Clôture du Dialogue Politique Inclusif en ce Samedi 20 décembre 2008

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Vue de la salle lors d'une des séances plénières du DPI (photo Dibert-Bekoy/Acap)

Vue de la salle lors d'une des séances plénières du DPI (photo Dibert-Bekoy/Acap)

BOZIZE ET LE CONSENSUS

Depuis la mise en place du comité préparatoire du dialogue politique inclusif, le consensus a été privilégié comme mode d’adoption des décisions.

C’est qu’ailleurs, grâce à ce consensus que les travaux du forum, bien que parfois houleux, ont connu des succès. Mais sitôt les assises terminées, lors de la cérémonie de clôture, le Président de la République, chef de l’Etat, a invité les entités à lui proposer deux noms de personnalités par composante parmi lesquelles il choisira une pour la formation du futur gouvernement.

 

Une décision qui divise

A cette annonce, la levée du bouclier ne s’est pas fait attendre. Pour les politico-militaires, la société civile, l’opposition démocratique, le chef de l’Etat vient de rompre le consensus qui a prévalu jusque-là. Autant ces entités ont applaudi la célérité avec laquelle le Général François Bozizé a fait l’annonce de la rencontre du 23 décembre 2008, autant il aurait dû attendre le moment opportun pour négocier les modalités de mise en place du gouvernement de consensus.

Pour les différentes entités choquées par cette annonce, la décision prise par le chef de l’Etat ressemble à un véritable diktat qui a rompu l’esprit de consensus. Décider de copter une seule personnalité par entité est une manière de confiner les entités aux strapontins et les personnalités de ces entités sont très amères et cachent à peine leur colère. Une éminente personnalité des groupes politico-militaires déclare ouvertement qu’une annonce aussi fracassante de la part du chef de l’Etat trahit la méfiance qu’il nourrissait d’organiser le dialogue politique inclusif. La même personnalité estime que cette décision ne respecte pas l’idée d’un gouvernement de consensus qui aurait dû être négociée, afin que le mode de prise de décision soit arrêté de commun accord entre toutes les composantes du dialogue politique inclusif.

 

 

Des engagements jamais respectés

 

Pour une autre personnalité des groupes politico-militaires, le Général François Bozizé n’a jamais respecté ses engagements. Elle a rappelé les décisions prises quand la rébellion conduite par le Général François Bozizé combattait dans le maquis pour la conquête du pouvoir. A l’époque, souligne cette personnalité, le Général François Bozizé avait pris la ferme résolution, une fois le pouvoir conquis, de balayer la « maison » et d’organiser des élections démocratiques auxquelles il ne se présenterait pas. La suite se passa de commentaires.

 

L’Union des forces vives de la nation (UFVN), quant à elle, est très préoccupée par ce démarrage en fanfare, qu’elle considère comme la poudre aux yeux de la communauté internationale. Selon l’UFVN qui n’a pas du tout apprécié cette méthode expéditive, le gouvernement de consensus est une terminologie exacte et qui ne doit pas semer de doute dans les esprits. Il doit être formé sur la base d’un consensus obtenu après une concertation entre toutes les composantes du dialogue politique inclusif. Or, pour l’UFVN, cette rencontre n’ayant pas encore eu lieu, le chef de l’Etat a décidé manu militari d’imposer un quota aux autres entités. Combien ce gouvernement renfermera-t-il de personnalités si déjà, selon l’UFVN, le général François Bozizé impose un quota pour se tailler la part du lion? L’UFVN estime que les recommandations du dialogue politique inclusif ont été claires et ne doivent souffrir d’aucune ambiguïté. Une personnalité de l’UFVN va même plus loin et estime qu’avec ce départ en fanfare se profile un gouvernement à la « Mugabe » qui risque d’être source de crises.

