INTERVIEW de Me
GOUNGAYE WANFIYO,
Président du Bureau de
Coordination des signataires du manifeste pour un Dialogue véritablement
inclusif en RCA
1°) LE CONFIDENT
(L.C) : Me Goungaye, vous être Avocat et
Président de
Vous êtes l’un des
signataires du Manifeste sur le Dialogue Politique Inclusif. Pouvez-vous
expliquez les raisons qui ont conduit les compatriotes centrafricains de la
diaspora à soutenir l’idée d’un dialogue comme moyen efficace de résolution des
crises en Centrafrique ?
Vous connaissez
parfaitement la situation de
Devant cette situation, il y a eu la revendication du
dialogue sur lequel beaucoup de nos compatriotes sont réservés, voire opposés
soit parce qu’ils craignent pour leurs privilèges pour ceux qui sont du côté du
pouvoir, soit parce qu’ils disent, pour les autres, qu’il ne faut rien attendre de cette
« unième » concertation entre les Centrafricains.
La question qui se pose dans ce cas c’est de se demander
si notre pays va bien. Si oui, tant mieux pour ceux qui le pensent si non
faut-il rester les bras croisés à regarder notre descente aux enfers ?
L’idée du Manifeste c’est le constat que notre pays va
très mal et ne connaîtra pas la paix et la sécurité, condition de tout
développement sans un dialogue tant les antagonismes sont profonds entre ses
enfants. Il n’ y a pas d’autre alternative que de dialoguer mais à condition
que ce soit un vrai dialogue pour mettre définitivement un terme aux crises et
non pas seulement faire un rafistolage
dans le seul but d’assurer la pérennité du pouvoir du général BOZIZE.
Or le processus du dialogue, tel qu’il est actuellement
conduit ne vise que cet objectif et le Manifeste propose autre chose sur lequel
nous reviendrons largement dans les jours à venir.
2°) L.C :
Comment s’organisent les signatures du Manifeste sur le Dialogue pour, non
seulement la réussite de ce forum, mais surtout l’exécution des recommandations
qui y seront issues ?
Les signataires ont mis en place
une structure souple pour conduire leurs actions,
Plusieurs actions ont déjà été
menées et continuent de l’être auprès des gouvernements et des institutions
impliqués dans le processus notamment les Nations Unies, l’Union Européenne, le
gouvernement français, le Centre pour le Dialogue Humanitaire, l’Organisation
Internationale de
Je souhaite que nos compatriotes
en Centrafrique brisent la peur et donnent
massivement leur adhésion à cette démarche s’ils l’approuvent car c’est
l’avenir de la paix et de la la sécurité dans notre
pays qui est en jeu. Pour donner sa signature il suffit de contacter le bureau
d e Coordination.
Plus il y aura de signatures, plus les préoccupations du Manifeste seront
prises en compte car il s’agit de revendication citoyenne encouragée par des
institutions par exemple
Pour une réussite du dialogue et
une application effective de ses décisions, les Centrafricains par leur
signature et leur nombre peuvent influer sur le cours des évènements. S’ils
restent passifs , on va nous « bricoler »
une solution qui ne tiendra pas. Il faut certes la présence de la communauté
internationale pour nous accompagner mais celle-ci ne doit pas se substituer
aux Centrafricains pour proposer des solutions à leur place.
3°) L.C :
Initialement vous étiez opposé à la participation de l’ex-Président Ange Félix
Patassé au Dialogue Politique Inclusif (DPI). Maintenez-vous cette position
aujourd’hui ?
Vous faites une confusion entre le Dialogue National et le
Dialogue politique inclusif en cours. J’étais effectivement et férocement opposé
à la participation de l’ex-président Ange Félix PATASSE au Dialogue National en
2004. On ne pouvait admettre cela par respect des victimes qui vivaient encore
fraîchement dans leur corps et dans leur chair les souffrances qui leur ont été
infligées. Ces victimes continuent d’ailleurs à ce jour de vivre ces
souffrances. Cependant, ne pas dialoguer signifie accepter la poursuite des
conflits et créer encore d’autres
victimes innocentes.
Il faut souligner que le régime actuel a fondé « sa légitimité » sur la
situation des victimes des faits imputables à PATASSE or il a fait la même
chose si non pire et il devra aussi un
jour s’en expliquer.
Aujourd’hui, comme vous le savez, le Procureur de
Quand on parle de dialogue inclusif, il faut que cela soit
clair pour tous et non pas simplement une formule vide de sens : tous les
acteurs connus et reconnus des crises dans notre pays y compris l’ex-président
Ange Félix PATASSE et Monsieur Jean Jacques DEMAFOUTH qu’on tient à écarter
coûte que coûte de cette concertation.
De ce point de vue j’ai effectivement changé d’avis avec
l’ouverture de l’enquête par le Procureur de
4°) L.C :
Pouvez-vous situer l’opinion publique sur les raisons de votre absence du pays
depuis plus de trois mois ?
