Témoignages

 

Comprendre ce qui s’est passé et faire le deuil

 

La Fondation Séléka ouvre cette page Web afin que ceux qui le souhaitent puissent poster par mail leurs témoignages et soutien à la famille.

 

Pour cela, il suffit de nous écrire à : fondation-seleka@hotmail.fr

 

 

Si vous souhaitez apporter un soutien matériel, financier à la Famille de Me Goungaye

Merci de cliquer ICI, afin d’accédez aux contacts et coordonnées

 

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Dans un accident tragique, La Centrafrique vient de perdre un de ses meilleurs et vaillants fils. GOUNGAYE nous a quitté. Il fut de ceux qui en Centrafrique ont porté dignement le titre de « Maître ».

 

A l’annonce de sa disparition, les mots qui reviennent systématiquement sont :

Catastrophe,

C’est injuste,

Pourquoi lui et surtout pourquoi maintenant ?

Seigneur ! c’est pas juste, pourquoi as-tu laissé faire cela ?

Qu’est ce qui t’empêchais de retarder l’échéance ?

Je ne sais pas moi ! pourquoi n’est-il pas tombé en panne ? une crevaison ou autre chose…..

Pourquoi l’as-tu arraché à notre affection si brutalement ?

Pourquoi as-tu tendance à nous enlever nos meilleurs fils et filles ?

Pourquoi ne les laisses-tu pas aller au bout de leurs missions ?

Cà t’aurais coûté quoi de les laisser encore 2 ou 3 ans ?

 

Seigneur ! tu nous obliges à faire des adieux au moment où nous n’en avons pas envie…..

Seigneur ! C’est injuste…. Nous sommes choqués par la gestion de ton timing !....et ce n’est pas la première fois que tu nous fais le coup….. !

 

Adieu Wanfiyo ! – Je pensais te revoir très bientôt à Grenoble….. Tu me manques déjà !.... Tu nous manques déjà !...

 

Adieu Maître !

 

C’est maintenant que tu n’es plus là que nous allons ressentir, encore d’avantage, l’importance du travail que tu as fait pour les Droits de l’Homme, et la place que tu occupais dans ce dispositif en faveur du mieux vivre ensemble en Centrafrique.

 

Reposes en paix !

Que la terre te soit douce et légère 

 

Christian.D- DARLAN

 

 

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Bonjour christian,

 

Merci de nous avoir mis au courant de la mauvaise nouvelle. Que la terre de ses ancêtres lui soit légère.

Maître GOUNGAYE NGANATOUA WANFIO est un combattant infatigable de la défense des intérêts de tous les Hommes et les Centrafricains en particuliers.

Les mots me manquent pour témoigner sa détermination pour la défense du peuple existant sur la planète terre.

Cordialement.

 

TAGO Laurent Blaise.

 

 

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Aïe

Christian Bonjour.

Chacun de nous porte en lui le poids de cette disparition. Nous ne pouvons que pleurer car le mal est fait. Mais nous devrions très vite nous tourner vers l'avenir et de prendre l'engagement de ne pas laisser dans les oubliettes le combat de ce "Grand Homme de paix et de justice". Je refuse de pleurer et je vous demande de faire plaisir à notre compagnon de lutte pour la bonne cause. On nous engageons résolument à continuer.
A toi Maître si c'est vrai que là où tu vas, on peut encore regarder ses frères, donnes- nous la force de ne pas baisser les bras. Que les Anges du Seigneur t'accorde la place digne à ton combat pour la "Dignité de la personne humaine".
 
TANGA Valérie Blandine

 

 

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HOMMAGE A MAITRE GOUNGAYE WANFIYO

 

C'est avec une grande tristesse que j'écris cet Hommage a la mémoire de mon confrère Maître GOUNGAYE WANFIYO.

 

Je n'ai pas eu l'honneur de le côtoyer très souvent car j'ai du, il y 6 ans de cela,quitter la Centrafrique; je n'ai eu l'occasion de le rencontrer a Paris qu'une seule fois. Cependant, j'ai ressenti beaucoup de tristesse a l'annonce de son décès tragique et j'ai tenu a lui rendre cet Hommage.

J'ai eu l'occasion, en tant qu'avocat, de le côtoyer au Palais de Justice a Bangui, par la suite, étant en France, j'ai été informée des différentes actions qu'il menait contre les violations des Droits de l'Homme dans notre Pays et de son combat pour la Démocratie. J'ai très vite décelé en lui un homme droit, intègre, et surtout, un homme très courageux et foncièrement anti-tribaliste. Il dénonçait les violations et les exactions d'où qu'elles viennent, avec un courage et une détermination qui forçaient l'admiration. J'ai toujours eu de ce fait, une grande estime pour lui et aujourd’hui, je suis convaincue que la Centrafrique a perdu un Grand Homme.

Dans un courriel d'encouragement et de soutien que j'avais tenu a lui adresser suite a l'arrestation dont il avait fait l'objet a Bangui, je lui disais in fine: " Fais attention a toi. Tu as encore beaucoup de choses  a accomplir". Il m'avait répondu en me remerciant de mon amitié. Malheureusement, il nous a quitte, beaucoup trop tôt; il avait encore beaucoup de choses a accomplir.

 

Je présente toutes mes sincères condoléances a toute sa famille.  

 

Fait a Washington le 30 décembre 2008.

Danièle DARLAN-DEMAFOUTH

Professeur de Droit et Avocat

 

 

 

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Bonjour Christian,

 

Merci de nous partager cette si triste nouvelle qui arrive pendant cette période de fin d'année.

J'espère que lumière sera faite par rapport a cette tragique disparition.

En attendant, paix a l'âme du regretté.

Alexis Beleke.

 

 

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Bonjour Christian !

 

je viens d'apprendre la triste nouvelle de notre Président M. Goungaye c'est avec un coeur meurtri que je suis entrain de rédiger cette note .Que son âme repose en paix et Dieu lui donne le paradis.

Nos salutations aux membres de la famille éplorée.

Mahamat Bakirou

Abidjan C.I

 

 

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Il était 10h 04, ce dimanche 28 Décembre, quand j'ai reçu l'appel d'un cher compatriote, m'annonçant la disparition de Me Goungaye !

Sur le coup, j'ai crié

Dans le flou, j'ai pleuré

Puis après je me suis demandé

Pourquoi la vie est si courte ?

Pourquoi la mort est si lourde?

Me GOUNGAYE NGANATOUA WANFIO a représenté pour plus d'un, l'homme idéal pour la RCA. Plein d'ardeurs, de sympathie, de courtoisie, d'intelligence, et de détermination, Il a servi son peuple sans faillir ! La dernière fois que j'ai discuté avec lui, c'était fin août à la Radio Ndékéluka. J'aimerai tellement lui ressembler ! Hélas, la mort est là pour nous arracher tous ceux qu'on aime ! Elle ne récolte que les bons en laissant au monde les mauvais !

 

Paix à ton âme, Maître, le DPI a eu lieu, tu as triomphé ! Et nous prions Dieu pour toi et pour nous afin de continuer ta bataille.

 

La mort n'est ni un échec ni un malheur, mais une inhérence à la vie ! Quand la mort est là, nous ne sommes plus là, et quand nous sommes là, elle n'est pas encore là ! "Elle n'est rien pour nous" Tes idées resteront parmi nous à jamais !

 

Didier Martial PABANDJI

Journaliste Doctorant en Philosophie

PARIS  FRANCE

 

 

 

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Hommage de Jean-Pierre  REDJEKRA en mémoire

de Maître GOUNGAYE Nganatoua Wanfiyo, militant des droits de l’Homme

 

 

Cayenne, le 29 décembre 2008

Lors du 1er congrès ordinaire de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme LCDH en 1994 à Bangui, j’étais rapporteur des assises  qui se sont déroulées au palais de l’actuelle CEMAC. C’est à cette occasion que j’ai rencontré pour la première fois Me GOUNGAYE. Dans le sillage de Me TIANGAYE alors président de notre jeune ligue, j’ai découvert d’abord le militant avant de repérer ensuite celui qui était aussi avocat, venu du barreau de Grenoble en Isère.

 

Nous avions passionnément abordé les thèmes des instruments internationaux, régionaux et nationaux en matière de droits humains. Il était question de faire prévaloir les droits des gens, après l’alternance démocratique d’octobre 1993. L’accession au pouvoir paraissait une fin en soi pour certains, alors que pour nous militants des droits de l’homme, la vigilance était de mise. La dimension africaine ou du moins la teinture conceptuelle africaine des droits, avait fait l’objet de débats passionnels. Nous avions aussi appréhendé les réalités du terrain de notre pays en matière pénitentiaire, de conception par les politiques de ce que représentaient à leurs yeux le combat que nous menions !

 

Je me souviens comme si c’était hier des contributions de Me GOUNGAYE aujourd’hui disparu tragiquement de nos rangs, mais aussi celles du défunt Alphonse BLAGUE sur les droits des peuples, celle du Magistrat BIDOUMI sur la question de la preuve dans les procès s’appuyant sur des accusations en sorcellerie, ou encore celle du Sociologue Isaac BENGUEMALET sur la charte africaine des droits…

 

Je me souviens également quelques mois après de l’extrême disponibilité de Me GOUNGAYE a m’aidé en Europe, pour trouver les chemins d’une insertion professionnelle rapide en France, tant  dans le milieu universitaire que judiciaire. J’étais « le compatriote» qui le sollicitait par correspondance interposée, très régulièrement. J’avais droit à une réponse rédigée en bonne et due forme!

 

Je me suis rendu à Grenoble en 1996, où il m’avait fait visiter avec modestie et simplicité, son cabinet, en collaboration avec un autre africain de nationalité tunisienne, Maître LATIF BOULKERTOUS ! C’est à ce moment qu’il me confia son projet de rentrer dès que possible au pays. C’était la bataille pour la justice et les droits de l’homme qui constituait sa fibre professionnelle et militante, tout le sens de sa vie. A vrai dire, il s’empressait de réunir les conditions matérielles à minima, avant de revenir s’installer en Centrafrique.