 

 

Beaucoup d’espoirs risquent d’être déçus

 

La décision du chef de l’Etat de ne prendre qu’une seule personnalité au gouvernement ne fait vraiment pas l’unanimité. D’ailleurs, la réserve des uns et des autres devraient inciter le chef de l’Etat à plus d’ouverture pour éviter qu’au sortir du dialogue, se pointe une crise qui ferait de la République Centrafricaine, la risée de la communauté internationale. Bien que le forum inter centrafricain ait été organisé dans le cadre des institutions de la République, ce faux départ augure des lendemains bien sombres.

Ce forum, constate l’UFVN, a permis au chef de l’Etat de se remettre en confiance et de rebondir pour faire salir ses adversaires. Si le consensus est rompu dès le départ, il sera difficile aux autres recommandations d’être appliquées comme l’ont été celles du dialogue national de 2003. Déconcertée, l’UFVN considère qu’avec les agissements du pouvoir, beaucoup d’espoirs fondés sur le dialogue politique inclusif risquent d’être déçus.

 

Les politiques et composantes du forum inter centrafricain ont intérêt à s’entendre comme l’a si bien indiqué le médiateur, le président de la République du Gabon, El Hadj Omar Bongo Ondimba. Si crise il y’a dès le départ pour la mise en place du gouvernement de consensus, elle ne fera que renforcer la thèse de ceux qui prétendent que la RCA brille par son infantilisme. Et comme le ciel n’est pas radieux, le syndicat menace d’entrer en grève d’ici le 5 janvier 2009, si la question des arriérés du régime actuel n’est pas résolue. Une crise politique doublée d’une crise sociale, c’est le bouquet et il faut s’attendre à bien des turbulences.

 

 

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Centrafrique/Politique : Clôture à Bangui des assises du Dialogue Politique Inclusif

Bangui, 20 dec. (Acap)- Le Dialogue Politique Inclusif (DPI) censé ramener la paix en République Centrafricaine a pris fin samedi 20 décembre 2008, à Bangui, en présence des présidents François Bozizé de Centrafrique et Omar Bongo Odimba du Gabon ainsi que du Secrétaire général de la Cen-Sad, le docteur Mohamed Madani el Azari.

Poignée de mains entre François Bozizé et son prédécesseur Ange Félix Patassé (Photo Dibert-Békoy/Acap)

Poignée de mains entre François Bozizé et son prédécesseur Ange Félix Patassé (Photo Dibert-Békoy/Acap)

 

La cérémonie de clôture de ce forum, qui aura enregistré la participation des représentants de tous les groupes politico-militaires, y compris Abdoulaye Miskine arrivé de Tripoli la veille au soir, a été marquée par une accolade entre le président François Bozizé et son prédécesseur Ange Félix Patassé, rentré d'un exil au Togo le 7 décembre dernier.

« Prenons tous ensemble la résolution d’appliquer sans complaisance les différentes recommandations adoptées au nom du peuple centrafricain par toutes les délégations au DPI par consensus", a notamment déclaré M. Patassé, qui a proposé la mise en place d’un mécanisme à deux niveaux pour le suivi de l'application des recommandations et comportant un conseil regroupant le président Bozizé et ses deux prédécesseurs, à savoir André Kolingba et Ange Félix Patassé.

 

« Il est temps d’unir nos efforts", a pour sa part déclaré le président Bozizé, qui a promis que "les recommandations seront mises en oeuvre progressivement pour celles qui nécessitent la mobilisation de ressources", avant de s'engager à "tout mettre en oeuvre pour préserver la paix et la stabilité de notre pays".

 

S'adressant aux délégués en Sango (langue nationale), le Président de la République a annoncé pour le mardi 23 décembre la tenue d'une réunion destinée à recueillir les propositions des différentes parties au DPI pour la composition du comité de suivi et du prochain gouvernement.

