétés catholiques à Hanoi, celle des pères rédemptoristes et la résidence du délégué apostolique, explique M. Phu Truong. Ces deux propriétés n'ont jamais été remises à leurs propriétaires. Au contraire. Le gouvernement a plutôt permis à des commerçants de s'y installer. "Depuis l'an dernier, des catholiques vietnamiens protestent pacifiquement à Hanoi autour de ces propriétés, en priant", explique M. Phu Truong. L'archevêque catholique de Hanoi aurait même été arrêté, et accusé de déranger l'ordre public. Selon M. Truong, des bouddhistes sont aussi importunés par les autorités.

"Au Viêtnam, tout est caché. La situation est inimaginable. C'est même interdit d'utiliser Internet", ajoute Thang Dinh Tran, président de la communauté vietnamienne de Montréal. Même s'il n'est pas catholique lui-même, M. Thang, organise la manifestation de vendredi à Québec.

"Il faut préserver la liberté de culte au Viêtnam. Notre manifestation sera pacifique", promet-il. M. Tran s'attend à ce qu'une centaine de ses compatriotes l'accompagne à Québec.

Le Viêtnam continue d'être considéré comme un pays francophone, même si l'anglais y est maintenant prédominant, selon M. Tran. Le Viêtnam est l'un des quatre pays communistes au monde, avec la Chine, Cuba et la Corée du Nord.    Par Lemieux, Louise

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Bruxelles, 16 octobre


Belgique. Et les femmes, dans tout ça ?  

 

Les négociations institutionnelles ont enfin débuté le mercredi 8 octobre dernier. Et nous avons découvert avec surprise douze hommes autour de la table. Pas une seule femme...

En ce début de 21e siècle, est-ce encore possible ? Est-ce encore acceptable dans un pays démocratique où les femmes représentent plus de 50 % de la population et dans lequel nul n'est censé ignorer la loi... sur la parité ?

Où sont passés les beaux discours, les Chartes et autres engagements des partis sur la participation pleine et entière des femmes dans la prise de décision ?`

N'y a-t-il que des hommes qui soient capables de négocier les réformes institutionnelles qui vont engager l'ensemble de la population de notre pays ?

À la suite des élections fédérales de juin 2007, nous avons tous et toutes assisté au triste spectacle des négociations pour la formation d'un gouvernement : des mois de palabres, de crises à répétition, de tensions, de démission annoncée. Avec pour conséquence que le fossé entre les deux communautés de notre pays s'est approfondi.

Beaucoup de femmes des deux communautés ne pouvaient accepter sans réagir que des relations de pouvoir et de conflit soient à la base de la tourmente politique.

C'est ainsi qu'au début du mois de décembre 2007, à l'initiative des deux magazines féminins, Elle-Belgique et Elle-België, s'est déroulée une rencontre entre des femmes néerlandophones et francophones, représentant divers secteurs de la société : politique, économique, culturel, académique et journalistique.

Face à la paralysie de notre système politique, elles ont souhaité se parler, s'écouter, s'exprimer. Avant de débattre des questions institutionnelles, il s'agissait d'abord de se comprendre.

Durant plusieurs heures, nous avons entendu un message bien différent de celui qui se pratiquait alors dans les arènes politiques ; on y a parlé de solidarité, en privilégiant l'écoute et la tolérance.

On y a envisagé des actions concrètes, telles que le renforcement de l'enseignement de l'autre langue, par des enseignants « natives », le développement d'écoles bilingues, à côté des écoles d'immersion, où des enfants issus des deux communautés apprendraient à se connaître et à préparer leur avenir dans un pays où ils pourraient vivre en se comprenant et en coopérant. On y a aussi souligné la nécessité de renforcer et élargir les programmes Erasmus entre les deux communautés.

On a tout autant évoqué les obstacles, ces murs qui se sont dressés, même dans les rédactions de nos institutions audiovisuelles, parmi nos médias ainsi que dans des associations qui pourtant ont bien l'intention de continuer à cohabiter.

On a abordé des thèmes importants qui ne seront sans doute pas discutés par les douze négociateurs, parce que ces questions sont liées à des compétences communautaires !

Et finalement, plusieurs participantes représentant des organisations de femmes ont suggéré de mettre sur pied un gouvernement fédéral de femmes ; un acte symbolique montrant par le grand nombre de noms qui ont été cités alors, qu'il y a effectivement dans notre pays de nombreuses femmes aptes à gouverner avec les hommes.

Il y a huit ans le Conseil de sécurité des Nations unies votait à l'unanimité la résolution 1325, appelant à une participation des femmes à la prévention et la résolution des conflits, mettant en valeur le rôle qu'elles peuvent jouer dans la construction de la paix.

