DIALOGUE POLITIQUE :

QUOI DE NEUF DU COTE DES POLITICO - MILITAIRES ?

 

Dans le discours désormais célèbre de la journée mondiale de l'alimentation qui a été commémorée à Bocaranga cette année, le Chef de l'Etat, après avoir demandé le pardon aux populations locales pour ce qu'il qualifie des « bavures » des forces de sécurité, a annoncé que seule l'attente des représentants de l'Alliance pour la Renaissance de la Démocratie (APRD) au Comité Préparatoire retardait le pré-dialogue. La réponse de cette tendance politico-militaire de l'opposition politique se fait entendre la semaine suivante sur les ondes de Radio-France Internationale (RFI).

 

 

La position de l'APRD
Les extraits de cette interview radiodiffusée par RFI sont équivoques. L'APRD confirme qu'elle conteste la légitimité des institutions de la République et de son président. L'APRD dénonce la duplicité du Président de la République et sa capacité à tenir les engagements issus d'une telle discussion. Ne voulant pas légitimer par une rencontre sur une partie du territoire sous l'autorité légale, l'APRD souhaite que le Dialogue Politique Inclusif se tienne à Marcousy dans la région parisienne sous l'égide du gouvernement français et de l'Union Européenne. Du coup l'APRD rejette sans ambiguïté l'idée d'un comité préparatoire dont elle ne voit ni l'utilité, ni celle d'une médiation nationale.

Le point de vue de l'UFDR tendance Abakar Sabone et Am Droko Djotodja
Ce point de vue maximaliste paraît plus tranché que l'interview qu'a accordée Abakar Sabone au Journal le Confident il y a une quinzaine de jours. De cette interview il ressort que la tendance Sabone de UFRD Union des forces pour le Rassemblement Démocratique, après celle du « Général » Damane, accepte l'idée d'un pré-dialogue proposé par le Président de la République sous la forme du comité Préparatoire. Abakar Sabone va plus loin en exigeant que le pré-dialogue entre les forces politico-militaires et le président de la République, Chef des armées soit distinct du dialogue avec les partis politiques ou les syndicats. Cette tendance de l'UFRD exige qu'un délai lors soit laissé pour rentrer sur le territoire procéder au groupement de leur militants avant le démarrage de la discussion. Initiative vaine qu'avait tentée le FDPC d'Abdoulaye Miskine avant de claquer la porte de la discussion en refusant le poste de Conseiller à la Présidence. L'idée de pré-dialogue séparé entre les forces politico militaires et le président de la République d'une part, puis entre les partis politiques non armés et le président ainsi que entre les syndicats et le président a été un temps envisagé par l'entourage du Président de la République avant d'être abandonné. Cette idée refait surface.

L'opposition du RDC
Cette balkanisation du dialogue politique inquiète la plus part des partis politiques. Pour nombre d'entre eux, la crise est globale. Il ne peut y avoir de solutions durables par le morcellement du dialogue qui séparait la dimension sécuritaire de la dimension politique. C'est-à-dire institutionnelle et sociale. Une telle démarche risque de consacrer la balkanisation de l'armée, pilier protecteur de l'unité de la nation. Une telle orientation obligerait les forces politiques civiles disposant de contingents non négligeable d'officiers et d'hommes de rang comme le RDC d'exiger autant de sièges dans ce pré-dialogue que les ex fractions politico-militaires du MLPC. Une alternative que son Président fondateur rejette au nom de l'Unité nationale pour le moment. Avec ou sans comité préparatoire, il conviendrait que tous les acteurs participent à la discussion de la crise en cours sur le même pied d'égalité.