 

Dernier à prendre la parole en sa qualité de Haut Médiateur pour les questions centrafricaines dans l'espace Cemac, le président gabonais Omar Bongo Ondimba a exhorté les Centrafricains à mettre en oeuvre les fruits de leurs propres réflexions et la communauté internationale à soutenir la République Centrafricaine.

"comme disait Gandhi, il vaut mieux être gouverné par un mauvais gouvernement de son pays que par un bon gouvernement étranger", a conclu le chef de l'Etat gabonais.

 

Rappelons que plus d’une trentaine de recommandations ont été adoptées parmi lesquelles la mise en place d’un Gouvernement de consensus intégrant les différentes entités ayant participé au DPI, la cessation du cumul de fonctions par le président de la République, la mise en œuvre du programme de désarmement adopté par le comité de suivi de l'accord de paix global et la mise en place d'une commission Vérité Réconciliation.

 

Au bout de deux semaines de discussions axées autour des thèmes d’actualité, à savoir la politique et la bonne gouvernance, le développement socio économique, la sécurité et les groupes armés, les protagonistes aux différentes crises centrafricaines ont pris la résolution d'enterrer la hache de guerre et de mener désormais une lutte purement politique.

 

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QUEL GOUVERNEMENT POUR QUEL CONSENSUS ?

Le dialogue politique inclusif a accouché de certaines recommandations parfois bien audacieuses. Dans l’euphorie des débats, le forum a décidé par consensus de mettre en place un gouvernement de consensus qui conduirait les affaires de l’Etat jusqu’aux échéances de 2010.

Cette proposition aussi brusque qu’inattendue, avait même surpris les représentants des pouvoirs publics, surtout les membres du gouvernement qui se démenaient comme de beaux diables dans un bénitier. Mais pour l’opposition démocratique, les politico-militaires et la Société Civile, il fallait s’y attendre. Dans les couloirs du dialogue politique inclusif, les critiques acerbes ne touchent pas le président François Bozizé lui-même, mais son entourage proche, fait de parents, d’amis et de courtisans ayant le bec dans le miel et le gouvernement qui renfermerait certains arrivistes prêts à vendre leur âme au diable pour s’éterniser au gouvernement. Cette époque, selon les critiques doit changer.

Ce n’est pas en chantant les louanges du chef de l’Etat à longueur de journée qu’on lui rend service, souligne un opposant. L’aide franche au Président de la République est de travailler, en posant des actes probants qui maintiendront son nom sur une page dorée de l’histoire de la République centrafricaine. Et l’opposant d’ajouter d’un air goguenard, nous avons vécu au cours de ce dialogue politique inclusif les limites de certains ministres. A court d’arguments pour la défense de leur bilan, ils préfèrent vociférer ne pouvant apporter la lumière aux débats.

Certains, brandissant même les muscles. Mais, constate l’opposant, la force ne réside pas dans les muscles, mais dans la tête pour concevoir des projets bancables, les mettre en chantier en suivant les instructions du Chef de l’Etat et l’orthodoxie des actions qui honorent la République.

 

La République Centrafricaine a tellement pris du retard qu’elle n’a plus besoin d’un gouvernement de courtisans, de « bénis oui oui’ » ou de :’’ M. le président, tout va bien’’.

Ce genre de gouvernements, souligne un observateur silencieux, ont fait tomber André Kolingba, Ange Félix Patassé et le feront pour le général François Bozizé si le tir n’est pas redressé à temps.

 

Un gouvernement qui doit trancher avec l’ordinaire

L’homme de la rue qui observe, ‘’obscur témoin’’, a souvent à dire, mais l’occasion des sondages ne lui est pas donnée pour avoir son point de vue sur la gestion de la cité ou sur la gestion de la chose publique. Il a suivi le dialogue et en a retenu la quintessence. Avec la clôture des assises du dialogue politique inclusif, une page de l’histoire de la République Centrafricaine vient d’être tournée.