 

Quelques semaines après cette rencontre et cette confidence, éclatait la première mutinerie. De jeunes sous officiers dirigeaient la révolte des casernes. Nous nous sommes naturellement contactés afin de prendre position et c’est à moment que j’ai dû faire les intermédiaires entre Me GOUNGAYE que nous pleurons aujourd’hui et Claude LENGA, un autre grand frère dans la lutte. Nous avions diffusé un communiqué que j’ai retrouvé récemment en rangeant mes archives. Dans ce document, nous condamnions sans ambiguïté le recours à la force, comme moyen de revendication sociopolitique, tout en insistant à la demande de Me GOUNGAYE sur deux choses : d’une part la nécessité du dialogue, et d’autre part la légitimité d’exiger d’un gouvernement issu des urnes, de réaliser des résultats probants pour le peuple. C’est le fil conducteur de l’engagement sans faille de Wanfiyo durant ses 12 années qui s’achèvent, alors que l’Homme était dans le feu de l’action ! Celles et ceux qui l’on côtoyé lors du DPI pourront l’exprimer mieux que moi !

 

Dans le Collectif des Centrafricains en France sous la direction de Sylvain DEMANGHO, ou lorsque je fondais la représentation du MDI-PS en France, ou encore durant tous les soubresauts des deux mandats du président PATASSE et enfin dans le cadre du Manifeste pour l’organisation d’un Dialogue Politique Inclusif dont il fut le premier signataire puis le coordonnateur, nos trajectoires se sont souvent croisées, sans  concertation préalable.

 

La dernière fois où nous nous sommes vus, j’ai juste eu une demi-heure pour lui témoigné ma reconnaissance pour le travail de fonds qu’il avait commencé à abattre ! Wanfiyo était l’un des rares de la diaspora à être rentré au pays pour une action salvatrice, pour la promotion de la démocratie et des droits humains. Son action a été incontestablement positive, d’envergure et son énergie constructive transparaissait auprès de ses interlocuteurs. Son action doit être poursuivie, amplifiée, et nous devons vivre cela désormais comme un héritage philosophique et un engagement à prolonger. Les conditions de sa disparition interroge sur le devenir de la terre centrafricaine qui telle Sisyphe  dans l’antiquité grecque mangeait ses enfants sans s’arrêter indéfiniment… 

 

En septembre dernier lorsqu’il a été inquiété, j’ai considéré comme beaucoup d’entre vous que sa vie était en danger, et surtout que le combat pour la démocratie, la dignité des gens et leur intégrité devenait plus que d’actualité. Son implication malgré nos craintes, n’a pas varié d’un iota, bien au contraire ! J’ai signé le manifeste dès lors qu’apparaissait la nécessité du DPI, et son positionnement avant-gardiste, était un gage de sérieux et de crédibilité de la démarche. Me GOUNGAYE avait le souci lors de ce DPI de l’intérêt supérieur de la nation et semblait voire se parachever un long processus, dans lequel il  a pris une part conséquente, mesurée  et responsable, en tant que digne fils de ce pays !

 

L’Homme était tout aussi affable et rigoureux. Son sens de la courtoisie ne rimait pas avec la complaisance. Ponctuel lors de ses rendez-vous, il était respectueux de la parole donnée. Combien de fois n’avait-il pas payé de ses propres deniers un billet de train Grenoble-Paris-Grenoble, pour venir partager nos convictions, avec des compatriotes déchirés par le clanisme et l’esprit partisan !

 

Si son patriotisme était débordant et son humanisme incontestable, il était en même temps empreint d’une grande humilité. J’insiste sur ce dernier point car c’est quelque chose qui manque beaucoup parmi nous. Il avait aussi une capacité d’écoute malgré une forte imprégnation de ses convictions démocratiques et « droit de l’hommiste ». Il se désintéressait de l’apparat et du superflu…

 

Le moment où il nous quitte est le pire, car comme disait un de mes proches ayant appris sa mort : « il est parti parce qu’il portait en lui les valeurs et les convictions indispensables aux changements, aux évolutions positives ».  Au sortir du DPI, que de compromis pour tenter d’instaurer une dynamique de paix et une amorce de justice, avant une future prospérité hypothétique bénéficiant à tous ! C’est maintenant plus qu’hier que nous avions besoin de sa clairvoyance et de son courage.

 

Je crois comme BIRAGO DIOP que « les morts ne sont pas morts » et que notre compatriote, ami et frère est passé du côté « du souffle et des esprits des ancêtres » pour insuffler aux générations à venir, la justesse et l’éternité du combat, pour la réalisation et le respect des droits de l’Homme. Puisse notre faculté de droit et bien d’autres niveaux d’enseignements, consacrés davantage de temps et de place, au travail d’éducation aux valeurs atemporelles et universelles, que sont les droits humains.

 

Wanfiyo ton combat restera gravé dans nos mémoires, dans la mémoire !

Courage à Euphrasie et aux enfants. Que notre terre te soit légère, au revoir !

 

 

 

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Je ne sais pas quel mot commencer, mais ce que tu as écrit dans ce texte résume tout :

la perte d'un Grand Leader de la Paix et de la Justice. Un de plus que l'Afrique vient d'enregistrer et en particulier en Centrafrique.

"Les semeurs de mort pensent qu’ils ne seront plus inquiétés. Ils se trompent " : tôt ou tard ils paieront pour le sang de tous les martyrs qu'ils ont lâchement versé.

 

Nous ne  t'oublierons JAMAIS, Maître ! Pars en Paix.

Vas  et rejoins tous les martyrs qui t'on précédé et dis-leur que nous continuerons la lutte pour la liberté et le respect de la personne humaine

en Centrafrique et partout en Afrique.

 

Jérémie Nam-Ouara

 

 

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Maître Goungaye Wanfiyo, notre Frère, Ami, et Défenseur, est devenu un martyr en ce petit matin du 28 décembre 2008. Il s’est envolé comme un ange, et désormais son étoile brillera à jamais au firmament. Dieu, non seulement a eu pitié de son âme, mais l’a d’ores et déjà accueilli à ses côtés. De là où il est, il nous voit, il nous entend, et il sera toujours dans nos cœurs immensément endoloris. Le vide qu’il laisse ne pourra jamais se combler.

 

A son épouse et à ses enfants particulièrement, j'adresse de tout mon coeur mes voeux de courage et de condoléances, car la disparition d'un mari et d'un papa est particulièrement dure à supporter.

 

Quant à nous, notre devoir de mémoire envers cet homme si profondément épris de Justice est dorénavant éternel.


La disparition de cette étoile filante est une perte non seulement pour le Centrafrique, mais également pour l’Afrique toute entière. Puisse son Combat pour la Justice, et contre l’Impunité d’un pouvoir profondément destructeur, lui survivre pour l’Eternité. 


Que sa mémoire donc s’élève et se disperse aux quatre coins du continent africain. 

« Il faut tout un village pour que des parents ne deviennent pas fous. » cf : Sobonfu Somé 

 

 

Rebecca Tickle

 

 

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Nos cœurs sont en fraction,

Paix à votre âme cher Maître vous nous manquerez …
Les vrais faiseurs de paix sont ceux qui s’ouvrent à la conscience
universelle,
A travers vos combats avec détermination et rigueur,
Vous nous aviez montré le chemin :
 • De la justice,
 • D’équité,
 • D’intégrer,
 • De fraternités,
 • Et de rigueur,

 Que la lumière du seigneur tout puissant soit avec toi, et t’accueille au
 près du père.
 A dieu à tout jamais cher Maître ! Mais près du cœur de tes amis à tous
 ceux, celles qui ont eu le privilège de vous connaître.
 Amitié, respect, honneur, Grand militant des Droits Humains
 
  Aubin-Roger KOMOTO

 

 

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Jean-Pierre Ekanga Mukuna
Je RD Congolais. J'ai connu Me Wanfiyo à l'occasion de l'élection présidentielle Centrafricaine en 2005. Je suis profondément touché par sa disparition et inquiet de l'avenir de son combat. Pourriez-vous me rassurer ? N'y a-t-il pas crainte que les preuves qu'il a accumulé et déposé à la CPI pour les victimes des abus banyamulenge ne soient désormais battues en brèche ?
Merci d'avance pour tout.

 

Cher Monsieur,

Merci pour votre commentaire.

Vous avez toutes les raisons d'être inquiet pour l'avenir de son combat, comme d'ailleurs le sont tous ceux qui le pleurent à l'heure qu'il est.

Et je ne pense pas qu'il y aie lieu d'être rassuré, car il était assez unique en son genre!

C'est le rôle de ceux qui restent, d'assurer la pérennité de son combat.

Le combat contre l'Impunité à deux vitesses!!

 

Juliette Abandokwe

 

 

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Culturellement, voila ce que veulent dire le nom du défunt Me GOUNGAYE WANFIYO NGANATOUA

(1) GOUNGAYE,(normalement GOUNGAÎ) prononcé GOUNGAYI) veut dire ENTERRER DE FORCE
GOUNE : ENTERRER (LOU) EN SANGO et NGAÎ : FORCE ( NGANGOU) EN SANGO

(2) WANFIYO ayant pour concordance OUANE ou WANE qui veut dire CHEF DETENTEUR DE SOIN EN SANGO ( NGANGA) et FIYO qui veut dire MEDICAMENT (EN SANGO YORO)

(3) NGANATOUA soit NGANA : PAS D ENTENTE et TOUA : MAISON

Chacun peut faire sa synthèse de ce nom qui aura marqué la République Centrafricaine d'une emprunte indélébile.

Moi je traduis par ce qui suit:
Il N’ Y AURA PAS D'ENTENTE DANS CETTE MAISON, TANT QUE CELUI QUI DOIT RAMENER LES SOINS DE CE MAL RESTERA ABSCENT OU SILENCIEUX.

Me GOUNGAYE WANFIYO NGANATOUA est mort pour nous autres qui OSONS parler. Paix à son âme.

