1)
Quel bilan faites-vous moins d'un mois après le
lancement du Manifeste pour un dialogue véritablement inclusif en Centrafrique
?
A moins d'un mois après le lancement du Manifeste, vous conviendrez qu'Il est
difficile de dresser un bilan. Tout ce que je peux dire à ce stade de l'action
est que le message est bien passé auprès de nos compatriotes en Centrafrique et
de ceux qui résident à l'étranger. D'autre part, les institutions
gouvernementales et internationales ainsi que les ONG à qui le Manifeste a été
adressé ont exprimé des avis satisfaisants. Enfin, la diffusion du document se
poursuit et les compatriotes ainsi que des amis du Centrafrique manifestent de
plus en plus leurs intérêts pour l'initiative engagée. La liste des signataires
du Manifeste s'agrandit. Le moment venu, un point d'information sera fait sur
là où nous en sommes avec cette initiative citoyenne et patriotique. Mais, pour
le moment, nous encourageons ceux de nos compatriotes qui n'ont pas encore
donné leur accord de signature et qui souhaiteraient adhérer à l'esprit de ce
manifeste de le faire.
2) Parlez-nous un peu de son accueil auprès de l'opinion publique ?
Du côté de la communauté nationale, nous avons enregistré trois types de
réactions : D'abord l'engouement et l'adhésion de personnes déterminées qui
estiment que le Manifeste répond parfaitement aux préoccupations du moment en
ce qu'il pose le vrai diagnostic de la crise au pays. Pour ces derniers, la
définition en amont du contenu du dialogue a le mérite de clarifier les choses.
Et, cette clarification est un gage important pour le combat en vue de la
réussite du dialogue. Ensuite, il y a le scepticisme de ceux qui, désabusés par
la récurrence des crises politico-militaires et des échecs des différents
forums censés y mettre un terme, ne croient à plus rien ou du moins n'attendent
plus grand chose particulièrement des leaders politiques de la post-colonie ou
néocoloniaux.
Enfin, il y a un rejet de la part de ceux qui pensent qu'il s'agit d'une
tentative de déstabilisation du pouvoir en place ou qui voient derrière cette
initiative une nouvelle stratégie pour le retour aux affaires du parti MLPC
tendance Patassé. D'autres rejettent les revendications du Manifeste au motif
que c'est une perte de temps de s'investir dans un autre dialogue alors qu'il
serait plus payant de concentrer les énergies à la préparation des échéances de
2010.
3) Pensez-vous vraiment que ce dialogue politique peut-il résoudre la crise
centrafricaine ?
Le dialogue politique peut effectivement résoudre la crise centrafricaine à
condition qu'il n'y ait aucune exclusion et que les gens soient animés par la
volonté réelle de résoudre les problèmes en abordant les questions de fond avec
des décisions claires et exécutoires. Or tout ce qui se met en place en ce
moment pour ce dialogue est diamétralement opposé à cet objectif : volonté du
pouvoir de verrouiller ce dialogue en choisissant ceux avec qui il veut
dialoguer et en voulant limiter la portée alors que le simple bon sens voudrait
que face à l'impasse politique et militaire où se trouve le pays, l'on
recherche plutôt une solution globale et durable aux vrais problèmes.
4) Ce n'est pas ce que croient certains compatriotes ?
C'est compréhensif que les Centrafricains qui vivent depuis deux décennies ces
grandes messes de réconciliation nationale et ces tragi-comédies où tout le
monde joue à se pardonner pour sortir les couteaux le lendemain soient devenus
sceptiques mais en même temps, l'opportunité de ce dialogue est une nouvelle
chance qu'il faut saisir pour arrêter une fois pour toute la descente du pays
aux enfers. Car comme l'a dit quelqu'un, « on a atteint le fonds mais on
continue de creuser » Refuser le principe d'un dialogue politique aujourd'hui
en Centrafrique, n'est-ce pas vouloir objectivement maintenir les conditions
d'une « somalisation » du pays ? Qui a intérêt dans
une telle perspective nationale ? Si d'aucuns ont quelques avantages à tirer de
l'entrée totale de notre pays dans une situation politico-militaire telle qu'en
Somalie, il est indéniable que cela est loin de correspondre aux attentes et
aux intérêts du peuple centrafricain. En tous les cas, pour les initiateurs du
Manifeste le dialogue politique inclusif est plus que jamais la seule
alternative possible pour un réveil patriotique, une étape indispensable pour
l'enclenchement d'un processus de réconciliation de toutes les filles et de
tous les fils de Centrafrique afin que notre pays retrouve la paix, la sécurité
et s'engage dans la voie du développement. C'est pour cela que nous voulons la
réussite de ce dialogue.
5) L'une des reproches qu'on fait de ce Manifeste, c'est que ses signataires
roulent pour l'ex président Patassé et son ancien ministre de la défense
Jean-Jacques Demafouth. Qu'en pensez-vous ?