 

Beaucoup d’ailleurs parmi les délégués ont déclaré que l’après dialogue ne sera plus comme l’avant le dialogue. Et c’est cette réflexion qui nous amène à nous interroger sur quel gouvernement pour la République centrafricaine qui a dorénavant pris l’engagement de faire peau neuve. Beaucoup diront qu’il est difficile de répondre à une interrogation pareille. Mais la République ne nourrit pas d’ambition pour sa réussite et son développement, pourquoi a-t-elle pris le risque et le courage de cette introspection qu’est le dialogue politique inclusif ? Si notre pays a osé c’est parce qu’ on est conscient que quelque part, les affaires ne marchent pas comme on le souhaiterait.


Le choix d’un gouvernement doit trancher avec l’ordinaire. Le premier ministre sortira-t-il des rangs de la majorité présidentielle, de la Société Civile de l’opposition armée ou de l’opposition démocratique ? La Constitution étant préservée, le Chef de l’Etat devra faire un choix, certes difficile, mais il devra tout de même faire un choix pour ne pas briser dès le départ le consensus du dialogue politique inclusif et vouer tous ses acquis à un échec retentissant.

Aux grands maux, les grands remèdes

Depuis le 15 mars 2003, le général François Bozizé a fait le choix du Professeur Abel Goumba, un premier ministre politique, considéré comme la caution morale du régime.

Lui ont succédé M. Célestin Leroy Gaombalet, Elie Doté et Faustin Archange Touadera, des personnalités qui apparemment ont affiché leur neutralité par rapport à tous les régimes qui se sont succédés jusque-là et qui ont présenté avant leur entrée en fonction, une virginité politique.

 

Toutes ces personnalités choisies par le Chef de l’Etat ont géré en Grands commis de l’Etat. Or, aux grands maux, les grands remèdes, souligne le dicton et l’opinion dans sa grande majorité, souhaiterait vivre une expérience exceptionnelle en voyant le Chef de l’Etat être affublé d’un Premier ministre de l’opposition. Ce dernier ne devrait pas être choisi pour les beaux yeux de la princesse, mais pour son intégrité, sa rigueur et les compétences sur le plan intellectuel et professionnel qui ne puissent pas faire l’objet d’une quelconque contestation.

Le fameux consensus devait être dévolu à une personnalité qui puisse savoir dire non en cas opportun et proposer pour réorienter non seulement l’action gouvernementale, mais celle également du Chef de l’Etat, tout en soignant une image ternie de notre pays, qui cherche désespérément de se débarrasser de sa carapace et des clichés mentaux dont il est victime.

 

Cette cohabitation, qui ne sera pas certes facile au départ doit être supportée par le premier ministre lui-même et par le Chef de l’Etat pour une harmonie de l’Exécutif. Certainement que l’Assemblée Nationale pourra voir d’un très mauvais œil le choix du Chef de l’Etat.

 

Mais si les élus de la majorité présidentielle ne soutiennent pas l’action gouvernementale, la dérive va se pointer et les recommandations du dialogue politique inclusif vont vite être rangées au tiroir avec le danger de l’apparition d’un sentiment d’exclusion aux conséquences graves.

Dans ce cas, la proposition d’une seule personnalité donnerait l’impression que l’entité choisie veut restreindre la latitude du Chef de l’Etat. Trois ou quatre personnalités présentées avec chacune leur cursus, éviterait bien des frustrations. Il en sera de même du choix des ministres, dont on dit qu’ils proviennent des entités. Les facteurs de compétences doivent être privilégiés au détriment de tout autre facteur subjectif qui émousserait la crédibilité du gouvernement à travers lequel la République centrafricaine doit se reconnaître. Si le choix du premier ministre et des ministres sont judicieux, savamment dosés, la République Centrafricaine en sortira grandie et le dialogue politique inclusif n’aura pas été une palabre sans lendemain. Le peuple observe, mais attend de voir de quel gouvernement accouchera ce forum censé balayer tous les revers du passé.