Marcoussis ou Ouaga ?
La référence à Marcousy dans l'interview du Lieutenant Colonel Djadder de l'APRD est contestée par une partie de l'élite politique locale. La rencontre entre les protagonistes de la crise ivoirienne à Marcousy aurait été un échec puisqu'à la médiation française a succédé, à la demande des Chefs d'Etat de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CDEAO), celle du Burkina-Faso. Les mauvaises langues relèvent qu'il a fallut les accords de Ouaga I plus ceux de Ouaga II. Il faudra certainement le troisième round de Ouaga III. La médiation du Président Blaise Compaoré semble acceptée autant par le Général Bozizé Yangouvounda que l'ex président Ange Félix Patassé. Il suffirait que l'opposition civile et concourament la majorité présidentielle saisissent officiellement le pays de leur choix par écrit pour solliciter sa médiation dans cette crise politico-militaire à répétition .Le débat sur le lieu du dialogue cache en fait les raisons de l'échec des rencontres antérieures du même genre.

A Marcousy les diverses parties en présence, de manière consensuelle, avaient écarté l'idée de la nécessité de préciser les attributions et le fonctionnement d'un gouvernement où cohabiteraient l'opposition civile et militaire et la majorité .Les légalistes croyaient main sur le coeur que la stricte application de la constitution suffisait pour arbitrer les conflits. C'est dans la pratique politique que nait l'expérience. Il a fallu là-bas et ici, l'exercice d'un gouvernement d'union nationale pour vérifier la nécessité de baliser l'interprétation que chaque partie prenante aux accords de paix pouvait avoir de la Constitution.

C'est cette réalité qui renvoya aux deux rounds de discussions politiques de Ouagadougou. Au centre des accords de paix auxquels l'APRD fait référence il y a : la cessation des hostilités, le regroupement des ex combattants et leur désarmement, leur réinsertion dans la vie civile ou militaire. En contre partie il y a la formation d'un gouvernement d'Union Nationale dont le 1er Ministre est issu de l'opposition ainsi que le Ministre Chargé des Forces de Sécurité. C'est Ouaga I qui permit de redonner au 1er Ministre le choix des membres de son Cabinet et l'affectation des Ministres, sur la base paritaire entre l'opposition et la majorité. Dans le contexte délétère actuel en RCA beaucoup suggèrent que le 1er Ministre du futur gouvernement d'Union nationale issu du Dialogue Politique Inclusif ait le droit de contre-signer des décrets présidentiels avant leur application. Ce serait une façon de rétablir la collégialité dans ce gouvernement qui ne saurait être une chambre d'enregistrement.

Du côté de la majorité présidentielle on trouve inacceptable cette limitation des prérogatives présidentielles. Certain, la trouve anti-constitutionnelle. En réalité, si les discussions s'embourbaient, la majorité lâcherait du lest en proposant en contre partie que les Ministres contre-signent également les décisions du 1er Ministre pour l'habituer à ce rétro-contrôle .Cette idée avait été rejetée avant la formation du 1er gouvernement de transition.

Dans l'euphorie de leur réconciliation du 13 mars 2003, les rêveurs avaient cru en l'effacement de leurs ambitions réciproques démesurées pour le pouvoir total . Les crispations actuelles autour de l'exécutif ramènent ce débat à propos. Ce dispositif en lui-même est insuffisant. Dans les grandes fédérations d'états (EU,CEI, CHINE ) il est couplé avec la nomination des hauts fonctionnaires de l'état après audition par le parlement et élection sur liste de plusieurs candidats par poste. Certains exigent une répartition paritaire des siéges dans la Cour Constitutionnelle, le Haut Conseil de la Communication et leur élection sur liste d'aptitude par les représentants de l'opposition .

De telles dispositions garantissent la continuité des services publics et limitent les velléités de caporalisation de l'appareil d'état par une clientèle politique ou ethnique. De cette dimension institutionnelle découlera la garantie de mise en oeuvre dans l'équité des consensus qui suggéra du futur dialogue inclusif.

 

Mercredi 05 Décembre 2007

WALLOT JOEL-YVON

 

Source :

http://www.leconfident.net