En ces moments cruciaux, où il s'agit pour les représentants des deux communautés et des trois régions de notre pays de relancer des discussions de fond qui devront mener à une paix - nécessairement fruit de compromis difficiles pour des politiques qui ont pris, pour certains, des engagements très radicaux devant leurs électeurs -, pourquoi les structures des partis ont-elles gommé la participation des femmes ? Celles-ci n'ont-elles pas voix au chapitre dans les réformes qui approfondiront notre système fédéral ? Sont-elles donc « invisibles » dans nos partis ?

Il n'est pas trop tard pour corriger cette erreur. Nous invitons nos dirigeants à désigner dans une proportion et représentation équitables, des femmes qui ne sont certainement pas moins à même de participer et contribuer utilement à ces négociations, dont certains disent qu'elles constituent une dernière chance de survie pour notre pays.
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    Genève, 16 octobre


Pari perdu pour Stephen Harper aux législatives anticipées canadiennes

 

CANADA. Les conservateurs augmentent leurs sièges, mais sans obtenir la majorité. Déroute des libéraux
Les conservateurs canadiens ont remporté les élections législatives anticipées organisées mardi. Si le gouvernement sortant augmente substantiellement le nombre de ses députés à la Chambre des communes, il s'agit d'une victoire en demi-teinte pour le parti du premier ministre Stephen Harper, qui demeure minoritaire au parlement.
«Si la tendance se maintient, Radio Canada prédit que le prochain gouvernement sera un gouvernement conservateur minoritaire.» A 22heures mardi soir, des millions de Canadiens, les yeux rivés sur leur poste de télévision, ont entendu la phrase rituelle du vétéran du petit écran canadien, Bernard Derome. Sur un total de 308 sièges, les conservateurs en obtiennent 143, contre 76 pour les libéraux, 50 pour les souverainistes (Bloc québécois), 37 pour les néodémocrates (gauche) et deux à des indépendants. Au début de la précédente législature, le Parti conservateur comptait 124 députés, le Parti libéral 103, le Bloc québécois 51, les néodémocrates 29, auxquels il fallait ajouter un indépendant.
Il faut 155 députés pour détenir la majorité à la Chambre des communes. Les résultats de ces élections confirment le morcellement du paysage politique. Aucun leader ne parvient à s'imposer, ni par ses idées, ni par son charisme. Stephen Harper réussit à gagner 19députés, mais il échoue à obtenir une majorité nécessaire pour gouverner sans entraves. «Nous avons montré que les gouvernements minoritaires peuvent travailler», a déclaré, optimiste, le premier ministre au soir de sa victoire, lors d'un long discours dans son fief de Calgary.
Les sondages prédisaient ces derniers jours une remontée des libéraux. Contre toute attente, le parti de l'impopulaire Stéphane Dion a subi une véritable déroute, l'une des pires de son histoire. Le chef du Parti libéral devra probablement démissionner de son poste pour céder la place à son rival Michael Ignatieff. «Monsieur Dion, je vous félicite pour vos douze années consacrées à la vie politique», a ironisé mardi soir le premier ministre, comme s'il voyait déjà le départ imminent de son adversaire. L'élection de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral pourrait toutefois causer très vite des maux de tête à Stephen Harper. Michael Ignatieff, intellectuel charismatique, se révélera un opposant tenace.
Ces élections se sont d'ailleurs déroulées plus sur l'apparence que sur les idées. Stéphane Dion jouit d'une très mauvaise image dans tout le pays. De nombreux Canadiens lui ont préféré un Stephen Harper pourtant guère charismatique. L'abstention a atteint un taux record. Selon l'organisme gouvernemental Elections Canada, seuls 59,1% des électeurs inscrits ont exercé leur droit de vote. Ils étaient plus de 69% en 1993. Cette indifférence s'explique plus par une classe politique terne, dont les idées ne font plus rêver les Canadiens, que par un désintérêt des citoyens pour la chose politique.
En choisissant Stephen Harper, les électeurs ont voté pour le candidat qui leur semblait avoir le plus de leadership. Le premier ministre conservateur, dont les convictions et la politique étrangère sont proches de celles de George Bush, n'a pas été sanctionné pour son alignement sur la politique américaine.
Longtemps boudée, la gauche canadienne (néodémocrates) sort, elle, renforcée de ces élections, mais il faudra attendre les prochains scrutins pour savoir si ce n'est pas un feu de paille. Les analystes politiques de tous bords s'accordent pour dire que les grands gagnants de ce scrutin sont les souverainistes. Alors que de nombreux experts annonçaient le déclin de l'idée indépendantiste dans la Belle Province, les Québécois ont encore largement accordé leur confiance au Bloc québécois. Pour se maintenir au pouvoir, Stephen Harper devra donc courtiser un peu plus les francophones, tout en ménageant les susceptibilités de son électorat de l'ouest, plutôt francophobe. Un défi, puisque les libéraux, une fois un nouveau chef élu, ne manqueront pas de pousser les autres partis à renverser le gouvernement minoritaire.
Le premier ministre devrait avoir les coudées franches pendant une année, durée minimale pour que les Canadiens acceptent de se rendre à nouveau aux urnes. Au lendemain des législatives, le bon sens populaire reprenait déjà ses droits. Mercredi, dans un café montréalais, un robuste gaillard se plaignait de l'argent qu'il avait perdu en bourse ces dernières semaines, avant de conclure: «Cette élection aura tout de même coûté 290 millions de dollars aux contribuables pour un résultat identique.»  Par Ludovic Hirtzmann, Montréal