Comme vous l’avez dit, je suis Avocat de profession et à
l’heure de la mondialisation je suis aussi amené à exercer mon métier à
l’extérieur de
Vous devriez vous en douter, comme militant des droits de
l’homme et dans le cadre du Manifeste, j’ai mis à profit ce séjour pour faire
du « lobbying » auprès des institutions.
5°) L.C Maintenant
que vous êtes à Bangui. Comment comptez-vous contribuer positivement à la tenue
du Dialogue Politique Inclusif ?
Je travaille conformément au mandat qui m’a été donné
par les signataires du Manifeste pour
sensibiliser l’opinion nationale sur son contenu de façon à recueillir de
nombreuses adhésions. Une conférence de presse sera organisée d’ici la semaine
prochaine pour expliquer le bien fondé de ce Manifeste. Je compte rencontrer
les autorités du pays ainsi que les représentations étrangères impliquées dans
le processus pour explique notre point de vue.
6°) LC :
Avez-vous l’ambition de conquérir le pouvoir comme le pensent le pouvoir et
certains opposants politiques ?
Je suis parfaitement au courant qu’il existe de tels
fantasmes. Je crois savoir qu’il y a deux manières de conquérir le pouvoir.
Celle qu’affectionnent nos dirigeants en Afrique en particulier chez nous en
Centrafrique et qui est à l’origine de nos malheurs et à laquelle je suis
foncièrement opposé, la force ( coups d’états,
rébellion armée ou autre).
Il y a celle que je préfère et qui doit reposer sur le
suffrage populaire exprimée librement et dans la
transparence, c’est la voie démocratique.
Pour ce faire, il faut se reposer sur des structures qui
devraient être démocratiques, c’est-à-dire des partis politiques.
Or je n’ai pas la carte d’un parti et je ne suis pas
l’animateur d’un parti politique. Que ceux qui pensent ce que vous dites
m’expliquent comment cela est possible.
Si comme vous le dites, le pouvoir et certains opposants
pensent que je veux conquérir le pouvoir, c’est qu’ils me jugent apte si non
ils ne le penseraient pas!
Plus sérieusement,
je suis un citoyen avisé et un militant et c’est
normal que je prenne des positions qui quelque fois sont audacieuses dans un
pays tenté par le totalitarisme avec un régime qui n’a pas de légitimité
redoutant tout ce qui peut apparaître comme voix dissonante.
Je comprends et je suis conscient que ma voix dérange et
bouscule le système établi qui ne veut pas de changement réel dans ce pays où
une infime minorité, toujours la même
qui se renouvelle dans le même cercle depuis après l’ère coloniale, continue de
mener grand train de vie alors que l’écrasante majorité continue de mourir de
misère.
7°) L.C : Voulez-vous proposer un message à l’endroit
du pouvoir, de l’opposition politique et armée, de la société civile et de la
population centrafricaine ?
A la
population d’abord, je dis qu’il ne faut pas
se résigner car c’est la résignation qui nous tue dans ce pays. Il n’y a
pas d’homme providentiel pour nous sortir de la situation dans laquelle nous
nous trouvons. C’est nous mêmes par nos efforts personnels individuels ou
collectifs qui devrions maîtriser notre destin. Chacun doit vaincre la peur et
faire savoir son opinion. Nous devons comme KARINOU, BOGANDA et
d’autres refuser l’oppression.
A
l’opposition armée, je dis que le peuple centrafricain a trop souffert et qu’il
faut arrêter la guerre . Certes, ce n’est pas facile
de se battre comme nous le faisons avec la plume et des Codes ou à l’aide de micros mais ce combat est mieux
et qu’il faut abandonner les armes et aller au dialogue et d’exiger qu’il se
tienne dans de meilleures conditions.
A
l’opposition démocratique, je pose la question où êtes-vous et que faites-vous ?
Enfin au
pouvoir, je pose aussi la question mais naïvement : vous avez pris les
armes à l’époque au motif que c’était pour amener PATASSE à accepter le
dialogue qu’il ne voulait pas parce qu’il jouait la montre et tergiversait.
Aujourd’hui,
alors que les Centrafricains ne demandent rien d’autre qu’un vrai dialogue,
vous cherchez à gagner du temps, vous repoussez les échéances, vous engagez des
démarches parallèles pour rencontrer individuellement les protagonistes dans le
seul but d’éviter le vrai dialogue global. Est-ce que vous vous rendez au moins
compte des souffrances du peuple Centrafricain qui ne comprend pas que vous
fassiez la même chose que vous reprochiez à juste titre à votre
prédécesseur ?
Le moment
est venu pour que les Centrafricains se parlent non pas en faisant semblant
comme d’habitude mais se parlent vraiment sous le sceau de l’humilité, de la
tolérance et de la vérité si nous aimons
tous notre pays et si nous voulons créer de bonnes conditions de vie pour les
générations futures en rétablissant la paix et la sécurité.
Bangui 11.03.200
Interview accordé au Confident.