Jean-Pierre MARA

 

 

 

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La mort de Me Goungaye m'a complètement bouleversé et je ne peux comprendre une telle mort quelque soit la circonstance. Cet homme que j'ai connu depuis 26 ans du fait du voisinage de nos deux villes de résidence à l'époque ( Lyon / Grenoble ) et qui au fil des années a fait la démonstration de son courage dans le combat qui était le sien reste pour moi un homme d'exception, un modèle de conviction.

 

Roger Andjalandji

 

 

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Bonjour Maître

C'est avec consternation que j'ai appris ta disparition, et les mots me manquent pour  exprimer ce que je ressens à l'heure actuelle.

Mais sache que les centrafricains n'oublieront pas ton courage,ton intelligence,ton combat pour son bien être et surtout ta soif de justice.

Tu as mené un combat infatigable et sans merci pour défendre les intérêts de ton peuple que tu vas laisser orphelin ;

Car grâce à toi l'être humain est a de la valeur,

grâce à toi les centrafricains de tous bords ont eu le courage de savoir autour d'une table pendant 12 jours pour parler des maux qui minent notre société.

Maître, je ne sais pas comment te remercier,mais je te dis au revoir, adieu,et paix à ton âme.

 

CELI CELIO France

 

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Jusqu'à quand , Oh ETERNEL?

 

A la lecture de cette triste nouvelle tard dans la nuit du 29 décembre, une question m'était venue a l'idée :

Oh Mon Dieu c'est comme cela que doit finir les hommes qui aiment la justice et la défense des droits des opprimes sur Notre terre Centrafricaine ?

Pourquoi le sol de nos ancêtres ne peut s'empêcher de boire et de s'enivrer du sang de ses valeureux fils ?

Je crie et je continue de crier, ou est B.BOGANDA ?

Tu étais parti et tu n'es plus revenu pourquoi ?  - Est -il vrai que c'était dans un accident d'avion que tu nous avait laisser ?

Avec tout cet héritage lourd aujourd'hui difficile a supporter pour femmes, enfants qui manquent la paix, la nourriture, un habitat descend, un soins primaire, l'éducation et surtout l'amour qui n'existe pas, chassés en laissant la place à la haine, la justice à l'injustice , la liberté à l'oppression , l'unité à la division ..........., ou sont-ils nos martyrs de 1979 ?

 

On a fouillé dans les prisons, les rues, derrière la colline, dans les poubelles, les fosses communes ,,,,,vous êtes ou nos martyrs? On continue de vous pleurer ... KONJUGO ou es tu ? docteur KABA ou es tu ?

Comme si la liste est loin d'être clôturer, et voila comme aussi il ne manquait que toi mon Maître, on nous dit tu es parti dans un accident .....à cote de toi deux femmes de ton pays qui ne demandaient rien que la justice , que la femme Centrafricaine soit respectée par de ses droits.

Oh malheur, un espoir, un souffle de justice s'est éteint…..Mon DIEU jusqu'à quand ?

J'ai crié, et tu n'écoutes pas!... le centrafricain crie vers toi à la violence, et tu ne secours pas !..Pourquoi nous fais-tu voir l'iniquité, et contemples-tu l'injustice ?....pourquoi l'oppression et la violence sont-elles devant nous ?

 

Mais de tout cela , nous n'allons pas perdre espoir, car Maître GOUNGAYE, tu as été à ton poste jusqu'à la dernière minute, celui de défendre les intérêts matériels et moraux des faibles, des opprimés et surtout de nous dire a nous la Jeunesse Centrafricaine, nous pouvons toujours espérer une Centrafrique de justice, car tu as planté comme ceux qui t'ont précédé une graine d'amour, de justice et surtout pour un état de droit sans faille. Oui qui le savait , mais tu as marché vers ta destinée, et aujourd'hui par les sueurs de ton front, par ton sang innocent tu as écrit sur la table du coeur des oppresseurs et des opprimés, afin qu'on la lise couramment, car c'est un écrit dont le temps est déjà fixé, il marche vers son terme, et il ne mentira pas, si il tarde, on attendra le temps qu'il faudra, car il s'accomplira, il s'accomplira certainement, car Plus jamais l'injuste ne se glorifiera de son injustice.

 

Vas en paix, et Que le Dieu de justice te rend la justice.

Maître nous n'avons jamais eu le temps de te dire merci, mais saches que nous n'allons pas t'oublier, et merci
pour tout .

 

GOUNFIO Cyrille

 

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Nous partageons la douleur de tous les parents,amis et des Centrafricains soucieux de leurs. droits et de la jouissance réelle de la démocratie. Avec la perte de Maître GOUNGAYE c'est une lumière pour le pays qui s'éteint et un brave garçon qui s'en va! Nous espérons qu'il y aura un autre aussi courageux pour reprendre le flambeau. Bon voyage cher frère et que le pays te soit reconnaissant à jamais.
Ton frère de la diaspora qui suit chaque jour ton combat pour la liberté.

 

Henri ASSANGOU

 

 

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Mon hommage à mon frère cadet Jérémie Wanfiyo.

Inutile de vous dire toute la peine qui est la mienne depuis que j'ai appris hier la disparition tragique de mon frère cadet Jérémie Goungaye Wanfiyo. Il m'a rejoint, ainsi que d'autres frères, au Petit Séminaire Saint Jean de Bossangoa en 1970-1971. On l'appelait très affectueusement"Moineau". Quand je l'ai revu en 2001 depuis notre séparation en 1972, et que je l'ai appelé "Jérémie", il m'a répondu " Martin, tu es la seule personne à m'appeler encore Jérémie" et je lui ai rétorqué "Parce que pour moi tu seras toujours Jérémie Wanfiyo".

J'ai les larmes aux yeux quand je vois combien le destin est cruel, dur et froid avec les hommes de bonne volonté. On dirait que notre terre centrafricaine n'ouvre ses entrailles que pour les meilleurs de ses enfants. Et cela a commencé avec Boganda et perdure. Et ce coup de tonnerre juste après ce DPI pour lequel il s'est tant battu!

Dieu d'Israël, Dieu de Justice, jusques à quand devons nous continuer à pleurer?

Miserere nobis!

Jérémie, tu ne fais que nous précéder tous. A cause de ces hyènes qui ricanent certainement sous cape, nous devons continuer la lutte en ta mémoire,

Vas, cadet, que la terre de nos aïeux te soit légère!

 

Ton aîné Martin ZIGUELE

 

 

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Adieu Maître,
Je me joins à tes autres sœurs et frères centrafricains en particulier et africains en général, pour te dire que tu nous manques déjà, mais saches que ton combat pour la justice et le respect de la personne humaine en Centrafrique suivra son cours. D'autres ont posé les jalons avant toi, tu as pris la relève et tu as accompli ta mission avec courage et beaucoup d'abnégation, jusqu'à ce que tu y trouves la mort avec deux autres compatriotes de retour d'une collecte de preuves et de témoignages dans l'arrière pays...
Pars en paix, que les Wan t'acceptent dans leur conclave, afin que ta lumière puisse toujours guider nos pas dans le combat que nous mènerons après toi, contre les adeptes de l'inertie.
A ta veuve et aux enfants, je leur adresse mes sincères condoléances.

Ton frère Fernand Paul Sadam.

 

 

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Communication de Danièle Rousset   membre de Kota Kéké   Ste Foy les Lyon                    

 

            Wanfiyo devait arriver à Grenoble cette semaine avant de se rendre à la Cour Pénale Internationale de La Haye , Dès ce 12 Janvier il devait jouer un rôle important en défendant des victimes des rebellions de la RCA depuis 2002 jusqu'à nos jours . L'association Kota Kéké avait adhéré à ce combat pour les Droits de l'Homme, en essayant d'être une caisse de résonnance de cette lutte, d'être un soutien moral pour lui... Lors de ses passages en France il n'hésitait pas à prendre du temps pour venir nous faire partager ce travail.

 

            L'ayant connu en 1991 lors de mon adhésion à KK j'ai eu la chance de le voir évoluer dans cette volonté de réconciliation de tous les Centrafricains, avec un acharnement rigoureux, sans se laisser récupérer par les politiques, ni se laisser influencer par les proches (Forum en France, dialogue politique en RCA...). Il a toujours gardé la même ligne directrice : la justice sociale, et peu à peu son engagement s'est affiné pour se tourner de plus en plus vers les Droits de l’Homme. Retour au pays natal, travail de terrain et puis petit à petit une reconnaissance internationale : La Fédération Internationale des DH (FIDH), la CPI, des instances onusiennes, des ONG qui n'hésitaient pas à travailler avec lui puisqu'ils avaient compris la confiance qu'ils pouvaient lui accorder en toutes circonstances. Par un travail de qualité, des compétences exceptionnelles et une intégrité à toute épreuve il pouvait soutenir des dossiers à très haut niveau pour défendre les « sans-voix »...

            A Bangui, il laissait son portable ouvert de jour comme de nuit pour pouvoir répondre aux appels de détresse à tout moment ; passant au second plan sa fatigue, sa sécurité, ses économies...Il est allé régulièrement dans les provinces pour recueillir les témoignages des victimes au péril de sa vie. Il connaissait les menaces qui pesaient sur lui continuellement. Aussi prudent que possible il nous disait que l'étau se resserrait,  jusqu'au jour de cet « étrange accident » de la circulation.

            J'ai remarqué le « SILENCE  ASSOURDISSANT » de Bangui dès que nous avons appris son décès ici : aucune annonce officielle de son décès, aucun hommage des politiques, ni des religieux sur les ondes pour ce grand combattant des Droits de l'Homme... comme une mort qu'il ne faut pas ébruiter , concernant quelqu'un de « dérangeant » pour des coupables, ou de « gênant » pour ceux qui auraient préféré qu'il se taise !

 

            Convaincue que ses causes étaient justes,  je n'oublierai pas cet ami dont j'ai entendu la voix pour la dernière fois le 19 Décembre sur l'antenne de RFI à la fin du dialogue politique inclusif. Il disait «  La question des victimes a été escamotée... tout ce qui reste pour les victimes c'est la CPI ». Malheureusement Wanfiyo ne pourra pas terminer ce travail de longue haleine à la Haye !