C'est normal que les personnalités qui se sentent exclues du processus se
retrouvent dans cette démarche qui en réalité se situe au-dessus des
considérations partisanes et des organisations. Mais les initiateurs du
Manifeste ne sont et ne se réclament ni du MLPC ni des autres partis de
l'échiquier politique national et encore moins partisans de l'ancien Président
PATASSE ou de l'ancien Ministre de
6) Que répondez-vous à ceux qui accusent les initiateurs de ce Manifeste de
rechercher des strapontins ministériels ou encore de vouloir rejoindre la
mangeaille nationale ?
Tout jugement objectif doit reposer sur des faits si non ce n'est qu'un procès
d'intention. Donc ceux qui croient que cette initiative aurait pour objectif de
rechercher nous ne savons quel strapontin ministériel, sont libres d'émettre ce
type de jugement, mais de notre point de vue, ils se trompent.
7) Le 19 novembre prochain, soit un mois jour pour jour après le lancement
du Manifeste, François Bozizé sera reçu par son
homologue français, Nicolas Sarkozy, qu'attendez-vous de cette rencontre ?
Nous n'attendons pas grand-chose de l'éventualité de cette rencontre car nous
savons le soutien apporté par les autorités politiques et militaires françaises
au Général Bozizé. Nous disons simplement que l'on ne
peut se prévaloir d'un statut de patrie des droits de l'homme et cautionner un
régime aux antipodes des droits de l'homme, donner des leçons aux africains sur
l'absence de démocratie, de bonne gouvernance, etc. et refuser toute évolution
démocratique par un soutien à un régime autocratique et de terreur.
8) Avez-vous un message en direction des autorités françaises ?
Nous demandons que cesse le double langage par rapport à notre pays mais aussi
de tous les pays africains. On ne peut, à l'occasion d'une campagne électorale,
promettre la rupture dans les relations de
La génération d'aujourd'hui est bien consciente de ce double langage, c'est
pourquoi on note partout en Afrique dite francophone ses exigences du respect
de son identité, de son droit inaliénable à être acteur à part entière du
destin social, politique et économique du Continent. Cette génération exprime
sa ferme volonté de créer les conditions pour l'avènement de la démocratie
pluraliste et le progrès social de chacun et pour tous dans une Afrique où ses
enfants veulent vivre libres comme ceux d'Amérique, d'Europe et d'ailleurs.
9) Et des Chefs d'Etat de la sous région CEMAC,
François Bozizé prend ses directives chez ces
derniers, dit-on ?
La stabilité de
La crise politique et militaire qui affecte notre pays a nécessairement des
conséquences sur les pays voisins et on le voit bien avec l'afflux massif
d'exilés et de réfugiés centrafricains au Tchad, au Cameroun, au Soudan pour ne
citer que ces pays. Donc si cette crise que vit le Centrafrique se poursuit et
se complexifie, à terme elle peut bouleverser les équilibres précaires de cette
sous-région.
C'est pourquoi, au lieu de soutenir un régime impopulaire et à bout de souffle,
un régime qui n'a visiblement aucune autre alternative à proposer que celle de
solliciter sans cesse l'aide de la communauté internationale afin d'acheter des
armes et d'embaucher des mercenaires pour faire la guerre à son propre peuple,
les responsables de la sous-région devraient appuyer
la demande d'un dialogue politique véritablement inclusif venant des forces
sociales et vives du pays.
10) Quel est votre message à l'endroit du peuple centrafricain ?
Personne d'autre ne règlera nos problèmes à notre place. Pour retrouver la
paix, la sécurité, la dignité, le goût au travail pour le bien-être de soi, de
sa famille et de la nation ; il faut que tous les Centrafricains se parlent,
même ceux à qui nous avons des choses graves à reprocher. On reconnaît les
grandes nations en la capacité de leurs dirigeants et citoyens à surpasser
leurs querelles intestines lorsque l'intérêt supérieur de leur pays est en
grand danger. Et vu l'état dans lequel se trouve en ce moment le Centrafrique,
nous pensons que chaque centrafricain doit se surpasser humainement et accepter
de tendre sincèrement la main à ses concitoyens sans exclusion. Les
Centrafricains doivent toujours se souvenir que leurs dignes fils ont été par
le passé les fers de lance de la liberté et le progrès de l'Afrique noire. Qui
ne connaissaient Karinou et Boganda
sous l'empire colonial de l'Afrique équatoriale française (AEF) ? Que ces deux
figures de la fierté nationale puissent guider notre peuple dans sa lutte pour
retrouver son unité et sa place au sein de la communauté des nations du monde.
Lundi 12 Novembre 2007
Propos recueillis par Adrien de Saint
Serge Poussou
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