VERROUILLAGE SYSTEMATIQUE DU DIALOGUE

POLITIQUE PAR FRANÇOIS BOZIZE

 

 

Le Dialogue Politique Inclusif qui se profile à l'horizon ne sera une fois de plus qu'un grand rendez-vous des cannibales politiques qui ont longtemps dirigé ce pays et qui l'ont mis à terre et qui ne réalisent pas encore que la solution qui urge, serait de se séparer de cette race de vampires aux dents longues qui gouvernent, hélas encore la République du Centre Afrique (RCA). Cette race de gouvernants en voie de disparition certaine, eu égard à l'évolution du temps, doit impérativement disparaître du paysage politique centrafricain puisque l'évolution irréversible du monde, impose que les méthodes de gestion de la chose publique suivent cette tendance.

Hélas ! La RCA est un pays à part entière et totalement à part car, au fil des jours, on s'aperçoit que les actes posés par les princes qui nous gouvernent sont totalement déconnectés de nos propres réalités. Le règne de la camaraderie, du copinage, des intérêts égoïstes qui ont tués ce pays sont instaurés en méthode de gouvernement au grand dam du bas peuple qui n'a que ses yeux pour contempler l'écart béant entre les discours et les actes. Pour ce qui est des discours, le centrafricain est un beau parleur car, doté d'une imagination féconde. Mais quant à la traduction dans les faits, tenez-vous bien, le chemin est encore loin. Qui dit le contraire.

 

Et le président François Bozizé vient une fois de plus d'en démontrer la preuve. Car, on retiendra de son fameux discours de la veille du 1er décembre, la phrase suivante et allez-y comprendre, le verrouillage systématique et paradoxal qu'il a voulu nous faire avaler. Sans détour, le Pasteur Président François Bozizé déclare : « Mais il faut aller à ce dialogue, sans calcul, en faisant la place à chaque composante de la société centrafricaine et en donnant la parole à chaque entité politique active sur la scène nationale, tout en respectant la Constitution de la République ». La leçon est apprise et par déduction, la conclusion est aisée à faire.

Seulement, à entendre François Bozizé parler, il ressort de cette déclaration, un véritable paradoxe qui laisse perplexe ceux qui ont l'imagination fertile d'analyser à fond, les craintes de l'ancien Chef rebelle qui règne des mains de fer sur cette République du Centre-A-Fric.

Comment admettre que le Président puisse prendre le courage de déclarer que le dialogue politique doit se tenir « sans calcul » et que lui-même fait au bout de compte son petit « calcul » pour verrouiller le dialogue en soutenant qu'on devrait respecter « la Constitution de la République ».

Qu'est-ce qu'il entend par respect de la Constitution ? Qui sont ceux qui doivent respecter la Constitution et lesquels ne doivent pas s'y soumettre ? Que craint le Général-Président en s'appuyant sur la Constitution ?

A dire vrai, le calcul du Président est simple : En déclarant que seules les entités actives sur la scène nationale peuvent avoir droit à la parole au cours du dialogue politique à venir, l'homme fort de Bangui écarte derechef, les opposants politiques en exil que sont Ange Félix Patassé, Jean-Jacques Demafouth, les nommés Abakar Sabone et Am Non Droko Djotodja respectivement porte parole et président de l'Union des Forces Républicaines pour la Démocratie (UFDR).
Rien qu'à ce niveau, on voit que ce dialogue hautement politique perd son but principal puisqu'il sera véritablement exclusif. Qui dit le contraire ?

Et comme ce dialogue est déjà taillé sur mesure, on se demande si les causes sou jacentes des crises centrafricaines seront débattues pour qu'un début de solution leur soit apporté. En s'efforçant de ne pas croiser lors de ce dialogue politique les regards d'Ange Félix Patassé, Jean-Jacques Demafouth et autres, qui hantent le sommeil du régime de Bangui, François Bozizé privilégie ses propres intérêts au détriment bien entendu, des intérêts collectifs.

On nous dira volontiers qu'on ne peut jamais scier la branche sur laquelle on est confortablement assis. Mais, il faut tout de même reconnaître que c'est le président lui-même qui a pris l'initiative de scier la branche sur laquelle, il est assis. Justifiant son coup d'Etat du 15 mars 2003, le Général-Président François Bozizé déclarait que c'est parce que les droits de l'Homme sont bafoués, que le clientélisme et le népotisme sont érigés en système de Gouvernement, que la pauvreté a atteint son paroxysme et que la situation devenait de plus en plus intenable, qu'il urgeait de « libérer » le pays de cette situation. Or, entre François Bozizé et son prédécesseur, il n'y a pratiquement aucune différence dans la mesure où, les mêmes maux qui ont été décriés sont réédités de manière vertigineuse au point qu'on n'hésite pas à soutenir en coulisse que François Bozizé et Ange Félix Patassé, « c'est bonnet blanc, blanc bonnet ». Qui dit le contraire ?

En évinçant le téméraire barbu national, François Bozizé devrait faire mieux, plus mieux que les autres pour donner une véritable signification à la « libération du 15 mars 2003 ». Hélas, suivez notre regard !
Et c'est justement parce que la politique de rupture avec les anciennes pratiques n'ont pas été suivies que la crise du Nord trouve sa justification. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Président Bozizé doit se rendre à l'évidence et gérer les conséquences de sa propre politique hasardeuse.

Ressusciter la Constitution qu'on a pendant longtemps torpillé, pour défendre uniquement, la légitimité de son pouvoir acquis au prix du sang, c'est prendre les centrafricains comme des « éternels gamins » qui n'ont pas la capacité d'analyser les tournures et jeux de mots que nous livrent les princes du pouvoir. Continuons à verrouiller. Mais, le déverrouillage n'aura pas besoin des jeux de mots et ce jour là, on se rendra tous à l'évidence.

 

Mercredi 05 Décembre 2007

Fleury _ K

 

Source :

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