 

            Pour nous il restera une étoile qui brille dans le ciel, star des Droits de l'Homme, étoile qui guide les pas de ceux qui s'engagent pour la justice, la réconciliation en ce monde. Que cette lutte menée depuis des années ne reste pas veine. Merci pour toutes les leçons de courage que tu nous as données.      

            Euphrasie et les enfants peuvent être fiers de toi, au-delà de la grande tristesse occasionnée par ce départ injuste. Courage à eux et à ceux qui reprendront le flambeau des Droits de l’Homme.

 

Danièle Rousset  

 

 

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Comprendre ce qui s’est passé et faire le deuil

 

 

 

DECES DE Me GOUANGAYE, QUE S’EST-IL PASSE CE 27 DECEMBRE NOIR ?

Le 27 Décembre 2008, juste une semaine jour pour jour après la clôture des assises du dialogue politique inclusif auquel il avait activement pris part, Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo trouvait la mort dans un accident sur la route de Damara, de retour de Sibut.

 

DECES DE Me GOUANGAYE, QUE S’EST-IL PASSE CE 27 DECEMBRE NOIR ?

La nouvelle était tombée comme une bombe au sein de l’intelligentsia centrafricaine. Elle a également fait l’objet de beaucoup de supputations. Méticuleusement, nous avons essayé de reconstituer les différentes étapes de ce voyage fatal pour l’illustre défenseur des droits de l’Homme.

Une journée de travail
Ce samedi 27 décembre 2008, après des courses à Bangui, Me Goungaye a quitté Bangui avec le véhicule de son ami et confrère Morouba. Il était 14 heures et quatre personnes étaient à bord du véhicule dont Me Goungaye, deux dames de ses connaissances proches et son neveu. Ce voyage avait une importance capitale pour le président de la Ligue Centrafricaine des droits de l’Homme. Il se rendait à Sibut pour collecter les derniers témoignages des victimes des événements du 25 Octobre 2002, car il devait se rendre en France le 4 janvier 2008 avant de regagner La Haye pour l’ouverture du procès de M. Jean-Pierre Bemba-Gombo, chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), arrêté depuis le 24 Mai 2008. A Sibut, Me Goungaye a travaillé d’arrache-pied, collecter les dernières informations auprès des victimes qu’il connaissait bien, car elles s’étaient signalées auprès du bureau de la Cour Pénale Internationale en Centrafrique. A la fin de chaque interrogatoire, il faisait signer des procès-verbaux aux victimes. Au moment du dîner qui leur avait été servi à Sibut, Me Goungaye n’avait mangé que très légèrement et n’avait bu qu’un verre de vin de rafia (péké), expliquant qu’il a encore du travail et surtout qu’il allait conduire au retour. Maître Goungaye et ses compagnons de route ont quitté la ville de Sibut pour marquer un arrêt, à 20 h 30, chez le curé de la paroisse de Gala Fondo, puis ont repris la route à 21 h 15. Le trajet s’est déroulé normalement jusqu’à Damara que le véhicule a dépassé sans encombre.

Le brouillard épais était fatal
Au volant, Me Goungaye fredonnait une chanson triste. Il a été repris par son neveu qui lui a demandé d’arrêter la chanson car elle n’a pas une bonne signification. A plus d’une dizaine de kilomètres de Damara, alors qu’il cherchait à regagner Bangui, le véhicule est rentré dans un brouillard très épais et la visibilité était extrêmement réduite. L’avocat, qui conduisait, a tenu le volant de la main gauche et de sa main droite tentait d’essuyer le pare-brise de l’intérieur afin d’avoir une bonne vue de la route. Les deux dames à bord du véhicule étaient profondément endormies. Le choc s’est produit dans ce brouillard épais aux environs de 23 heures. Le véhicule que conduisait Me Goungaye est rentré derrière un gros camion garé en plein milieu de la route, ne laissant aucune possibilité à un dépassement, compte tenu de l’étroitesse de la chaussée. La dame qui occupait un des sièges avant à côté de Me Goungaye, fauchée dans son sommeil n’a pas du tout bougé. Celle assise à l’arrière du véhicule, à côte du neveu de Me Goungaye, a crié deux fois au nom de sa maman et puis c’était le silence. Le choc a plongé Me Goungaye dans un coma très profond, il n’a eu que le temps de pousser trois ronflements puis s’est éteint. Le seul survivant était le neveu de l’avocat.

Difficultés de secours
Quelques instants après le choc, une voix d’homme de la cabine du gros véhicule stationné, certainement celle du chauffeur, fait appel à un autre qui se trouvait sous le véhicule pour lui demander de vérifier ce qui s’est passé à l’arrière du véhicule. C’est en ce moment que les premiers villageois ont fait leur apparition et ont accouru pour les secours. Sous le choc, tous les passagers étaient coincés dans l’amas de ferrailles. Ayant réussi à démonter le pare-brise arrière du véhicule, les villageois ont extrait le neveu de Me Goungaye, qui n’avait pas perdu connaissance. Il s’en est sorti avec des écorchures au visage et une plaie au niveau de l’omoplate due certainement à la ceinture de sécurité qu’il avait pris le soin d’attacher et qui lui a limité les dégâts. Munis de haches, les villageois ont réussi à démolir les portières pour extraire les corps inanimés. Ils ont d’abord extirpé le corps de Me Goungaye coincé par le volant, puis les deux autres corps qu’ils ont étendus à même le sol. Les secours ont pris du temps, car les opérations étaient extrêmement difficiles et n’ont pratiquement pris fin qu’aux environs de 4 heures du matin. Un véhicule qui passait par là en direction de Bangui a été arrêté par les villageois. Après des discussions, le conducteur disait qu’il ne pouvait avoir qu’une seule place. C’est ainsi qu’il a pu conduire à Bangui le corps de Me Goungaye pour le placer à l’Hôpital Communautaire.

Une évacuation tardive
En dehors des secours des villageois et le transport de la dépouille de Me Goungaye à Bangui, le miraculé et les corps des deux dames étaient restés sur les lieux du drame jusqu’à 8 heures.
Ce n’est qu’à cette heure là qu’un véhicule est venu chercher les corps et le seul survivant pour les conduire à l’hôpital de Damara. Alors que la nouvelle du décès de Me Goungaye a circulé très rapidement, la famille des deux dames disparues également dans l’accident, et qui sont des sœurs, ne sera informée que vers 10 heures, le dimanche 28 Décembre 2008. Le temps de se rendre à la morgue, les parents des deux dames ne découvriront que le seul corps de l’avocat et c’est là qu’ils seront informés que les dépouilles sont restées sur les lieux de l’accident. Dans un élan de générosité, une grande dame, qui se trouvait à la morgue, a mis son véhicule à la disposition de la famille et a pris soin de remettre une somme de 40.000 frs pour le carburant. Les parents ont quitté Bangui vers 12 heures et arrivés sur les lieux de l’accident, le gros véhicule qui était à l’origine du choc n’y était plus. Sur les lieux de l’accident, les parents des deux sœurs ont rencontré M. Léonard Sonny, Mes Morouba et Lucille Mazangué, des amis de longue date de Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo.

Après un constat des lieux, les parents ont été informés par les villageois que les corps ont été ramenés à Damara. Chemin faisant en direction de Damara et juste à l’entrée de la ville, les parents des deux victimes ont croisé un véhicule de la gendarmerie qui ramenait les cadavres et le miraculé à Bangui. Les dépouilles ont pris le chemin de la morgue et le miraculé, neveu de Me Goungaye a été conduit à la traumatologie où il a été placé au centre de soins intensifs de l’Hôpital Communautaire. Ainsi s’arrêta la carrière du défenseur des pauvres, des opprimés et des victimes des pires cruautés que notre pays a connues à un certain moment de son histoire. Cette perte précoce de Me NGanatouwa Goungaye Wanfiyo vient s’ajouter à l’affliction des victimes des événements du 25 octobre 2002, qui nourrissaient l’espoir qu’à travers le président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, justice leur soit faite par la Cour Pénale Internationale.

 

 

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Obsèques de Me Goungaye: des hommages

 

 

Déclaration des enfants Goungaye

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

 

Déclaration des enfants de Me Goungaye Tu nous as quittés si brusquement. Ceci est une grande perte pour nous tous. Notre tristesse est si immense qu’aucun mot n’est assez fort pour pouvoir l’exprimer.

Nous sommes tristes car il nous faudra continuer sans toi, il nous faudra du courage, de la force et surtout du temps. Papa, nous te remercions pour nous avoir justement transmis cette force, ce courage et cette détermination.

Papa, nous sommes si fiers de porter ton nom Goungaye, d’être tes enfants. Fiers car personne ne peut ignorer ce combat si dur que tu as mené pour ce pays, ton pays la RCA si chère à ton cœur. Papa, tous ces gens pour lesquels tu as travaillé si dur, tes amis, tes collaborateurs sont eux aussi tristes. Papa, tu étais si honnête, si droit. Tu étais un homme si bien que personne ne peut prétendre être à la hauteur aujourd’hui. Ton nom ne sera jamais rallier à la corruption. Il est synonyme d’intégrité, de droiture, de respect et de justice pour les plus faibles. Nous sommes tous orphelins.

Tu étais pour ce pays un espoir, une lumière, une étoile. Mais ne t’en fais pas papa, nous sommes là pour leur rappeler chaque jour qu’une étoile ne s’étaient jamais et que le combat continue !!! Tu resteras à jamais gravé dans nos têtes et dans nos cœurs. Nous t’aimons papa. Nous ne t’oublierons jamais, car nous ne pouvons jamais t’oublier, jamais….

Nous te souhaitons un bon voyage. Que Dieu et ses anges veillent sur toi Papa.

 

 

HOMMAGE DE LA FIDH A FEU Me N. G. WANFIYO

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Hommage rendu à Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, avocat et Président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH) par Souhayr Belhassen, Présidente de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et les membres de son Bureau International, délivré par Roch Euloge NZOBO.

La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme est aujourd’hui en deuil, ces 155 organisations membres et les milliers de femmes et d’hommes engagés en faveur de la défense des libertés fondamentales, qu’elle regroupe en Afrique, dans les Amériques, en Asie et en Europe, viennent de perdre un des leurs.