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Paris, 16 octobre


Québec-France - Portes ouvertes

 

Paris et la Belle Province vont signer une entente pour favoriser la mobilité de la main-d'oeuvre. Un geste politique qui encourage l'immigration choisie.

Orthophoniste parisienne chevronnée, Marie-Hélène Bargès était convaincue de trouver facilement du travail lorsqu'elle s'est installée à Montréal, il y a quatre ans, avec mari et enfants. Le Québec manquait - et manque toujours - d'orthophonistes : son CV lui ouvrirait toutes les portes, s'était-elle entendu dire au cours de ses voyages de prospection.

Las ! malgré dix ans de pratique et deux diplômes universitaires en neuropsychologie, Marie-Hélène n'a pas été admise à l'ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, condition indispensable pour exercer sa profession. « On m'a expliqué que je devais retourner à l'université au Québec ou changer de métier ! » Refusant cette perspective, elle n'a déniché qu'un emploi de « thérapeute du langage » - au-dessous de ses compétences et mal payé.

Les conditions d'admission aux 45 ordres professionnels et aux 34 métiers réglementés, voilà le sujet qui fâche les immigrants français au Québec. Ils sont environ 3 500 à tenter leur chance chaque année dans la province francophone, et beaucoup ne peuvent y pratiquer leur métier. Les choses devraient toutefois changer bientôt.

Le 17 octobre, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, et le président Sarkozy devraient signer, en marge du xiie Sommet de la francophonie, à Québec, une entente sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles. Ainsi, à terme, un médecin, un comptable ou un charpentier ayant le droit de pratique en France pourront exercer leur métier au Québec et vice versa. Les législations québécoise et française seront adaptées en conséquence.

Pour le Québec, ce dossier est vital. En raison du vieillissement de sa population, la province est confrontée à une pénurie de main-d'oeuvre et mise sur l'immigration. Pour la France aussi, l'enjeu est important - pour aider ses ressortissants au Québec (qui seraient près de 100 000) et pour favoriser la mobilité professionnelle, l'Hexagone étant le deuxième investisseur étranger dans la Belle Province (après les Etats-Unis). A l'origine de l'initiative, Jean Charest a dû vaincre les réticences des ordres professionnels québécois, souvent jugés protectionnistes. Sur les quelque 4 000 immigrants (dont 800 Français) qui demandent chaque année un permis d'exercice, seul un tiers est admis directement. Les autres se voient prescrire une formation complémentaire (50 %) ou sont refusés (16 %).

Pression politique oblige, les ordres professionnels et les corps de métiers ont été forcés de coopérer. Chacun a contacté son homologue français pour comparer les conditions d'exercice. Et vérifier si celles-ci sont équivalentes, incompatibles ou nécessitent une mesure de compensation - un « stage d'adaptation », par exemple.

L'entente France-Québec doit en principe couvrir, d'ici au 31 décembre 2010, tous les métiers et professions réglementés. Mais une partie d'entre eux ont été classés « prioritaires » - surtout dans le secteur de la santé, où la pénurie est criante. Médecins, pharmaciens et physiothérapeutes, notamment, devront conclure des « arrangements de reconnaissance mutuelle » avant la fin de 2009. Pour certains, cela se fera dès les prochaines semaines.

Cette harmonisation pourrait être ensuite élargie au reste de l'Europe et du Canada. Et même, pour les plus optimistes à Ottawa, servir de socle à un accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada.  De notre correspondante Grégoire Isabelle
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