Les militants des droits de l’Homme du monde entier sont terriblement affectés par ce décès.
Nous enterrons ce jour un ami, un frère, un collègue, qui nous est cher, qui a porté, haut et fort, tout au long de sa vie, les valeurs si essentielles de fraternité et de liberté.

Nous avons aussi une pensée très émue pour la famille de Me Goungaye qui, de Grenoble ou d’ici, en dépit des sacrifices, a toujours soutenu son combat quotidien en faveur de la paix et de la justice dans son pays. Nous adressons à toute sa famille nos plus sincères condoléances ; nous partageons votre douleur, et sommes à vos côtés dans ce moment particulièrement difficile. Nous avons aussi une pensé particulière et présentons nos plus sincères condoléances aux familles des deux amies de Me Goungaye qui ont trouvé la mort lors de cette tragique nuit du 27 décembre et souhaitons un prompt rétablissement à la personne qui a été blessée.

Nous tenons également à saluer chaleureusement et amicalement tous les membres de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, dont Goungaye était la voix et qu’il a su animer avec cœur et compétence. Chers militants de la Ligue, toute la famille FIDH vous présente ses condoléances et vous renouvelle son soutien, sa confiance.

Nous nous associons aussi à la douleur des autres organisations centrafricaines de défense des droits de l’Homme qu’il nous avait fait rencontrer et qui l’ont accompagné dans son perpétuel et incessant combat pour la promotion et la protection des droits de l’Homme et de la Justice.

La
FIDH a perdu un grand activiste, un grand leader et, avant tout, un véritable ami.
Me Goungaye n’a eu de cesse de dénoncer et combattre les violations des droits de l’homme commises dans son pays et sur le continent africain. Avocat brillant et d’une grande intégrité, il a œuvré sans relâche en faveur d’une justice indépendante, équitable et juste dans son pays.
Sans concession, incorruptible et foncièrement indépendant, Goungaye se distinguait par son franc-parler et son courage à dénoncer, inlassablement, les crimes qui se répètent en Centrafrique, à dénoncer leurs auteurs, tous les auteurs. Il a toujours été aux côtés des victimes, les laissé-pour-compte, les sans droit, les sans voix. Il s’est battu pour que la parole de ces femmes et ces hommes soit entendue, pour que leurs droits légitimes soient reconnus et enfin respectés.

Convaincu, comme nous tous, qu’il n’y a pas de paix sans justice, le président de la Ligue Centrafricaine, notre ami et frère, s’est engagé, sans merci, pour que la Cour Pénale Internationale ouvre une enquête, la seule possible, sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis en RCA et rende aussi espoir et justice aux victimes épuisées par la guerre et es horreurs.

Lundi prochain, il devait représenter, devant la CPI, de très nombreuses victimes témoignant des exactions perpétrées par les troupes de Jean Pierre Bemba sur le sol centrafricain. Lundi, nous serons à la Haye pour continuer son combat qui est aussi le nôtre. Ses armes étaient le droit, l’espoir d’un monde plus juste et la conviction que chacun d’entre nous pouvait y contribuer. Son courage, son abnégation et sa probité doivent être pour nous un exemple, un modèle et une ligne de conduite.

Goungaye a dénoncé sans relâche les jeux politiciens, l’absence de démocratie et la corruption avec un sens de la formule qui faisait mouche! Encore très récemment, il dénonçait l’absence de préoccupations des victimes au sein du dialogue national dans ce pays, son pays qu’il a tant aimé, tant désireux de le voir apaisé, unifié, dans la paix, la justice et en marche vers la démocratie et pour son développement.

Avec le sérieux, la rigueur et une certaine intransigeance qui le caractérisaient tant, il dénonçait inlassablement tous ceux qui entravaient le chemin vers la démocratie et la paix tant souhaitées par les Centrafricains. Pour cela aussi, il dérangeait. Ce combat lui a valu de se faire certains ennemis, parmi les autocrates et autres puissants d’Afrique et d’ailleurs.

Pour l’ensemble de ses activités, Goungaye était, non seulement victime de campagnes de dénigrement, mais faisait également l’objet de nombreuses menaces et tentatives d’intimidations. Il avait encore été arrêté récemment de façon tout à fait arbitraire. Mais son travail, Goungaye le menait avec courage, abnégation, parfois même au péril de sa vie. Il le savait. Il disait qu’il ne se tairait pas. Il ne s’est jamais tu.

Le décès de Me Goungaye endeuille les 155 organisations membres de la FIDH, endeuille tous les défenseurs de la liberté, de la justice et de la démocratie. Les témoignages rappelant sa droiture, son courage, sa valeur et les respects qu’il inspirait affluent de toute l’Afrique, d’Europe et du reste du monde. L’exemplarité de son combat doit nous animer.

Sa disparition doit mobiliser l’ensemble de la communauté internationale, la société centrafricaine en faveur de la paix et du respect des droits de l’homme pour que l’idéal porté par Me Goungaye soit enfin une réalité en Centrafrique.

A la FIDH, nous nous souviendrons de son air si sérieux et de ses sourires, de son verbe cinglant, de son intégrité et de sa profonde humanité. Il nous manque terriblement…
La FIDH portera son combat, en sa mémoire, aux côtés de la Ligue Centrafricaine et de tous les défenseurs des droits de l’homme centrafricains.

 

 

TEMOIGNAGE M. LEONARD SONNY, CONFIDENT DE FEU Me NGANATOUWA W. GOUNGAYE

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Octobre 1980, il y a déjà presque trente ans que nous partageons notre vie. Nous avons partagé une vie, une vision et nous nous sommes donné une exigence, un attachement à des valeurs morales et d’éthique.

Lorsqu’on s’est retrouvé étudiant en France, à l’Université de Grenoble, après que Wanfiyo ait fini son premier cycle en lettres à l’Université de Bangui et je finissais mon premier cycle à l’ESSEC au Cameroun, nous avons redynamisé la section étudiante de UNECA et très vite nous sommes rentrés en communion depuis ce moment jusqu’au 27 décembre 2008, date de sa disparition brutale.

Samedi 26 décembre 2008, j’étais ce jour au bureau avec Wanfiyo et deux collaborateurs. Nous avons échangé et, à 13 heures, il a quitté le bureau et est rentré sans mot dire. Or, il est de coutume qu’on se dise tout, on ne se cache rien. Ainsi, lorsqu’il fait des missions, à l’extérieur ou à l’intérieur du pays, il m’informe de l’évolution des choses. Il m’a toujours tenu informé et on s’appelait régulièrement. Nous étions plus que frères.

Ce samedi, 27 décembre 2008, Wanfiyo mon frère, tu ne m’as pas informé, je ne me doutais de rien, puisque nous avons cette habitude de nous retrouver dimanche matin à partir de six heures après ton footing matinal pour travailler et échanger, avant que j’aille faire du football.

Ce dimanche matin, 28 décembre 2008 à six heures, je t’ai attendu en vain, jusqu’à neuf heures. Je suis arrivé au stade de l’Université de Bangui pour apprendre la triste nouvelle : Maître Goungaye n’est plus. Je n’y ai pas cru, car moi, ton confident, ton plus que frère, aurais dû être le premier informé.

Je me suis rendu d’abord chez toi, puis à l’Hôpital pour chercher à te sauver, mais je suis resté impuissant devant cette triste réalité. Tu étais déjà mort et admis à la morgue. Que pouvais-je faire ? Rien ! Trop tard, mon frère Wanfiyo.

Eh oui je suis resté impuissant devant cette brutale disparition ! Si tu étais victime d’une maladie ou d’un accident quelconque, je me serais battu. Et tu le sais. Mais là, ça me dépasse. C’est incroyable pour un homme de ton envergure.

Est-ce pour dire que les hommes de telle envergure n’ont pour destin que celui des étoiles filantes ?
Et je m’interroge encore, mon frère Wanfiyo. Et personne ne me répond. Ni toi-même.

Je m’interroge : comment n’ai-je pas pu prévenir cela ? Comment la nation qui t’a vu naître n’a-t-elle pas pu prévenir cela ? Te protéger en prenant des dispositions élémentaires de sécurité ? Et si la nation a failli, pourquoi n’ai-je pas pris cette responsabilité ? Et pourquoi les Centrafricains ne t’ont-ils pas protégé ? Je me suis senti coupable. Et le monde est coupable.

Coupable parce que nous avons discuté de ce dossier des victimes, je t’ai demandé d’exiger des garanties et des moyens à la Cour Pénale Internationale, je t’ai dit que ce dossier est très lourd, trop chargé pour toi seul. Tu m’as répondu :

« La Cour ne donne les moyens que lorsque le procès démarre; je suis allé déjà très loin pour reculer ».

Avec peu de moyens, armé de ton courage, tu as abandonné des dossiers des clients, pour te consacrer exclusivement à ce dossier des victimes.

Je t’ai compris, et la dame de Damara me l’a dit après ta mort. Mon frère, tu as su donner un brin d’espoir aux victimes qui, comme je l’ai constaté, étaient en communion avec toi, pour t’avoir confié une partie de leur vie. Oui, je comprends pourquoi tu n’as pas voulu reculer. Et je suis fier de toi, fier de cet engagement, malgré les douleurs qui m’accablent. Fier parce que tu resteras vivant, vivant dans mon cœur, dans les cœurs des victimes et dans le cœur de ceux qui t’ont combattu et persécuté pour la justice et l’instauration de l’Etat de droit dans ton pays.

Qui était cet homme que nous pleurons aujourd’hui ? Maître Wanfiyo était un homme courageux, malgré les pressions de sa famille, des menaces répétées du pouvoir public, de la pression de la
Cour Pénale
et de la pression des victimes, il a su garder son calme pour rassurer et sécuriser tout le monde.

Maître Wanfiyo était un homme farouchement opposé à l’injustice et à l’impunité. Il savait désarmer les faux légalistes.

Maître Wanfiyo est un Centrafricain qui n’a pas d’ethnie. Pour lui seuls le Centrafricain et la République Centrafricaine comptent.

Maître, tu nous as appris en peu de temps le chemin de la réconciliation avec nous-mêmes et avec les autres. Par ton combat acharné contre l’injustice et l’impunité, tu nous as appris le respect du prochain et des lois de la République.

Ta
disparition brutale est un vide que nous ne saurions combler, mais je suis convaincu que d’autres Wanfiyo sont déjà prêts à continuer ton combat, pour que l’instauration d’un Etat de droit dans ton cher pays, la République Centrafricaine soit une réalité.

Adieu Maître. Va en paix et que la terre de tes ancêtres te soit légère!

 

 

 

HOMMAGE DU BÂTONNIER S. BALEMBY A FEU Me GOUNGAYE

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Mesdames et Messieurs,

Il est des circonstances douloureuses dans lesquelles il devient bien pénible de remplir son devoir, celui qui m’incombe en ce jour m’attriste profondément en cette circonstance chargée d’émotion pour rendre un hommage posthume à un éminent confrère, fervent défenseur des Droits de l’Homme, qui vient de nous quitter tragiquement à l’aube de l’année 2009.

Maître Nganatouwa Goungaye Wanfiyo est bien connu pour ses prises de propositions ouvertes en faveur des Droits de l’Homme.

Cependant il me paraît nécessaire de présenter quelques aspects de la vie de cet illustre para-commando sans arme d’une armée qui lutte pour le Droit et la Justice en notre pays, le Centrafrique dont la disparition prématurée nous traumatise.

Notre confrère Maître Nganatouwa Goungaye Wanfiyo est né le 29 Avril 1957 à Bossangoa de Goungaï Pierre et de Totimboye Rachel.

Il est titulaire de Maîtrise en Droit Privé (Université de Sciences Sociales de Grenoble 1987, de Doctorat en Linguistiques (Université de Grenoble III, France 1987) et de Diplôme Professionnel d’Avocat (Faculté de Droit, Université de Grenoble).

Pour ce qui est de ses responsabilités, Maître Nganatouwa Goungaye Wanfiyo a exercé au Barreau de Grenoble en France pendant douze (12) ans.

Il est Avocat au Barreau de la République Centrafricaine, Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Avocat auprès de la Cour Pénale Internationale ; Membre de l’Association Internationale des Avocats, France, membre du Groupe des Sages pour la médiation en Centrafrique.
Maître Nganatouwa Goungaye Wanfiyo a participé à plusieurs Conférences et séminaires internationaux en Afrique, en Europe organisés par la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et les Nations Unies.

En 2007, il a été invité par l’ambassade des Etats-Unis à participer au programme des Visiteurs Internationaux du Département d’Etat américain sur la « Résolution des Conflits ». Il venait de recueillir les témoignages des victimes dans l’arrière pays dans les procédures lancées par le CPI quand il a trouvé la mort dans un accident le samedi 27 décembre 2008.

Mais il ne faudrait pas perdre de vue qu’il est l’un des artisans de la convocation et de la tenue du DPI dont il ne bénéficiera point des fruits. Est-ce qui donne valablement raison à Napoléon lorsqu’il disait que « dans les révolutions, il y a deux catégories de gens : ceux qui font la révolution et ceux qui en profitent ».

Puissent nos regrets sincères et l’hommage que cette foule attristée rendent à ta mémoire, adoucir, s’il est possible, la douleur de ta veuve, tes cinq enfants, parents et amis. Au nom de l’Ordre des Avocats auquel tu as appartenu, je vous adresse ici un suprême adieu. Vas, que la terre de nos Ancêtres te soit légère.


 

 

HOMMAGE DU BATONNIER ZARAMBAUD ASSINGAMBI

 A MAITRE GOUNGAYE

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Comme chacun d’entre nous ici rassemblés, l’incroyable et triste nouvelle du décès de Maître Goungaye, qui ne nous est parvenue que le lendemain 28 décembre 2008, m’a profondément bouleversé. J’ai alors décidé, après avoir constaté à la morgue que c’était bien le confrère Goungaye qui venait d’être fauché par la mort, au sommet de son art, de lui dédier le jour même ces quelques bouts rimés intitulés « les idées de Maître Goungaye sont immortelles », bouts rimés que je n’ai pas la prétention d’appeler poème.

J’ai rapproché ces quelques bouts rimés au poème que le poète français Stéphane MALLARME avait dédié au poète américain Edgar POE disparu et, convaincu que l’esprit de Maître Goungaye demeure et s’élève, je lui ai dédié également le poème « Elévation » du poète français Charles BAUDELAIRE.
Comme disait Alphonse de LAMARTINE, un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

LES IDEES DE MAITRE GOUNGAYE SONT IMMORTELLES

Comme un coup de tonnerre dans un beau ciel bleu,
Comme par l’eau crachée une boule de feu,
Comme un volcan qui tonne, impose le silence,
Répand la terreur et transperce de sa lance,
En cette matinée de ce vingt huit Décembre
La triste nouvelle nous a figé esprits et membres :
Il est mort, le grand défenseur des grandes causes
Il est mort, l’Avocat qui combattait sans pause
Lui qui dans d’innombrables combats homériques
A bravé la mort pour sauver le Centrafrique,
Porté haut levé le flambeau des droits de l’homme,
C’est un camion qui sur une pente l’assomme.
Nos cœurs, gorgés du grand espoir qu’il sema,
Nos esprits incrédules face à ce magma,
Ainsi qu’à l’annonce de la mort de Boganda,
N’osent noter cette mort dans leur agenda.
Hélas, hélas, hélas, il n’est plus, notre artiste !
Il n’est plus, ce cher Goungaye, le grand juriste,
Le Défenseur de la veuve et de l’orphelin, Qui de la CPI déblayait le chemin.
Peuple centrafricain, femmes violées, victimes,
Des guerres et des dictatures, tressez des palmes,
Au héros du combat contre l’impunité,
Tombé pour vous, en recherchant la vérité.
Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, mon cher confrère !
Comme j’étais si rassuré, heureux et fier
Me disant que notre noble et grandiose cause
En les mains de relayeur désormais repose !
Hélas, hélas, hélas, voici que tu nous quittes,
Au moment où la nation cherche son orbite,
Autour du beau soleil de la démocratie
Qui éclaira toujours ta quête de messie
Mais si la traîtresse mort a ravi ton corps,
Tes idées pour l’éternité vivront encore
Et telle la lampe de Diogène en plein jour,
Sur terre elles éclaireront notre séjour.
Puissent-elles à jamais être le rempart
De ton Peuple contre les vols des charognards
Et porter toujours plus haut l’éternel flambeau
D’un Centrafrique sortant du fourneau plus beau


EXCELLENCES, MESDAMES, MESSIEURS, CHERS PARENTS ET AMIS
Ngatouwa Goungaye Wanfiyo n’était pas seulement un grand Avocat.

Il s’était élevé au dessus de la contingence des causes particulières, pour devenir le combattant des droits de l’homme et de la justice comme socle de la paix véritable en Centrafrique, et le poète de ce que le poète Président Léopold Sédar Senghor appelait la civilisation de l’universel, en se faisant la voix sans voix devant la Cour Pénale Internationale.

Les droits de l’homme ne sont pas un concept et un combat qui seraient une spécificité de l’Occident. Ils sont un concept et un combat universels. Les droits de l’homme ne constituent pas un bienfait que pour les seules victimes, comme on l’a souvent entendu dire, à tort bien évidemment : les droits de l’homme tendent à sauvegarder la dignité de tout homme, la dignité fait partie de la devise de notre Pays, et ils constituent un bienfait tant pour les victimes que pour les bourreaux, les Autorités politiques et la société toute entière.

Lorsque les droits de l’homme sont violés et qu’en conséquence la dignité de l’homme au sens générique du terme est bafouée, les anglophones parlent de droits humains, les combattants des droits de l’homme comme Maître Goungaye se battent pour que justice soit rendue à tous, selon le principe de la justice distributive, « celle qui donne à chacun la part qui lui revient », celle qui, pour pasticher l’écrivain et critique littéraire Emile HENRIOT parlant de la poésie selon Victor Hugo, veut que les droits de l’homme et la justice qui assure leur effectivité soient utiles, j’allais dire efficaces, s’adressent à tous, parlent pour tous, à la fois vengeurs et lumineux, distributeurs de châtiments et montrant aux Peuples la voie de la sagesse et du progrès.

Justice doit être rendue, tant à la victime, qui est apaisée et peut faire son deuil, qu’au bourreau, qui est châtié, paye son tribut à la société et s’amende pour se réinsérer dans cette même société, qu’aux Autorités politiques, qui ont perpétré, commandité ou toléré la violation des droits de l’homme, afin que plus jamais elles ne soient tentées de s’y risquer, qu’à la société qui conquiert ou reconquiert une paix durable, solidement assise sur son seul socle qu’est la justice.
C’est tout le contraire de la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent) et de la vengeance, qui appelle sans fin la vengeance.

Chantant les louanges du poète américain Edgar POE disparu, le poète français Stéphanie MALLARME, dans son langage hermétique, disait que le poète demeure lui-même et passe dans l’éternité après sa mort, laissant ce que MALLARME appelait le « vil sursaut d’hydres » épouvanté de n’avoir pas compris que le poète avait « donné un sens plus pur aux mots de la tribu », c’est-à-dire disait la vérité, ni d’avoir compris que le poète combattait avec un glaive nu, c’est-à-dire sans violence, ni que la mort « triomphait dans cette voix étrange », c’est-à-dire dans cette voix à contre-courant.

MALLARME disait :
« Tel qu’en lui-même enfin l’Eternité le change,
Le Poète suscite en un glaive nu
Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange ! »
« Eux, comme un vil sursaut d’hydres oyant jadis l’ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange »

Mais si la mort triomphé de la voix de Goungaye, voix qui donnait un sens plus pur aux mots de la tribu Centrafrique, voix qui suscitait quelques « vils sursauts d’hydres »,voix que nous n’entendrons plus jamais tonner comme au Dialogue Politique Inclusif, voix qui résonne encore dans nos oreilles et nous interpelle, la mort n’a cependant pas triomphé des idées immortelles de Goungaye, ni de son esprit, que ne pollua jamais « le flot sans honneur de quelque noir mélange », c'est-à-dire l’alcool ou la drogue.

Alors, Goungaye peut dire avec le poète Charles BAUDEALAIRE :

ELEVATION
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.
Envoie-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur.
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.
Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leurs poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse,
S’élancer vers les champs lumineux et sereins,
Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !
Repose en paix, mon cher frère et confrère.




 

TEMOIGNAGE DE Me N. TIANGAYE, ANCIEN PRESIDENT ET MEMBRE FONDATEUR DE LA LCDH

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Une grande figure de la société civile centrafricaine vient de nous quitter.
Maître Nganatouwa Wanfiyo Goungaye n’est plus.

La Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme est veuve.

Mon frère Goungaye, je te dédie ces quelques phrases pour t’accompagner et éclaircir celles et ceux qui se sont levés en ce jour amer, en ce jour de larmes, en ce jour de malheur où ta famille, tes amis et tes confrères ont appris avec stupeur la triste nouvelle de ta disparition.

Je mesure la difficulté de ma tâche face à ces voix en sanglots, ces souffrances diffuses, ces pleurs et ces lamentations.

Mon frère Nganatouwa, souviens-toi de ce samedi noir du 27 décembre 2008 où j’étais venu chez toi te saluer avant d’aller à l’aéroport prendre mon avion.

C’est à croire que j’étais venu te dire adieu.

Et pourtant nous nous sommes donnés rendez-vous pour le 03 janvier 2009, date de mon retour de voyage car tu me disais que tu allais prendre le vol du 04 janvier courant pour passer quelques jours avec ta famille à Grenoble avant de participer, le 12 janvier, à l’audience de confirmation des charges à la Cour Pénale Internationale à la Haye.

Et
quand la terrible nouvelle était tombée comme une chape de plomb sur nos têtes, le Dimanche matin, la stupeur se disputait à la douleur, à la consternation.

Et puis ce sont des nuits blanches interminables où ton visage nous visitait furtivement avant de disparaître dans le néant.

Wanfiyo, mon frère, tu es parti sans dire au revoir à ton épouse Euphrasie, à tes enfants : Kifo, Monwen, Moala, Mongana et Mokomse.

Et que dire de ta pauvre mère, cette veuve qui, en l’espace de 10 mois seulement, aura perdu 2 de ses fils ?

Aujourd’hui, nous sommes tous dans la tourmente, accompagnés désormais de ta seule absence, de tes écrits dans les journaux, de tes interviews à la Radio-Centrafrique, à la Radio Ndéké-Luka, à RFI, à BBC, à Africa n°1.

J’ai connu Maître Goungaye en France il y a une trentaine d’années alors que nous étions encore de jeunes étudiants.

Nous sommes devenus amis et frères, parce que nous partagions la même vision de l’avenir de notre pays.

Lorsque la Ligue Centrafricaine de Droits de l’Homme a été créée en 1991, Maître Goungaye, qui était Avocat à Grenoble, y a adhéré et a été le premier compatriote à ouvrir une section à l’étranger, notamment en France.

Une fois rentré au pays, c’était tout naturellement qu’il avait rejoint la LCDH où il avait été élu au Conseil Exécutif.

Après mon retrait en octobre 2004, il m’avait alors remplacé au poste de Président.
Maintenant que la porte du destin a fini par se refermer, que retenir de lui ?

Son sérieux, son professionnalisme et son courage exceptionnel forçaient l’admiration de tous.
Son sens élevé de responsabilité et son patriotisme ne peuvent être mis en doute.
Maître Goungaye s’est affirmé au plan national :
- par un soutien sans faille entre autres aux victimes des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité,
- par une vigilance à toute épreuve pour le respect de l’Etat de droit et par une contribution significative à l’établissement de l’espace démocratique.
Au niveau international, il avait consacré toutes ses énergies pour défendre, devant la Cour Pénale Internationale, la cause des victimes des atrocités commises sur notre sol.

Il a semé sur son chemin la lucidité, l’excellence et la noblesse du juste combat.
Il était la voix des sans-voix c'est-à-dire des victimes réduites au silence.

La voix de Maître Goungaye était la dernière espérance de ceux qui n’ont plus aucun recours.
De lui, il est certain que la postérité retiendra le nom du combattant infatigable de la liberté et de l’espérance tombé au champ d’honneur dans l’accomplissement du devoir sacré.

La disparition de ce Juste est ressentie comme une injustice. Il est parti à un moment où son pays a le plus besoin de lui.

Surtout toutes ces femmes, toutes ces filles violées devant leurs maris, devant leurs enfants par une horde de barbares venus de l’autre côté du fleuve.

Maître Goungaye était leur dernier espoir pour que justice leur soit rendue par la Cour Pénale Internationale.
Et il s’en est allé. Si proche du but.

Ces victimes anonymes portent aussi son deuil. Elles pensent à cet homme alerte, désormais inanimé. Comme elles auraient aimé approcher leurs mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé. Ce jour-là le visage de Nganatouwa Wanfiyo Goungaye était celui de la douleur nationale.

Pour lui, il n’ y a que la liberté qui soit première.

Dans cette lutte, il avait conscience des dangers qu’il courait. Mais il savait que la défense des faibles ne devient totalement crédible qu’à l’instant où elle comporte un péril pour celui qui l’assume.
Il était toujours meurtri de voir les bourreaux et leur arrogance, les victimes et leur souffrance.
En peu de temps Maître Goungaye avait beaucoup apporté à son pays et à la Ligue qu’il avait dirigée pendant 4 ans.

L’histoire témoigne de cette évidence et de cette nécessité : à savoir que toute institution doit s’incarner dans un homme, figure de proue.

Malheureusement les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle.

On nous a appris qu’au milieu de la vie, nous sommes dans la mort, au milieu de la mort, nous sommes dans la vie. Pour nous qui sommes ses compagnons de lutte, je dirais ses frères d’armes, avec nos plumes et nos paroles, nous lui disons que son sacrifice n’aura pas été vain, car l’arbre de la liberté a toujours été arrosé par le sang des patriotes, parce que c’est son engrais naturel.
Nous prenons l’engagement de continuer le combat.

Si la disparition de Maître Goungaye a transformé sa vie en destin, nous savons aussi que sa mort physique n’est que le commencement de son immortalité dans la conscience collective centrafricaine.


Me EDITH DOUZIMA LAWSON : TEMOIGNAGE DU RESEAU DES ONG DES DROITS DE L’HOMME

Obsèques de Me Goungaye: des hommages

Notre cher collègue combattant,
Jérémie, Notre très Cher Collègue Défenseur des Droits de l’Homme.

Les mots nous ont manqué à l’annonce le 28/12 de ta disparition tragique. Les mots nous manquent encore aujourd’hui au moment où nous allons te conduire à ta dernière demeure.

En effet, nous n’avons jamais cru que toi notre frère bien aimé tu es mort alors que nous avons devant nous, un vaste chantier que nous avons préparé ensemble avec toi. Nous n’avons cessé de nous rappeler tes qualités.

La nouvelle était très difficile à digérer. Tes qualités étalent sur toutes nos lèvres,
Il n’ y avait plus ponctuel que toi et tu étais toujours prêt lorsqu’on avait besoin de toi. La régularité, la promptitude, la discipline t’ont caractérisé, même dans ta conduite.

Oui, lorsqu’on te confiait une tâche, tu le faisais dans le délai et bien. Et en dehors de nos réunions, tu informais par téléphone : C’est Goungaye, c’est moi, comment va ?
Comme Moïse, tu es mort avant d’avoir vu la Terre Sainte.

Mais tes œuvres resteront gravées à jamais dans nos mémoires ainsi que de tous ceux qui sont épris de paix et de justice.

Nous te rassurons que nous continuerons le combat !

 

 

 

 

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Me GOUNGAYE  REPOSE  DESORMAIS  EN  PAIX

Comme initialement prévu, c’est le mercredi 7 janvier 2009 qu’ont eu lieu les obsèques de Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, disparu le 27 décembre 2008, dans un tragique accident sur la route de Damara.

 

Me GOUNGAYE REPOSE DESORMAIS EN PAIX

 

De l’hôpital communautaire où la dépouille a été mise en bière, elle a été conduite au domicile familial au quartier Galabadja II. Dès l’arrivée du cortège, le cercueil a été introduit au salon de la résidence familiale pour des cérémonies rituelles avant d’être transporté par les Avocats jusqu’à la Chapelle ardente montée pour la circonstance.

La prière introductive dite par le Diacre Silvère Théophile Wallot de l’Eglise Apostolique ’’Le Chandelier’’ est une invitation profonde au sens de l’existence humaine sur terre. Au nom de la famille M. Jean Serge Wafio, dans un témoignage éloquent et poignant a invité la famille à positiver selon ses propres termes, la disparition tragique de Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo. L’orateur a retracé la carrière et les traits de caractère parfois choquants de l’illustre disparu. Me Goungaye selon M. Jean Serge Wafio a choisi la carrière d’Avocat, ce qui l’amenait à privilégier la vérité, la justice et la rigueur tant dans le comportement que dans le verbe. Ce qui ne faisait peut-être pas plaisir à tout le monde. Les parents ont ensuite défilé pour le dépôt de gerbes et le recueillement. Les cérémonies familiales ont été surtout caractérisées par leur simplicité, ce qui a contribué à mettre à l’aise l’assistance, venue nombreuse. Les parents ont entonné une chanson traditionnelle d’adieu avant le départ pour la Cour d’Appel.

 

Un couac a failli se produire

Me GOUNGAYE REPOSE DESORMAIS EN PAIX

La partie officielle des cérémonies a eu lieu dans le hall de la Cour d’Appel où la dépouille est arrivée à 10 h 45 mn. L’accueil s’est fait par les Avocats du Barreau de Bangui qui ont formé une haie d’honneur alors que d’autres se chargeaient du transport du cercueil jusqu’à la chapelle ardente. En dehors du vice-président de l’Assemblée Nationale, l’honorable Benoît Gonda, qui a pris place dans la rangée réservée aux officiels, le Bâtonnier de l’Ordre M. Symphorien Balembi et le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, n’étaient pas présents à l’arrivée de la dépouille. Ces deux personnalités tardaient à faire leur apparition. Pourquoi ce couac ? Il semblerait que les organisateurs des cérémonies auraient fait annuler une cérémonie de décoration à titre posthume, qui n’aurait pas été prévue au programme. Il a fallu des atermoiements pour qu’enfin, le Bâtonnier retenu chez le ministre fasse son apparition.

La longue attente commençait à agacer les parents, amis et connaissances venus nombreux, rendre un dernier hommage à Me Naganatouwa Goungaye.

Alors que le public s’interrogeait sur ce retard, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, M. Thierry Savonarole Maleyombo, accompagné de son collègue de la Communication en charge du Dialogue a finalement décidé de prendre part à la cérémonie. Huit orateurs ont pris la parole pour rendre un vibrant hommage à Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo.

Pour Jean-Serge Wafio, qui a encore repris la parole au nom de la famille, Me Goungaye pouvait être comparé au fou du roi car il avait l’habitude de dire tout haut ce que les autres pensaient ou disaient tout bas. Me Goungaye brisait les mythes et disait la vérité parfois là où il ne fallait pas. Ainsi, il ne comptait pas que des amis. Mais encore une fois, M. Jean Serge Wafio a demandé à tous les proches et amis de l’Avocat de prendre son décès tragique avec beaucoup de philosophie. Tous les autres orateurs ont rivalisé de qualificatifs quant à la brillante carrière de Me Goungaye, qui est passé sur cette terre comme un météore qui s’est très vite éteint. Personnalités indépendantes, organisations de la Société Civile, Missions diplomatiques et institutions des Nations Unies ont voulu témoigner de leur compassion à la famille de l’illustre Avocat disparu par le dépôt de gerbes.
La longueur des élégies et de la cérémonie de dépôt de gerbes a amené le protocole à alléger le programme. Le public a donc été invité a prendre part à la célébration eucharistique à la cathédrale Notre Dame de Bangui.

 

L’acteur d’un combat noble

Me GOUNGAYE REPOSE DESORMAIS EN PAIX

C’est à 13 h 15 que le cortège funèbre est arrivé à la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée Conception de Bangui. La messe de requiem est officiée par Monseigneur Edouard Mathos, Évêque de Bambari, en présence de Monseigneur Paulin Pomodimo, Archevêque de Bangui et de nombreux prêtres. En début de célébration et en introduction, Mgr Edouard Mathos a fait une brève présentation de la carrière du défunt qualifiée de très brillante et le sens du combat qu’il a mené tout au long de sa vie jusqu’à ses derniers instants. Ce combat de Me Goungaye Wanfiyo a souligné le prélat est noble car il défendait les pauvres, les victimes des atrocités et les opprimés, ce qui lui confrère des prédispositions pour une place au ciel.

Après l’évangile tiré de Jean 12, versets 20 à 28, Mgr Edouard Mathos a mis un accent dans son homélie, sur le signification de la mort chez les chrétiens et l’amour que Dieu a pour ses créatures. Selon l’officiant, Dieu aime tellement les hommes, qu’il leur a envoyé son fils Unique, qui s’est sacrifié sur la croix pour le rachat de leurs péchés. Ce sacrifice du Fils de l’homme est une victoire sur le péché.

 

Un météore qui a illuminé le ciel de Centrafrique

Me GOUNGAYE REPOSE DESORMAIS EN PAIX

 

Les derniers adieux à Maître Nganatouwa Goungaye Wanfiyo ont eu lieu à M’Poko Ndéré où le cortège funèbre est arrivé à 15 h 30. La cérémonie très émouvante a permis à l’une des filles de l’illustre Avocat de prendre la parole au nom de sa famille, de ses frères Fifio, Mokomse et de ses sœurs Moala et Mwena, pour témoigner de la qualité de cœur, d’esprit et d’intégrité de son père. Pour la fille de Me Goungaye, leur père de par son combat était un espoir pour notre pays. Malheureusement la mort l’a fauché en pleine mission. Elle a nourri l’espoir qu’après la disparition tragique du président de la igue Centrafricaine des Droits de l’Homme, le combat puisse continuer car il menait une lutte noble pour la défense et la promotion des Droits humains. La mère du défunt a pris la parole pour demander à l’illustre combattant de demeurer homme jusqu’au bout même dans l’au-delà. Comme on le fait dans la tradition en pareille circonstance, la maman a imploré son fils d’ouvrir les yeux et de bien observer autour de lui. La brillante carrière de l’illustre Avocat étant terminée sur cette terre des hommes, le Barreau de Centrafrique par Me Pierrette Balingapo a remis la robe avec laquelle il avait l’habitude de plaider au prétoire à Mme Goungaye.

Le tout dernier instant avant l’inhumation fut la prière dite par Me Jean Pierre Madoukou qui a imploré le Seigneur Tout-Puissant de recevoir auprès de lui, Me Goungaye Wanfiyo, après le noble travail abattu durant son existence. Et le cercueil fut descendu dans le caveau. Ainsi repose dorénavant en paix, ce météore qui a illuminé le ciel de Centrafrique pour la défense des droits de l’homme, une cause ô combien noble!

 

 

 

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Me GOUNAGAYE, UN SYMBOLE MILITANT

Depuis la disparition tragique de Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, l’inquiétude s’est emparée de beaucoup de Centrafricains et singulièrement des victimes des affres des événements du 25 octobre 2002.

 

Me GOUNAGAYE, UN SYMBOLE MILITANT

 

L’avocat, président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme, s’était résolument engagé à défendre des droits des victimes devant la Cour Pénale Internationale. C’est d’ailleurs de retour de Sibut, où il était allé prendre des contacts avec certaines victimes des événements malheureux que notre pays a connus d’octobre 2002 à mars 2003, que l’illustre avocat a trouvé la mort.

La frayeur des régimes
La fulgurante ascension de Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo a commencé lorsqu’il a pris la tête de la Ligue centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH) en remplacement d’un autre non moins illustre avocat, Me Nicolas Tiangaye qui était la frayeur des régimes Kolingba et Patassé. Au fil des jours, des mois et des années, Me Goungaye Wanfiyo a contribué à faire avancer, avec des confrères et des collaborateurs de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), les enquêtes sur les crimes qui ont suivi l’attaque des rebelles dans la capitale centrafricaine le 25 octobre 2002. Le président de la Ligue Centrafricaine savait exactement ce qu’il voulait et où il allait. D’ailleurs, sa dernière déclaration au dialogue politique inclusif en faveur des victimes, qui peuvent constituer un danger pour l’avenir, traduit avec éloquence le sens de son combat en faveur des opprimés, des faibles et de toutes ces victimes qui n’obtiendront peut-être jamais réparation pour les dommages. Me Goungaye s’était investi dans la lutte contre l’impunité et pour la défense des droits de l’Homme. Il se savait souvent menacé pour son combat et pour ses idées, mais n’a jamais reculé.

L’ardeur de la lutte dérangeait
Dès l’annonce de sa mort, ceux qu’il combattait farouchement et traquait pour des actes barbares ont jubilé.

Mais cette joie risque de n’être que de courte durée, car il n’était par seul dans le combat qu’il menait. Déjà en décembre 2002, après les événements d’octobre de cette année, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de (l’Homme (FIDH) avait déjà dépêché en République centrafricaine une mission d’enquête. Les dirigeants de l’époque n’accordaient que très peu d’importance aux différentes missions d’enquête qui se succédaient en République Centrafricaine. Les présumés coupables ou ceux qui ont trempé dans les événements d’octobre 2002 à mars 2003 ont commencé à rire jaune lorsque Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de Libération du Congo (MLC), a été arrêté à Bruxelles le 24 Mai 2008. Les victimes des événements, qui attendaient depuis cinq ans pour certains, six ans pour d’autres ont repris espoir qu’enfin justice va leur être rendue. Du coup, Me Nganatouwa Goungaye Wanfiyo était devenu une idole pour ces victimes dont le sort et la défense des intérêts faisaient partie de son combat. L’ardeur, que l’illustre avocat mettait au service de cette cause, dérangeait. A l’annonce de son décès tragique, les victimes ont versé des larmes, car elles venaient de perdre leur porte flambeau. L’icône est partie, mais le dossier de la Cour Pénale Internationale est tellement bien ficelé que les idées défendues par Me Goungaye ne s’éteindront jamais. Le Procureur de la CPI, Louis Moreno Ocampo et les avocats de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme tenteront de combler le vide laissé par le décès du président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme.

Une voix de la conscience collective
Sur le plan intérieur, la lutte pour la promotion et la défense des droits de l’Homme se poursuivra. Me Goungaye était certes un combattant, mais la République Centrafricaine regorge d’organisations des Droits de l’Homme qui ne vont pas baisser les bras. C’est le cas de l’Observatoire Centrafricain des Droits de L’homme (OCDH), le Mouvement de défense des Droits de l’Homme (MDDH), l’Association des Femmes Juristes (AFJ), l’Association des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et même, au sein de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH), d’autres figures pourront émerger. L’évidence a souvent démontré que les grands hommes disparaissent, mais leurs idées ne meurent jamais et leur combat compte de plus en plus d’adeptes. Barthélemy Boganda, Kwame N’krumah, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire ont certes disparu, mais la philosophie qu’ils ont défendue de leur vivant n’a jamais été mise sous le boisseau. Et pour mieux illustrer le sens de la pérennité du combat de Me Goungaye, nous emprunterons ces propos à Me Crépin Mboli-Goumba dans sa lettre à l’ami trop tôt disparu : ‘’La mort ne pourra te faire taire, car plus que jamais, l’absence éternelle créant le vide, ta voix restera à jamais gravée dans la conscience collective de ce peuple que tu aimas tant. Elle raisonnera partout où il y aura injustice. Et ce peuple orphelin, chaque fois qu’il sera martyrisé, il criera « Ah, si Goungaye avait été là ». Tu seras pour toujours l’icône de notre lutte à tous, comme Boganda est éternel’’.

 

 

Témoignages et soutiens recueillis et mis en ligne par la Fondation Séléka